Terrebonne, mercredi 22 mai 2013
Pénélope Clermont
Mardi 5 mars 2013
Certains métiers fascinent, font même peur parfois. On les connaît peu, ils semblent tabous. C’est le cas du métier de thanatologue, ou d’embaumeur si vous préférez. Les personnes qui le pratiquent côtoient la mort chaque jour. Morbide, pensez-vous? Pas pour Annie Dubé, thanatologue et fière de l’être depuis 19 ans.
C’est avec un immense sourire qu’Annie Dubé parle du métier qui la passionne depuis qu’elle l’a découvert au moment d’entreprendre des études collégiales. «J’étais attirée par la pathologie et les autopsies. J’aurais aimé travailler en collaboration avec les coroners, mais je croyais que ça prenait un cours de médecine, se souvient-elle. Puis, j’ai vu la technique en thanatologie. Il n’était plus question de faire des autopsies!»
Ce qu’elle aime de son métier? «Le fait qu’il comporte un côté cartésien avec les techniques d’embaumement, mais aussi un aspect émotif avec les familles endeuillées. Il y a aussi toute la facette artistique et esthétique avec le maquillage et la coiffure», précise celle qui travaille pour Les Salons funéraires Guay depuis sa sortie de l’école.
Dans sa carrière, un thanatologue sera amené à effectuer une multitude de tâches : organiser les funérailles, conseiller les familles sur les aspects juridiques, récupérer les défunts où ils se trouvent, les embaumer, les maquiller, les coiffer, les préparer pour la crémation…
«Dans les petits villages, tu fais tout. Tu vas chercher le défunt, tu l’embaumes, tu places les fleurs autour du cercueil, accueilles la famille, diriges les funérailles, alors que dans les grands centres, une personne est attitrée au laboratoire, une autre aux familles, etc. Ici, on est au milieu. J’ai pas mal fait tous les postes, sauf porter un cercueil et diriger les funérailles», illustre celle qui évolue surtout dans le laboratoire depuis quelque temps.
Si elle a appris les techniques de thanatopraxie au Collège de Rosemont, seul établissement à offrir la formation au Québec, elle admet avoir développé son talent pour le maquillage et la coiffure au contact de ses collègues. «Dans certains salons, ils vont embaucher une coiffeuse externe. Ici, on fait tout par nous-mêmes. C’est un talent qu’on a en nous bien souvent. Il n’y a pas de cours en tant que tels», fait savoir la spécialiste, qui réside dans la région.
Un métier bien accepté
Consciente qu’elle pratique un métier plutôt inusité,Annie Dubéa eu la chance de compter sur des parents ouverts d’esprit lorsqu’elle leur a annoncé qu’elle se dirigeait vers la thanatologie. «On était à table en train de souper, se rappelle-t-elle. Ma mère et mon père se sont regardés et m’ont demandé ce que c’était. Je leur ai dit que c’était pour embaumer les personnes décédées. Ils m’ont dit : "Ah ben! c’est spécial, ça! On va t’encourager!»
Heureusement qu’ils ont pris le bon côté des choses, puisqu’ils ont par-dessus le marché un gendre thanatologue. «On s’est rencontrés à l’école. […] On a habité au-dessus du salon pendant cinq ans. On a donc vraiment vécu tous les aspects de la thanatologie», explique avec le sourire la femme du couple, qui compte aujourd’hui deux enfants.
Et comment les enfants composent-ils avec le travail de leurs parents? «Ils côtoient le salon depuis qu’ils sont tout petits. C’est sûr que des fois, ils posent des questions, alors on répond pour ne pas mentir, mais avec des mots simples», de dire la mère de famille, qui sait bien que la mort fait partie de la vie.
«La mort, c’est la fin de la vie, mais pas la fin en soi. Mais c’est sûr que ce n’est pas facile à vivre pour les familles», évoque-t-elle avec sagesse.
Vouant un très grand respect à cette ultime étape que traversera un être humain,Annie Dubés’occupe des personnes décédées et de leur famille comme elle aimerait qu’on s’occupe d’un de ses proches. «Cette personne-là a un mari, une femme, une mère, un fils. Elle est importante pour quelqu’un. C’est donc important de lui prodiguer les soins délicatement, en faisant bien le travail, pour qu’elle soit belle lors de l’exposition, parce que c’est la dernière image que la famille aura d’elle», confie celle qui trouve tout aussi primordial de prendre soin des familles endeuillées que de la personne décédée.
«On est là pour les aider et les guider dans une expérience terrible. Il faut prendre le temps de les écouter aussi, de s’intéresser à leur histoire», précise-t-elle. «C’est sûr qu’il y a des cas plus touchants que d’autres. Comme lorsqu’il s’agit d’un suicide ou lorsque ça implique des enfants. […] Mais de voir la tristesse des familles, ça nous donne la force de bien faire notre travail», conclut-elle.
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La thanatologie dans le temps
Si on connaît maintenant bien Annie Dubé la thanatologue, qu’en est-il de l’évolution de son métier et de ses pratiques dans le temps? La spécialiste en dévoile un peu plus sur la thanatologie.
Pénélope Clermont
Vous l’avez sans doute déjà remarqué : la crémation est de plus en plus demandée par les familles des défunts, comparativement à l’embaumement. Le côté pratique et l’aspect financier peuvent expliquer ce phénomène, selon la principale intéressée.
«C’est plus facile d’exposer des cendres dans deux ou trois semaines s’il y a de la famille à l’extérieur, contrairement à un corps. Quoique les nouvelles techniques d’embaumement permettent de le faire, avance Mme Dubé. Il y a aussi un point de vue économique, même s’il y a moyen de trouver quelque chose d’économique avec les deux méthodes.»
Quoi qu’il en soit, les pratiques ont bien changé. «Les gens vivent aujourd’hui à la vitesse grand V. On veut régler ça vite. On voit beaucoup de familles faire ça en présence des cendres le samedi de 12 h à 14 h et c’est fini. Il y a 40 ans, ça pouvait durer plusieurs jours et la Terre arrêtait de tourner», ajoute-t-elle avant de souligner que selon elle, il demeure important de voir la personne décédée : «C’est sûr que ça fait mal, mais c’est le temps de pleurer pour mieux passer au travers ensuite.»
Une profession toute féminine
Aux dires d’Annie Dubé, une vingtaine de personnes obtiennent leur diplôme en techniques de thanatologie du Collège de Rosemont chaque année. Parmi ce nombre se trouve une très forte majorité de femmes. «Dans ma cohorte, il y avait 14 filles pour 7 garçons, et il y a de plus en plus de filles. Une année, on a eu la chance d’avoir les deux seuls garçons de la cohorte comme stagiaires et depuis quelques mois, il n’y a qu’un seul garçon dans le laboratoire», dévoile la thanatologue.
Posséder une bonne force physique demeure tout de même un atout dans le métier. «Il y a beaucoup de manipulations avec les cercueils et les civières. Puis, les gens ne pèsent pas tous90 livres. On a des outils pour nous aider, mais la force brute demeure un bon outil.»
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