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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Intimité et l'angoisse des mots

Mardi 28 juin 2016

Par Alain Gariépy

Pour s'approprier un espace intime, il faut vouloir se mettre dans la peau de l'autre, sans perdre ses propres repères de générosité envers soi‑même. Un peu comme si l'empathie pouvait être possible dans la mesure où nous avons vraiment éprouvé l'expérience amoureuse. La capacité à offrir le meilleur de soi, tout en s'effaçant, pour percevoir la réalité de l'autre. L'histoire du paon qui devient l'observateur en se disant que finalement, ce qu'il y a de plus beau est devant soi.

L'amour s'inspire des forces semblables où le couple s'est découvert et que la vie rendra progressivement différent. Avoir des songes qui convergent vers un même besoin, mais sur des espoirs en mouvance. Comme si l'intimité avait besoin de distance et de proximité pour se réaliser. L'histoire d'instants de rapprochements devenus muets, devinés, où les mouvements se lissent et s'entrecroisent au gré des corps qui supplient. La sexualité est ainsi un langage d'intimité qui ouvre au possible et à la complicité des sens.

L'amour et la sexualité tendent vers l'intimité. Ils sont ainsi des modes de langage, une façon d'exprimer notre monde intérieur. Comme tout ce qui est moyen de communication, ils comportent en ce sens leur lot de difficultés et d'incompréhension.

Face au besoin de partager, il est possible de constater comment les mots peuvent devenir source d'anxiété. À ce sujet, deux réalités s'opposent avec en substance le même résultat anticipé. Il y a ainsi la personne silencieuse, en mal de confiance qui, menacée par la peur du rejet, de la honte ou de sa timidité, fera de ses absences de mots le domaine de l'oubli, où l'inaperçu cache un désir de s'accomplir. Un peu comme si les racines de l'arbre, pourtant la base de toute croissance, refusaient de voir fleurir ses fruits. Et puis, il y a son opposé, l'angoisse des mots qui existe comme un écho à ce qui est dit puis répété. Une continuité où le bruit soigne les vides. Une rupture du silence qui est comblé par des idées, une soif de parler où s'abreuve la peur d'être trahi, abandonné ou pire, privé du droit d'exister. Des mots, chantés comme une musique dont nous nous attardons à n'apprendre que le refrain.

Il y a ainsi des pôles qui s'affrontent entre le trop et le trop peu, où une même angoisse subsiste à vouloir vivre l'intimité, mais en étant en difficulté à en décoder le langage profond.

Il y a des silences qui ouvrent au calme et à la paix intérieure; d'autres qui sont érotisés et suggèrent. Il y a aussi la lourdeur des non-dits et la peur de ceux‑ci où l'angoisse se forme devant la difficulté à parler ou à se taire, et la même difficulté à s'abandonner dans une réelle confiance.

Dans une relation amoureuse, l'intimité débute après la phase d'attraction et d'euphorie des débuts. Pour s'émanciper, elle a besoin de mots et de silence, mais pas d'anxiété qui, trop souvent, empêche la transformation du monde intérieur. Lutter contre l'anxiété peut être plus simple qu'il n'y paraît. Ce n'est jamais une finalité, mais simplement une indécision et une façon compliquée de regarder les événements de sa vie. Le désir de vouloir évoluer plus doucement et de ralentir le temps si précieux ouvre à des perceptions différentes, celles de s'approprier son monde intérieur et de s'y sentir en sécurité.

Une relation intime se nourrit de beaucoup de simplicité et s'épanouit dans la durée. En tant qu'échange privilégié, le rapport est fondé sur l'empathie; il implique une interaction verbale sans angoisse où chacun a la permission de s'exprimer et d'être soi‑même. La durée qui, dans l'expérience intime, conduit à la mort des illusions, favorise à l'opposé le développement de la complicité dans la relation intime.

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