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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

1969, « Valérie » : faire le partage entre l’érotisme de la pornographie

Mardi 14 juin 2016

Par Alain Gariépy

Je connais Danielle Ouimet, c'est mon amie, une grande amie. L'artiste aux mille talents, la femme engagée, généreuse, impliquée. Elle représente l'anecdote d'une vaste expérience.

Mais ce que je veux partager avec vous, c'est le premier nom qui l'a fait connaître, l'époque où elle incarnait «Valérie». Ce film culte de 1969 qui fait écho aux changements sociaux s'ouvre par l'audace et la témérité de Denis Héroux qui pousse l'érotisme à la limite de ce que permet la censure. En cette année 69, l'Université du Québec à Montréal ouvre ses portes avec comme mission de jouer un rôle actif dans la modernisation de la société québécoise, le département de sexologie est créé. La pensée sexologique universitaire émerge, le Québec se transforme. Le monde de la nudité au cinéma et la pensée universitaire s’émancipent. Les jeunes de l'époque de l'avant «Valérie» sont éduqués dans l'ignorance de la sexualité et du déni du corps. L'aube des années 70 annonce des bouleversements majeurs.

L'érotisme au Québec prend forme par la suggestion, des scènes d'amour, vues par la fenêtre ou entre des branches, qui proposent un voyeurisme social. C'est toute une société qui observe et apprend. L'imaginaire de chacun fait des liens avec ce qu'il voit, devine et désire. Union et convergence qui ouvrent au désir de rencontres. L'érotisme est le monde de l'allusion, du style indirect, des détours et des masques. Une rumeur de ce qui peut exister. Partager avec Danielle sur cette poésie des corps inspire à comprendre l'évolution de nos mœurs. Si l'érotisme présente une image qui suggère, la pornographie va à contresens, elle exagère.

L'image de la nudité demande de s'adapter à la curiosité et au besoin de voir. L'érotisme a pour objectif de «voir pour vouloir», un exercice qui engage au désir. La pornographie, elle, objecte et fait passer le «voir pour avoir», une notion qui lie la disponibilité des corps à l'excitation. Le «voir-vouloir» suppose qu'il y a un chemin à parcourir et demande de trouver en soi ce qui va créer le rapprochement. Le «voir-avoir» exprime que la distance n'existe pas, il est à nous, il est nous. Le sentiment d'acquérir, de posséder. Le voyage a eu lieu, le point d'arrivée est déjà constitué.

En fait, la nudité ouvre à la fragilité et au détail de l'apparence. D'une époque où les femmes se sont émancipées et ont osé s'approprier leur corps, la récupération a été faite dans la pornographie, où l'argent est souverain. Le pouvoir de l'image est immense. Hors de la vague évocation au regard cru, il est possible de penser qu'il n'y a qu'un pas alors qu'il y a tout un univers. Cet univers, c'est l'intention.

Il ne s'agit pas de poser un jugement moral, mais plutôt de saisir la différence. L'érotisme propose l'intimité comme une forme de métaphore chargée de dévoiler en dissimulant. C'est l'inauguration du règne du désir en jouant avec l'entière personnalité de l'individu. La pornographie efface le langage et met en scène l'aspect physique, la réalité crue du corps. Il n'est pas la représentation de la rencontre, mais la présentation de la consommation.

Danielle a intégré et assume l'image de ce que «Valérie» a représenté pour le Québec. Elle a fait la distinction entre être et paraître, ce qui n'est pas un exercice simple et demande beaucoup de maturité. Elle m'expliquait que la scène de «Valérie» à moto sur le pont Jacques-Cartier est la seule dont tous les hommes se rappellent quand ils lui parlent du film. Dans une autre réalité, la pornographie n'est pas libératrice, elle est annonciatrice. Avatar virtuel de l'individu, de la rencontre et du spectacle sexuel, c'est un peu comme si nous étions passés de la chandelle, qui crée l'intimité et l’atmosphère tout en valorisant un mouvement des ombres et des formes, à un éclairage au DEL, qui n'amène aucune chaleur, mais éblouit.

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