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L’exceptionnel parcours d’un combattant
S’il n’a pas compétitionné depuis 1960, George Reinitz parle encore très bien le langage sportif, s’intéressant au maximum à ce qui se passe au George & Eleanor Reinitz Wrestling Center, qui accueille à l’occasion Georges St-Pierre. (Photo : Pénélope Clermont)

L’exceptionnel parcours d’un combattant

Pénélope Clermont

journaliste@larevue.qc.ca

Mardi 10 octobre 2017

La première fois que George Reinitz a lutté, ce n’était pas dans un dojo, mais bien à Auschwitz. Il avait 12 ans. Avec son caractère, il aurait sans doute préféré lutter contre les nazis, mais la faim a été son principal combat. C’est à son arrivée au Canada, à 16 ans, qu’il a appris ce qu’était la lutte en tant que sport. Un sport qui lui aura appris la vie, dit-il. Un sport qui lui aura donné une nouvelle famille et un avenir.

À Terrebonne, on connaît George Reinitz comme le fondateur de l’entreprise manufacturière de meubles Jaymar, qui a rapatrié ses activités dans la municipalité en 1972. S’il n’a plus de lien direct avec la ville depuis qu’il a vendu Jaymar, en 2000, il conserve un souvenir extrêmement positif de la communauté qui l’a «fait [se] sentir comme chez lui», pour reprendre ses termes, il y a de cela 45 ans.

Difficile de résumer le parcours de cet homme né le 16 avril 1932, en Hongrie. Car son histoire est immensément riche. George Reinitz est à la fois un survivant de l’Holocauste, un ancien champion de lutte olympique et un brillant homme d’affaires. Ce sont toutes ces facettes de son histoire qu’il dévoile dans sa biographie intitulée Wrestling with life : From Hungary to Auschwitz to Montreal, qu’il a écrite avec Richard King.

Redonner ce qu’il a reçu

La Revue s’est entretenue avec le principal intéressé au George & Eleanor Reinitz Wrestling Center, qu’il a fondé avec sa femme, Eleanor, au début des années 2000. S’il n’a pas compétitionné depuis 1960, il parle encore très bien le langage des athlètes. Il faut en effet le voir saluer chacun d’entre eux avec un sourire et un intérêt sincères, prenant le soin de nous décrire une parcelle de leur parcours au passage. Les jeunes le saluent avec chaleur, prouvant le respect qu’ils ont pour l’homme encore bien solide du haut de ses 85 ans.

«Je suis fier de ces jeunes qui, même s’ils proviennent de différentes cultures et religions, sont devenus des amis», confie-t-il en spécifiant que le centre qu’il a créé est sa plus grande fierté. «Je change des vies ici», laisse-t-il savoir.

Visiblement, M. Reinitz est toujours aussi passionné par son sport. «Comme c’est un sport individuel, tu ne peux pas mettre la faute sur quelqu’un d’autre si tu perds et c’est la même chose si tu gagnes. Tu apprends à prendre des décisions pour toi-même, que ce soit à travers le sport ou en affaires», évoque-t-il.

«Ce sport m’a donné confiance en moi quand je suis arrivé au Canada, à 16 ans, sans famille et sans rien. J’ai d’abord aimé le sport, puis le club (YMHA, the Davis Y) est devenu une famille. Le coach m’invitait à souper et m’emmenait pêcher. J’avais quelqu’un qui s’intéressait à moi. Je suis chanceux de pouvoir faire la même chose avec ces jeunes et d’en faire de bons citoyens.»

De la Hongrie à Auschwitz

Ayant grandi dans la ville de Szikszó, en Hongrie, M. Reinitz affirme avoir connu une enfance heureuse. C’est toutefois au lendemain de son 12e anniversaire que le vent a tourné. Le 17 avril 1944, sa famille et lui ont eu une heure pour quitter leur domicile afin d’être déportés vers Auschwitz. Dès leur arrivée, le jeune George est séparé de sa mère et de sa sœur. Heureusement, si on peut le dire ainsi, il passera la majeure partie de son séjour au camp de concentration avec son père, à ni plus ni moins combattre la faim 24 heures sur 24. Il se risquera même à voler des pelures de patates. «Toute ma vie, même enfant, j’ai été un risk taker. […] Même si j’étais au pire endroit sur terre, je ne pouvais pas complètement renier ma personnalité», raconte celui qui a été témoin des pires atrocités.

C’est en quelque sorte une pneumonie et un bon samaritain qui lui ont sauvé la vie. Alors qu’il était tenu à l’infirmerie plus longtemps qu’il ne l’aurait dû, les autres prisonniers ont été évacués pour entreprendre la marche de la mort. C’est à cette occasion qu’il a vu son père pour la dernière fois, à travers une fenêtre.

D’Auschwitz à Montréal

Grâce au War Orphans Project, M. Reinitz est arrivé au Canada le 19 septembre 1948. Cumulant les différents boulots, il a fini par fonder Jaymar en 1956. À l’instar de son père et de son grand-père avant lui, il avait de la graine d’entrepreneur.

Un an plus tard, il s’est marié avec sa compagne des 60 dernières années, Eleanor, avec qui il est fier d’avoir fondé une famille réunissant un total de 18 membres. C’est d’ailleurs pour ses petits-enfants qu’il a entrepris l’écriture de sa biographie, afin qu’ils connaissent l’histoire de leur grand-père, même si replonger dans ses souvenirs n’a pas toujours été de tout repos.

«Un autre facteur qui m’a motivé est que je crois que la haine n’a pas de place dans notre monde. Elle ne sert qu’à nous diviser et à renier la vaste majorité de personnes qui ne désirent que vivre en paix et en sécurité», conclut l’homme avec sagesse.

Rappelons que Wrestling with life : From Hungary to Auschwitz to Montreal est publié chez McGill-Queen’s University Press et tous les profits sont remis à des organismes œuvrant auprès d’enfants orphelins.

9 novembre 2017 2017 Linda Kovacs cell

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