Terrebonne, samedi 4 février 2012
Isabelle Desmarais
Mardi 20 octobre 2009
ANDRÉ LANDRY
Toute sa vie, il a habité un corps qui ne lui appartenait pas. À huit ans, il rêvait déjà de porter jupes et chaussures à talons hauts. Pourtant, le miroir lui renvoyait inlassablement la même image : celle d'un homme, prisonnier de son corps, malheureux comme les pierres. C'est ainsi qu'à l'âge de 46 ans, André Landry s'est libéré de son cocon afin d'assumer pleinement sa transsexualité.
Il n'était encore qu'un gamin qu'André Landry vivait déjà un malaise. «C'était plus fort que moi, chaque fois que j'avais la moindre petite occasion de porter du linge féminin, les vêtements de ma mère ou de mes sœurs, je le faisais. En cachette, parce que si mes frères l'avaient su, je me serais fait lapider. Je savais que quelque chose clochait, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Ce désir de m'habiller en femme, de me maquiller, de me croiser les jambes ne s'est jamais dissipé», raconte Andrée Landry, résidante de Terrebonne.
Plus rien à perdre
Pour définir la transsexualité, on dit souvent que les individus concernés sont nés dans le mauvais corps. C'est ce qu'on appelle la dysphorie de genre. Celle-ci peut se traduire par un tiraillement perpétuel entre le sexe biologique et l'identité de genre et ne concerne en rien l'orientation sexuelle de l'individu. «Je ne me suis jamais sentie un homme. Pourtant, j'ai tout fait pour le cacher, et les gens ne pouvaient pas s'en douter une seconde. J'étais très sportif, je travaillais dans la construction, en ébénisterie, j'avais une moustache, tu vois le genre... Je vivais avec ma conjointe et on a eu un enfant ensemble. Je portais un gros masque, en fait. J'étais prisonnier d'un secret que je ne pouvais pas dévoiler. Je ne savais pas ce que j'avais, mais j'étais pris d'un mal de vivre.»
Si la plupart des transsexuels, hommes et femmes, sont aux prises avec de grandes souffrances, Andrée Landry peut en témoigner. Il y a trois ans, elle est arrivée au point dans sa vie où elle devait impérativement sortir du placard et sauter dans le vide, sans quoi elle aurait mis un terme à son désespoir. «Il devait se passer quelque chose, sinon c'était la dernière année que je vivais. Je n'avais plus rien à perdre, je ne voyais pas d'issue. Je voulais juste mourir», confie-t-elle.
Une femme complète
En septembre 2006, à l'âge de 46 ans, André Landry s'est mis à nu et est devenu Andrée Landry. Elle se sent aujourd'hui libérée, et les mots lui manquent pour décrire son bien-être : «Je suis vraie, je suis moi-même, je m'aime d'un amour inconditionnel. Rien de m'aurait empêché de me dévoiler au grand jour.»
La démarche que poursuit Andrée Landry pour subir sa transformation s'avère complexe. De nombreux suivis en psychologie s'imposent. Puis, la transformation exige certains traitements qui peuvent devenir incommodants sur le plan physique. C'est le cas de l'hormonothérapie, soit la prise d'œstrogène prescrite à fortes doses. Le traitement a pour effet de diminuer certains caractères morphologiques masculins au profit de marques féminines, comme les seins. «Dans mon cas, ça aurait pu être fatal. Je prenais neuf fois la dose prescrite aux femmes ménopausées, ce qui a engendré une embolie pulmonaire. J'ai été très malade», souligne-t-elle.
La maladie a eu pour effet, entre autres, de ralentir les démarches de Mme Landry pour subir la vaginoplastie, dite «la grande opération». Si les médecins travaillent à minimiser les dangers de l'opération, cette dernière doit avoir lieu coûte que coûte pour la Terrebonnienne : «Il faut qu'il y ait une solution. Cette opération, c'est l'aboutissement de toute ma vie, ma raison d'être. Je m'étais dit qu'à 50 ans, je serais une femme complète.»
Copyright © 2008, La Revue. Tous droits réservés. | Toutes reproductions interdites
Commentaires
Vous désirez commenter cet article?
Vous devez être membre
Jeudi, 22 octobre 2009 14:49:49
Bonjour
Je voulais seulement vous félicitez pour cet article je vis la même chose depuis que je suis au monde et dieu sait que c'est la pire chose qu'un humain peu vivre et malheureusement les préjugés font partie de notre monde mais si chaque personne pouvait lire cet article sa aiderais tout le monde à comprendre un peu plus.
Je suis présentement dans mes démarches pour devenir un homme car je ne suis plus capable j'ai 20 ans et c'est assez dure et pour moi mes 20 ans sont une perte de temps et je veux aller de l'avant.
Alors pour tout ceux qui aurons lu cet article et si vous avez des questions ou des commentaires ou des confidences à faire par rapport à ce sujet il me fera plaisir d'être la pour vous et vous aidez et de vous parler de mon vécu.
nathaniel.001@hotmail.com
merci le journal La Revue d'avoir publié cet article et d'avoir fait le cover c'est super et c'est une bonne nouvelle pour tout les gens qui vivent le même désespoir,