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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Peur de vivre sa sexualité : angoisse ou anxiété de performance?

Mardi 26 juillet 2016

Par Alain Gariépy

Lorsque nous sommes préoccupés, nos idées s'envolent souvent ailleurs. Des efforts, de l'agitation et de la tourmente, un sentiment de ne pas avoir les outils pour régler le problème qui se pointe à l'horizon. Sexuellement, il en va également ainsi. Devant soi, l'âme de notre désir. Attirance captive dans un lit qui devient trop étroit? Avec un sentiment de se battre contre sa raison et sa volonté? Un plaisir anticipé comme un facile bonheur, et pourtant…

L'anxiété est une forme de douleur psychique qui concerne le futur qui est anticipé comme inquiétant, compliqué et ouvre à sa vulnérabilité. La personne anxieuse tend naturellement à se refermer sur elle‑même, à s'isoler et à laisser son imagination éveiller ses peurs. D'une façon prévisible, elle ira dans l'évitement, avec l'impression réelle que l'avenir est menaçant. Demain est à l'évidence inconnu, l'anxiété créera un besoin de concevoir un des pires scénarios, voire le plus grave, et de le vivre tout de suite par projection. Le présent, même douloureux, est une expérience connue alors que ce qui est à venir peut être n'importe quoi. L'anxiété est ainsi une maladie du temps; une anticipation de ce qui est en devenir sur une base de souvenir douloureux avec une difficulté à lâcher prise sur le moment présent. Le passé se revit en boucle et d'une façon interminable comme une brume qui se condense sur ses lunettes et qui, malgré nos efforts pour l'enlever, revient inlassablement.

Le besoin de performer

Dans un monde où la compétition est vécue dans tout, la sexualité, naturellement, y est omniprésente. Performer suggère une réussite qui est quantifiable et qualifiable. Encouragés par des valeurs sociales d’excellence ou par la pornographie, nous observons souvent que les femmes et les hommes, par l'apparence et/ou les comportements, recherchent autant l'attention que la réussite, forme immédiate de valorisation. Vouloir se proposer comme une image de la personne idéale, quand s'installe ce besoin de se prouver sur une base permanente et de rechercher la reconnaissance de l'autre fragilise. C'est à ce moment que les problèmes débutent et que l'angoisse de performance risque de se développer.

L'angoisse de performance

Elle représente une peur qui est projetée dans le temps. À la base, la personne se sent menacée, sent qu'il y a quelque chose qui lui échappe ou qui est inconnu, comme le regard ou la réaction de l'autre. La peur de ne pas satisfaire, de décevoir s’éveille avec un risque d'échouer ou de ne pas être reconnu en fonction de ses propres objectifs. En essayant de contrôler les symptômes, il y a un risque de renforcer le déni d'une réalité douloureuse et provoquer ainsi ce que l'on cherche à éviter. L'angoisse de performance se matérialisera et pourra alors prendre un caractère obsessionnel avec un  risque de développer ses peurs, par exemple, de ne pas se sentir désirable ou de vivre un trouble érectile.

L'anxiété de performance

Ici, nous remarquons plutôt une peur existentielle qui concerne de nombreux aspects de l'intimité sexuelle. Expérience douloureuse non réglée qui vit en nous depuis longtemps, manque de confiance en soi, en l'autre, doute, à ce niveau la personne n'arrive pas à construire sur ses espoirs et à se réaliser en fonction de ses attentes. La situation peut devenir chronique et il est possible alors que le mal‑être crée une peur d'avoir peur. C'est souvent à ce niveau que nous constatons le rejet de la situation par manque de ressources pour la solutionner. Réflexe habituel, l’individu cherche à se convaincre que le problème ne lui appartient pas et transfère la responsabilité à l'autre; façon souvent simple pour se sécuriser en projetant ses inquiétudes au partenaire. La peur de revivre l'expérience, les doutes entretenus, peuvent s'installer d'une façon chronique en altérant sérieusement la confiance en soi. L’insécurité, la crainte de réussir deviennent un handicap au désir de vivre sa sexualité d'une façon épanouie. Le manque d’intérêt à la sexualité ou à l’inverse, la difficulté à contrôler l’excitation menant à l’éjaculation précoce en sont souvent de réels symptômes. En difficulté à gérer l'émotion, la personne qui vit une éjaculation précoce perd le contrôle et n'arrive pas à vivre ses tensions dans une réalité de plaisir durable. En mal d'affirmation dans sa sexualité, elle se trouve à subir les événements alors que celle en manque d’intérêt les évite.

Nous reviendrons prochainement sur la façon de soigner son angoisse ou son anxiété, mais il est important d'apprendre dès maintenant à être bien avec soi-même et à s'approprier son espace intime sans vivre dans l'anticipation négative des événements. Trop souvent, la moitié de nos peurs est sans fondement et l'autre moitié est peu glorieuse.

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