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DOSSIER DE LA SEMAINE : Les préjugés, le frein à l’égalité
Culpabilité et honte sont des sentiments qui habitent grand nombre de victimes de violence conjugale ou d’agressions sexuelles.

DOSSIER DE LA SEMAINE : Les préjugés, le frein à l’égalité

Pénélope Clermont

Mardi 5 décembre 2017

Près de 46,5 % des femmes rencontrées dans les CALACS du Québec ont attendu plus de 11 ans avant de demander de l’aide. La cause principale de cette attente, selon France Clément, coordonnatrice du CALACS La Chrysalide, demeure les mythes et les préjugés qui culpabilisent les victimes et déculpabilisent les agresseurs sexuels.

Qui n’a jamais entendu ou même pensé les classiques : «Que faisait-elle là à cette heure-là?» ou «Elle avait juste à s’habiller moins sexy»? Des réflexions qui contribuent à la culpabilisation, à la responsabilisation et à la honte que ressentent déjà les victimes d’agressions sexuelles.

Pourtant, quand on sait que près de 75 % des agressions recensées par La Chrysalide ont eu lieu au domicile familial (47,7 %), au domicile de la victime (13,6 %) et au domicile de l’agresseur (12,9 %) et que plus de 50 % des cas rapportés sont de nature incestueuse, les préjugés laissant croire que la victime se trouvait à 2 h du matin dans une ruelle ou qu’elle était habillée sexy n’ont pas lieu d’être, aux dires de Mme Clément.

Le même type de préjugés prend forme du côté de la violence conjugale avec des réflexions comme : «Pourquoi n’est-elle pas partie de la maison avant?» Non seulement la violence conjugale s’immisce-t-elle de façon subtile dans le couple, mais plusieurs raisons vont empêcher les femmes de quitter le milieu familial.

Il faut dire aussi, comme le soulève Nancy Ménard, directrice intérimaire de Regroup’Elles, que la première chose que les conjoints vont attaquer est l’estime de la victime. Une femme sans estime est moins en mesure de s’affirmer et de prendre le contrôle de sa vie.

La peur de briser la famille ou l’entourage, autant chez les victimes de violence conjugale que chez les victimes d’agressions sexuelles – dans le cas d’inceste ou d’agressions de la part d’une personne connue de la victime, soit 83 % du temps, selon les statistiques de La Chrysalide –, est également un élément pouvant expliquer le silence des femmes.

L’importance de l’éducation

Demander de l’aide tôt facilitera le processus de «guérison», aux dires de Mme Clément. Aborder la violence envers les femmes favorisera aussi l’élimination des commentaires haineux et des préjugés sociaux. La situation tend d’ailleurs à s’améliorer, aux dires de Mme Clément. Mais la parole n’enrayera pas la source du problème, selon elle. L’éducation, oui.

«Une éducation égalitaire entre les hommes et les femmes diminuera le rapport de pouvoir. Nous n’éduquons pas nos gars et nos filles de la même manière. À Noël, la petite fille va être obligée de donner des becs à toutes les tantes et les oncles. Si elle refuse, on va dire qu’elle n’est pas gentille et comme parents, on a honte. On n’oblige pas la même chose à un petit gars. Il n’a pas à faire la tournée des becs et il peut courir et aller jouer en arrivant, présente-t-elle.

«Si une petite fille se fait "écœurer" à l’école, on lui dit de laisser faire, d’ignorer l’autre et de demander de l’aide. Le message qu’on lui lance, c’est qu’elle n’est pas assez forte pour régler la situation par elle-même. Alors qu’on dit au petit gars de se défendre.»

Comme l’évoque la coordonnatrice du CALACS, on devrait plutôt montrer à nos enfants à s’affirmer et à apprendre à écouter leurs limites. Au lieu d’instaurer la peur chez les adolescentes en leur interdisant des choses par mesure de protection – ce qui n’est pas mal intentionné, il faut le dire –, il est préférable de leur donner des outils afin qu’elles puissent faire face aux diverses situations.

Portrait des victimes vs agresseurs

En ce qui a trait au portrait type des victimes, il serait faux de croire qu’il en existe un. «Des psychologues, des intervenantes, des médecins, des avocates peuvent être victimes de violence conjugale, dévoilent la directrice de Regroup’Elles. Ce qu’on remarque de plus en plus, ce sont des immigrantes qui arrivent avec leur lot de difficultés, dont la barrière de la langue et une méconnaissance des droits.»

Du côté des agresseurs, si on pouvait facilement les reconnaître, il n’y aurait pas autant de victimes. Sur le plan des agressions sexuelles, le regroupement québécois des CALACS a fait ressortir certaines statistiques en 2004. La grande majorité des agresseurs déclarés à l’organisme sont à 82,7 % d’origine québécoise, canadienne ou caucasienne. Près de 40 % sont âgés de 30 à 34 ans, alors que près de 25 % ont entre 10 et 19 ans. Viennent ensuite les 45 à 64 ans à plus de 16 %.

Si on ne pourra sans doute jamais enrayer de façon définitive la violence envers les femmes, on peut certainement la diminuer en unissant nos forces vers un objectif commun : l’égalité des sexes.

Quant aux victimes, vous n’êtes pas seules. CALACS La Chrysalide (agressions sexuelles) : 450 964-7888; Regroup’Elles (violence conjugale) : 450 964-4404; Centre de F.A.M. des Moulins (lieu d’échanges et d’écoute) : 450 964-5827.


LISEZ AUSSI : http://www.larevue.qc.ca/actualites_dossier-semaine-un-mal-trop-present-n44808.php

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