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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

La violence prédatrice

Mardi 4 octobre 2016

Par Alain Gariépy

Quel titre de chronique bizarre. Si la violence peut être prédatrice, c'est quelle existe à titre de sujet. Un peu comme si je pouvais dire : «M. X est un prédateur». Une tendance qui, malheureusement, se précise parce qu'à l'évidence, nous observons un développement de la diversité de la malfaisance. Est-ce que la violence est devenue tellement naturelle qu'elle a un statut? 

Nous personnifions la violence prédatrice comme une méthode de fonctionnement d'un individu qui, dans son rapport avec les autres, offre une réponse prévisible, basée sur l'excès, où cette façon d'être est une solution et non pas seulement une façon de réagir. Cette personne s'articule dans sa démarche comme un prédateur, et réalistement, cette personne est dangereuse et violente.

Nous vivons maintenant dans des rapports sociaux où la culture de la fureur est encouragée et où nous semblons impuissants à trouver des solutions pour contrer la diversité des méthodes. L'exploitation de la violence est potentiellement enseignée ou tolérée partout; les cultures, les religions, les valeurs, les modèles éducatifs ou l'absence de ceux-ci, les médias sociaux, cinéma, jeux, tout est du domaine du possible, de la mise en œuvre ou de l'encouragement. 

La violence devient naturelle

La montée de l'intolérance a permis cette réalité. Pour certains, la générosité est perçue comme un signe de faiblesse, le besoin de maltraiter est alors un moyen pour atteindre ses objectifs. Qu'est-ce qui crée le prédateur? Il faut que la victime soit perçue comme un objet avec lequel nous pouvons disposer, où cette personne perd son statut d'individu. La personne maltraitée existe maintenant aux yeux de l'agresseur pour répondre à ses besoins ou servir ses intérêts. La victime perd de son appréciation pour ce qu'elle est. Ce qui fait la différence chez l'autre n'est plus une qualité recherchée qui pourrait nourrir, mais plutôt quelque chose à s'approprier dans laquelle la personne s'exprime avec ses frustrations et sa colère. En ce sens, si l'autre est inaccessible et ne peut être possédé, la conséquence est la même : un besoin de détruire. La relation de pouvoir est présente dans tous les cas.

C'est vrai pour la violence sexuelle auprès des enfants, mais aussi au niveau conjugal. Faire un parallèle entre la violence faite aux enfants et aux femmes est facile, car il suggère toujours le lien face à une personne perçue comme vulnérable. Chaque événement est différent, mais dans toutes ces situations, ce n'est qu'une constatation de la permission qu'une personne se donne pour se récompenser en ne tenant pas compte de la douleur engendrée. Au moment où la violence s'installe et qu'une personne l'utilise pour agir dans le but de répondre à ses besoins ou ses objectifs, une seule consigne existe : l'autre n'est pas important. 

Un prédateur vit par animosité. Il exerce une agressivité qui n'est pas éduquée. Le prédateur existe quand il met en place une stratégie pour répondre à ses besoins. Auprès des enfants, utiliser le leurre pour les tromper, pour planifier et pour maltraiter, confirme son statut. Nous pouvons même tenter un parallèle avec les événements terroristes. Faire ce parallèle est choquant? Qu'une personne qui commet un attentat et explose 10 personnes, c'est pire que 10 hommes qui maltraitent 10 enfants ou femmes? Dans l'attentat terroriste, à l'évidence, le besoin de frapper existe par le côté aléatoire; les personnes qui seront présentes deviendront les victimes. Dans la violence sexuelle, cet élément peut aussi se retrouver. La personne sert à un projet, son statut importe peu. La violence existe parce qu'il demeure très difficile de la prévenir et de la soigner. Évidemment, nous avons de meilleurs outils et nous faisons mieux. Cependant, la capacité de maltraiter à distance et tous les moyens qui existent maintenant rendent la tâche énorme. Le prédateur prend forme quand il ne remet plus en question ses gestes et qu'il vit une quête inversée. Rechercher à blesser, plutôt qu'à grandir.

Pour une personne saine qui se refuse à utiliser des gestes violents pour dominer, les nombreuses situations du quotidien interpellent. 

Vous connaissez l'histoire de la petite Cédrika? Évidemment. Son meurtrier est toujours libre. Il existe une hypothèse depuis longtemps sur le suspect, mais actuellement, ce serait difficile à prouver. Cet homme n'a peut-être que consommé et collectionné de la pornographie juvénile... 2000 photos de fillettes de 8 à 12 ans. Réaction de la population? Colère face aux événements, ainsi que déception, car il ne pourrait être accusé que de cela. Ah bon, ce n'est pas suffisant? Un peu comme si nous n'avions arrêté Al Capone que pour fraude fiscale. Sommes‑nous devenus insensibles à la réalité que les enfants des 2000 photos sont tous des enfants maltraités? Il y a déjà à ce niveau beaucoup de violence. La conduite d'une personne qui agresse est à chaque fois intolérable. Notre capacité à accepter cela est devenue un moyen de protection individuel tant cela se répète au quotidien. Pourtant, la violence prédatrice existe parce que la culture de la maltraitance est tolérée, voire encouragée.

Vous savez quoi? Il existe un moyen 

Si vous êtes encore à lire cette chronique, c'est qu'à l'évidence, vous n'êtes pas dans la violence prédatrice sinon, par déni, vous auriez arrêté. Les personnes violentes n'ont que le pouvoir d'arrêter quelque chose, souvent la qualité ou la vie des gens. Devenir humaniste sur une base artistique, c’est notre pouvoir. Si les prédateurs violents se donnent la mission de détruire, l'artiste a celui de créer. Nous avons le pouvoir de créer, de produire un changement, de faire avancer les choses. Il faut trouver en chacun de nous notre côté artistique. C'est une arme réparatrice à la violence prédatrice. L'artiste cherche des solutions et regarde toujours une situation différemment. Sortir de la violence par la créativité. Voir autrement. Trouver votre côté artiste, c'est la voie d'un changement à long terme.

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