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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Excitation ou anxiété sexuelle?

Mardi 20 septembre 2016

Par Alain Gariépy

L'excitation sexuelle et l'anxiété sont toutes deux constituées de tensions corporelles. Dans chacun des cas s'installe en nous une forme d'intensité vécue intérieurement comme insoutenable qui cherche à prendre une direction, à croître, nous obligeant à chercher un moyen de l'évacuer. Le corps tendu vit cette expérience à l'image d'un relief de possession. Quelque chose qui s'installe en soi, qui est soit délicieux ou orienté vers le désespoir. Il crée soit un sentiment d'extase, d'euphorie, de félicité ou provoque rapidement une sensation d'appréhension. 

Vous croyez que c'est toujours l'anxiété qui crée un ressenti négatif? Curieusement, non. L'anxiété à l'évidence exerce un sentiment de mal-être où la personne est en difficulté à bien vivre le moment présent parce qu'elle est assaillie de peurs ou de préoccupations qui rendent indisponible la croissance du plaisir. L'excitation sexuelle peut aussi être difficile à vivre si la personne ne s'accepte pas, si elle est en difficulté à accueillir l'autre ou si elle n'arrive pas à s'approprier le plaisir du moment présent ouvrant ainsi à des expériences compliquées. Être avec une personne pour qui nous avons de réels sentiments, mais peu d'intérêt à vivre de l'excitation sexuelle, est une expérience troublante. Comme si une fraction de nous se reconnaît dans une partie de la relation, mais ne trouve plus le chemin du plaisir. Douloureux de ne pas réussir à tout mettre ensemble. Être attaché à ses sentiments, mais détaché de ses sensations peut être perturbant.

Plusieurs cas de figure peuvent entraîner ces difficultés. Mentionnons :

- incapacité à mettre ensemble ce qui se passe dans la tête, dans le cœur et dans le corps;

- être dans la peur de l'échec;

- vouloir vivre du plaisir, mais ne pas arriver à le construire en soi;

- constater que nos sentiments ont changé auprès de la personne aimée;

- savoir ce qui nous fait plaisir, mais constater que cela crée une image négative de soi.

Il appartient à chacun de comprendre les messages de son organisme. Il est ainsi important d'apprendre à établir un dialogue avec son corps pour trouver une réponse adéquate. 

Corporellement, il est possible de reconnaître les tensions vécues comme étant positives ou négatives suggérant un bien-être ou un mal-être. Quand la personne est trop chargée négativement, la réaction est souvent insatisfaisante, entraînant de possibles frustrations. Par exemple, un homme peut recevoir une caresse génitale qui, s'il était vraiment disponible, serait excitante, alors que dans un état d'anxiété, la même caresse est perçue comme relaxante, entraînant un trouble érectile. L'homme ne se donne pas la permission de vivre cette détente à ce moment. Pourtant, dans un premier temps, le corps répond ainsi à un besoin de se détendre avant de vivre du plaisir sexuel. Si la personne commence à s'inquiéter, le problème ponctuel risque de devenir plus régulier où l'anticipation et la peur de l'échec favoriseront un réel problème à construire du plaisir sexuel.

Chez la femme, le problème de vivre trop de tensions négatives est à risque d'ouvrir à une forme de non-disponibilité. Le corps chargé négativement n'arrive pas à vivre une expérience précisément sexuelle. Ces tensions, préoccupations, fatigue, inquiétudes ou trop grandes responsabilités, favorisent une difficulté à s'exprimer dans le plaisir. Le manque de désir ou d'excitation sexuelle peut en devenir la conséquence. À ce niveau, pour retrouver son équilibre, le corps a besoin de pouvoir vivre d'abord une expérience physique globale plutôt que spécifique. Comme si la personne comprend inconsciemment que le réel besoin est de faire attention à soi dans toute sa réalité. Exemple habituel, l'homme qui est en demande de vivre sa sexualité a le réflexe de caresser plus directement sa partenaire génitalement, alors que pour sortir de ses tensions négatives, la femme aurait besoin d'une approche plus globale. Besoin de se réapproprier son énergie en sortant de sa non-disponibilité par une expérience plus lente qui favoriserait une possibilité d'abandon et de lâcher-prise. 

Confronté à beaucoup de tensions négatives, le corps réagit mal. Les femmes ont tendance à avoir de la difficulté à aller dans le plaisir sexuel et les hommes à y rester. Ainsi à vivre trop de sensations de mal-être, l'esprit se fixe sur un détail souvent peu important, mais où la personne va s'en souvenir parfaitement et pour longtemps, comme si l'anxiété nous l'avait à jamais gravé dans le cerveau.

Il est donc important de pouvoir faire circuler l'énergie globalement. Le corps trop chargé négativement entraîne une difficulté à vivre de l'excitation, à la construire ou à la conserver. Pour être en équilibre, il est important de retrouver une globalité corporelle, car une expérience trop spécifiquement sexuelle, trop directe, entraîne souvent un sentiment d'agression ou d'incompréhension. Il faut redéfinir ses repères pour se sentir en confiance et disponible. Faire circuler son énergie globalement pour être bien dans ses sensations. Le corps ouvre à plusieurs chemins différents pour éliminer ses tensions négatives. Dans un cadre thérapeutique, les nouvelles approches corporelles ouvrent à la reconnaissance de son ressenti et de ses sensations.

La sexualité permet de pouvoir s'exprimer. Connaître ses besoins est une première étape. S'y investir avec plaisir dans l'expression de ce que nous sommes doit en être la finalité. La sexualité fait naître et permet de se libérer de ces tensions. À l'abri de l'anxiété, le corps devient disponible et ouvre à un bien-être personnel. Il faut arrêter de vouloir une chose et de vivre autre chose. Cela nous éloigne de notre démarche. Dès ce moment, des tensions apparaîtront. Cela est dû à nos conflits et à la difficulté à harmoniser tout ce qui se vit en nous. Nous perdons alors l'essentiel : se libérer, c'est être.

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