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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

L'éducation sexuelle à l'école

Mardi 5 avril 2016

Par Alain Gariépy

Dans un programme scolaire, l'éducation sexuelle n'est pas un moment éphémère, elle repose sur un bienfondé durable. Ainsi, beaucoup de gestes complémentaires doivent être entrepris pour permettre à une personne de grandir.

Les enjeux de ces enseignements relèvent principalement des apprentissages que chacun des jeunes saura s'approprier et de la responsabilité que nous avons de les protéger. À cet égard, la loi 21 a réservé des activités professionnelles, entre autres aux sexologues, pour éviter les risques de préjudice à la population.

Concernant les connaissances à acquérir dans un contexte de santé sexuelle, les jeunes nécessitent une façon d'être qui intègre les notions de sentiments, d'émotions, de sensations et de cognition. Tous les fondements de l'éducation sexuelle passent par notre capacité à être et à partager. Cela commencera dans la vie au quotidien; les expériences vécues dans la famille en lien avec les valeurs véhiculées et comprises, l'affection, l'attachement et tout ce qui concerne les liens partagés auprès des personnes significatives qui ouvrent à l'autonomie, puis à l'intimité.

À l'école, l'enseignement à la sexualité doit amener chacun à apprendre à être et à trouver sa confiance en soi afin de s’épanouir. Au plan relationnel et social, l'objectif sera plutôt d'apprendre à accepter les différences et la tolérance qui ouvrent à la communication. Ici, les problèmes sont complexes et variés, comme nous le verrons. Il y a également les adultes maltraitants qui abusent et exploitent les enfants avec des moyens sophistiqués tels que les réseaux sociaux. Ces derniers facilitent aussi l'intimidation et la violence qui ont maintenant plusieurs visages difficiles à cerner. En parallèle, on remarque des changements de cultures et de valeurs face à de nouveaux enjeux.

Vous avez suivi ce nouveau débat sur la place des élèves transgenres à l'école? À l'ordre du jour, le droit à l'égalité, la confidentialité, le choix des vêtements, des toilettes et vestiaires, et la lutte à la discrimination en sont les premiers exemples.

Le débat est maintenant du côté des commissions scolaires. Il y a ainsi celles qui veulent accommoder les jeunes et celles qui ne se sont pas montrées très ouvertes et enfin la majorité, nombreuse, à ne pas savoir quelle direction prendre. Savoir quoi faire – ou plutôt savoir comment le faire, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ces nouveaux enjeux inquiètent l'alliance des professeurs qui voit ses enseignants mal outillés pour accompagner les enfants et les parents dans tout ce que cela impliquera.

Ces nouvelles réalités ne font que commencer; la tolérance est à l'ordre du jour sur tous les fronts, mais comment s'assurer que chacun pourra s'épanouir? Comment amener tous les jeunes à faire les bons apprentissages? Nous avons ainsi ce nouveau défi : nous adapter aux changements sociaux sans créer de nouvelles problématiques. De plus, nous devons rester vigilants sur les facteurs d'influences extérieurs qui prennent beaucoup de place à travers Internet et les réseaux sociaux. Ainsi, pendant que nous sommes à élaborer des programmes d'éducation sexuelle à l'école, les jeunes ont déjà leurs ressources. De l'époque des amis et des informations entre jeunes, la pornographie est maintenant devenue l'outil éducatif privilégié. Oui, vous avez bien lu! Rien que cela. À la base, ayant comme première mission d'exciter les gens, la pornographie a aussi, ironiquement, une mission éducative. Elle propose des valeurs, suggère des idées et incite à des comportements et à des attitudes très réductifs qui ont des impacts sur les garçons et des filles.

Quand la vie amoureuse est dans un espace sentiment, elle est rationnelle. La sexualité, elle, est une expérience irrationnelle. Dans les deux cas, il y a une recherche d'intensité chez les jeunes, le besoin de ressentir, le désir de bien vivre le moment présent. Il y a ici un monde de différences entre la réalité des garçons et des filles.

Y a-t-il vraiment nécessité que des adultes, par la pornographie, influencent autant les enfants? La vie amoureuse consacre le choix de la personne aimée, celle qui deviendra un objet de désir, l'élue. La pornographie pour sa part limite l'autre à un statut d'objet sexuel, disponible dans le simple besoin de consommer. En fait, la pornographie utilise les mêmes critères en changeant le cadre et en prônant une valeur simple; l'autre n'est pas important. Les enfants ont besoin d'être protégés et nous avons la responsabilité de les éduquer. Cela a été dit. Malgré les bonnes intentions des uns et des autres, pensez-vous vraiment que n'importe quel prof peut faire de l'éducation sexuelle? Actuellement, le processus est ouvert et engagé. Tout est en mouvement et à se définir.

L'idée n'est pas de savoir si les sexologues ont leur place, mais comment les intégrer prioritairement et massivement dans les programmes scolaires. En attendant, il y aura beaucoup de gens qui feront de la politique sur le sujet. On discutera encore longtemps sur les meilleurs moyens de bien mettre en place tout ce qui est maintenant devenu prioritaire.

Au final, une chose est certaine : notre démarche est plus une affaire de cœur que de tête, car au-delà de tout programme d'éducation sexuelle qui sera mis en place, son contenu sera le plus important, il faut donner un sens à l'épanouissement sexuel. Il en va du devenir de nos enfants.

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