Terrebonne, mardi 7 février 2012
Véronick Talbot
Mardi 31 août 2010
KARINE LUCAS
Victime de violence conjugale et d'une tentative de meurtre avec un marteau, Karine Lucas a vécu une véritable histoire d'horreur. Toujours affligée par ce cauchemar qui la hante, elle a accepté de se livrer au journal La Revue dans l'espoir de briser des tabous et d'éviter que d'autres drames familiaux ne surviennent.
Lorsqu'elle a rencontré Alain Bilodeau, Karine Lucas voyait en lui l'homme de sa vie. Mais le rêve s'est rapidement transformé en un cauchemar inimaginable. «Pendant 16 ans, j'ai été victime de plusieurs formes de violence conjugale sans même le savoir. Mon ancien conjoint me manipulait, me contrôlait, et avec les années, ses réactions étaient de plus en plus fortes», confie Mme Lucas.
En décidant de le quitter en décembre 2008, la citoyenne de Terrebonne avait espoir de mettre fin à cette violence et de redémarrer une nouvelle vie. Mais le cauchemar s'est poursuivi. «Il me faisait des menaces par téléphone et par message texte. À un point tel que j'ai commencé à craindre pour ma sécurité et celle de mes enfants. C'est pourquoi j'ai contacté des policiers à plusieurs reprises, en vain. Ils croyaient plutôt les dires de mon ancien conjoint, un charmeur et manipulateur, et ne m'ont jamais accordé d'importance», poursuit la mère de famille.
Six minutes
Le 21 avril 2009, ce que Mme Lucas redoutait depuis plusieurs mois s'est finalement produit. Alors qu'elle était dans sa chambre aux côtés de sa plus jeune fille, Alain Bilodeau est entré de force chez elle avec l'intention de l'assassiner. «Il a défoncé la porte-patio à coups de marteau et s'est dirigé directement vers ma chambre. À ce moment, il m'a dit qu'il était venu pour me tuer. Il était incroyablement lucide. Et devant ma fille qui le suppliait d'arrêter, il a tenté de m'assassiner. J'ai crié à un point tel que trois de mes voisins ont appelé la police», se souvient la victime.
Dans l'ensemble, l'événement aura duré six minutes. De longues minutes que Mme Lucas n'oubliera jamais. «J'ai failli mourir. Je ne voyais plus rien autour de moi, je n'entendais plus rien non plus. C'était le néant. Puis, des policiers sont arrivés et l'ont désarmé de force.» La jeune mère s'en est tirée avec plusieurs fractures au visage et des ecchymoses de la tête au bas du dos. Mais les souvenirs de cette journée la hanteront jusqu'à la fin de ses jours. «Si les policiers m'avaient crue lorsque j'ai fait appel à eux pour la première fois, peut-être que tout ça ne serait jamais arrivé.»
Reconnu coupable
Après avoir purgé plus d'un an de détention préventive, Alain Bilodeau a finalement été reconnu coupable de 16 chefs d'accusation le 25 août dernier. «Je suis extrêmement soulagée du jugement qui a été rendu, d'autant plus qu'il passera les cinq prochaines années de sa vie derrière les barreaux. Mais cette aventure est loin d'être terminée pour mes filles et moi. Les conséquences de son geste sont indescriptibles et laisseront des cicatrices sur nos vies», confie-t-elle.
Bien qu'elle ait maintenant son chien de garde et que sa demeure soit équipée de caméras de surveillance, Karine Lucas peine encore à trouver le sommeil, tout comme ses enfants. «Nous vivons toujours dans la peur. Mon nouveau conjoint, ma famille et mes amis ont aussi été traumatisés par les événements. Et même si mon agresseur est aujourd'hui en prison, sa famille m'en veut énormément. Nous craignons tous des représailles», souffle-t-elle.
Vivre en paix
Lorsqu'elle jette un regard sur l'avenir, Karine Lucas n'a que deux choses en tête : retrouver un rythme de vie normal et élever ses enfants. «C'est plus difficile à faire qu'à dire. Je voudrais bien recommencer à travailler ou retourner aux études, mais je n'en ai pas l'énergie. Je souhaiterais tourner la page, mais le souvenir des événements me poursuit. Je veux simplement vivre en paix et je ne sais pas encore comment j'y arriverai. Je dois vivre avec toutes les conséquences psychologiques et financières des événements, et gérer les rendez-vous avec les avocats et services de soutien psychologique plutôt que d'accorder plus de temps à mes enfants. Heureusement, mon conjoint me supporte beaucoup dans cette épreuve.»
Une autre difficulté à laquelle elle se bute trop souvent est le jugement d'autrui. «Les gens nous jugent beaucoup, et je me rends compte que la violence conjugale est un sujet tabou. Or, si la société n'en parle pas, le problème ne sera jamais enrayé. À preuve, j'en ai été victime pendant 16 ans sans même le savoir, et c'est le cas de quelques-unes de mes amies aussi», déplore-t-elle.
Afin de sensibiliser la population à cette réalité qui a failli lui coûter la vie, Mme Lucas nourrit d'ailleurs le projet de tourner un documentaire et de démystifier la violence conjugale. «Je trouve aussi qu'il manque de services de répit dans la région pour les victimes, et je travaille là-dessus. Je veux me servir de mon expérience pour améliorer le système, sensibiliser la population et aider celles qui, comme moi, ont vécu ce genre de drame. Nous méritons de vivre en paix», conclut-elle.
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