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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Du fantasme amoureux à celui qui déçoit

Mardi 17 mai 2016

Par Alain Gariépy

Nous avons vu, dans la chronique précédente, comment nos espoirs amoureux occupent notre esprit pour vivre sous forme de fantasmes et que quelquefois, il est possible de perdre la mesure entre ce que nous désirons vivre et comment apprendre à laisser l'autre s'exprimer dans ce qu'il est et lui laisser ainsi cet espace qu'il souhaite réellement occuper.

Qu'en est-il lorsque nous savons précisément ce que nous voulons et que l'autre ne répond pas vraiment à nos attentes, un peu comme du sable qui glisse entre nos doigts et que nous ne savons retenir?

Étant en confiance avec nos projets, il est naturel de désirer vivre et partager nos ambitions dans une relation et quelquefois de vouloir pour deux, surtout si l'autre s'implique peu, laissant une place disponible. Quand les fantasmes en nous sont très forts, il est habituel de constater comment s'amorce une stratégie pour orienter l'autre dans le savoir-agir. Il est complexe de réaliser que parfois, notre attirance va vers des personnes pas toujours adaptées à notre réalité à long terme. Comment alors, constatant un manque d'amour progressif de cette personne, choisissons-nous de développer de grands efforts pour ouvrir une brèche face aux moments d'indifférence que nous percevons et qui entraînent une insécurité?

Le questionnement amoureux

L'expérience des sentiments se transforme toujours sur la base des connaissances et des expériences acquises. Le début de l'histoire, signe de nouveauté, inspire et ouvre à la créativité. Quelquefois, avec le temps, il y a un réveil d'anciennes blessures, où les premières déceptions entraînent surprise au début, puis tristesse. La toute première dispute brise l'illusion, elle vient souligner que l'autre n'est pas nécessairement dans notre projet. Les disputes suivantes n'en seront que le rappel.

Un conflit se développe ainsi dans le questionnement, d'abord en soi, puis auprès de l'autre. Se poser des questions fait souvent naître de l'anxiété que nous tournons vers l'autre. Poser une question, c'est rationaliser ses besoins et chercher à se sécuriser. La déception viendra quelquefois de la réponse obtenue. Devant une réponse jugée inadéquate ou douloureuse, il est habituel de se dire «je ne comprends pas», ce qui suggère souvent «je n'accepte pas». En fait, la variété de nos conflits est sans fin parce que la nature de nos attentes l'est tout autant.

Le questionnement amoureux d'une seule personne face à des complications conjugales crée l'impasse. Le partenaire qui ne s'investit pas devient‑il notre bourreau? Sans vraiment le réaliser, être sous l'emprise de quelqu'un suggère un besoin de vouloir fuir, mais également de lutter et de rester. L'imaginaire prend alors une place privilégiée; il est un lieu sécuritaire qui compense un quotidien décevant. Facile, si ce contexte se répète souvent, de confondre ce qui est, face à ce qui est souhaité.

Pourquoi rester dans une vie de couple qui fait souffrir et de laquelle il semble difficile de se libérer? S'obstiner à persévérer dans une histoire amoureuse sans relief pour préserver un passé amoindri où l'apparence du couple idéal demeure, mais seulement sous un regard extérieur, alors que l'intimité et la complicité sont devenues consternantes, crée un trouble intérieur.

Perdre confiance dans une réalité désolante est facile. En recherche d'idéal et en perte de repères personnels, il arrive qu'une personne devienne vulnérable et qu'il soit facile de la manipuler. Exploiter ses peurs, entretenir le doute, la confusion, la culpabilité pour l'affaiblir ou l'isoler en sont les premiers moyens. En besoin de reconnaissance, la personne maintenant victime cherche souvent à satisfaire l'autre et à vouloir préserver une relation qui est entretenue dans un imaginaire fragilisé. Sous le thème de la médecine, Molière, dans sa dernière œuvre, «Le malade imaginaire» de 1673, traite de l’un des préjugés les plus universels de notre société : la crainte de la mort et l’amour de la vie. Dans le fantasme amoureux, il en va également ainsi : quand nous devenons le personnage fragilisé de l’illusion de la vie amoureuse, nous prenons le rôle à la fois du bourreau et de la victime.

 

Pour la prochaine chronique, nous pourrons réfléchir sur la façon dont l’ambivalence amoureuse se nourrit de notre fragilité.

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