Terrebonne, mardi 7 février 2012
Mardi 28 avril 2009
Nous avons fait connaissance en 1974, dans son petit bureau niché au bout de l'allée menant à l'arrière de sa résidence de la rue Théberge. Il était assis à sa vieille machine à écrire, y transcrivant les propos d'un interlocuteur, le téléphone collé à l'oreille, appuyé sur son épaule : la fébrilité de l'heure de tombée du journal. De fil en aiguille, il m'a parlé de son projet de fonder une société d'histoire, ce qu'il ne pouvait entreprendre considérant ses nombreuses occupations. Après quelques mois de discussions et d'échange d'idées, nous avons finalement mis sur pied la Société d'histoire de la région de Terrebonne avec de nombreux collaborateurs de la première heure. C'était à l'automne de 1975, dans le salon rouge du Manoir Masson. Aimé n'a jamais été à l'avant-scène, il préférait laisser aux plus jeunes le soin de mener la barque à bon port. Cependant, nous pouvions toujours compter sur son soutien, ses connaissances et son expérience du milieu. Depuis, 35 années ont passé; nos chemins se sont séparés (vers 1985) jusqu'à ce qu'en février 2008, je reçoive par la poste un appel «au secours» de mon ami, comme plusieurs autres d'ailleurs, afin de remettre en piste la Société d'histoire et de trouver un local permanent pour la loger adéquatement.
Lors de la réunion de travail, j'ai perçu chez mon ami quelque peu diminué et affaibli par son grand âge, un sentiment d'urgence, celui d'un homme qui a plein de choses à mener à terme, mais à qui le temps est venu à manquer. C'est pourquoi j'ai accepté de reprendre du service avec lui, à son grand soulagement, car il savait qu'il pouvait compter sur moi comme je pouvais compter sur lui à tout moment. Je perds donc un grand ami, un ami sincère, fiable. Nous nous voyions peu; toutefois, nous communiquions souvent par téléphone (il n'était pas question de nouvelles technologies pour Aimé), prenions des nouvelles de l'un et de l'autre, nous informions de nos activités, de nos projets; immanquablement, il avait une petite question «historique» à me poser qui commençait toujours par «hé ben, dis donc...» Encore jeudi dernier, il me suggérait la lecture d'un bouquin qu'il voulait me prêter. Mon ami n'aura pas eu le temps... La nouvelle de son décès m'a complètement atterré, j'en suis profondément désolé. Pourtant, je me console quelque peu à l'idée que ceux qui lui survivent, qui marchent dans ses pas, récolteront ce qu'il a semé sur son parcours. À bientôt, mon ami tenace!
Claude Blouin
Président de la Société d'histoire de la région de Terrebonne
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