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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Le temps des souvenirs amoureux

Mardi 1 novembre 2016

Par Alain Gariépy

Les moments suivant une déception amoureuse dans une relation qui a pris beaucoup de place obligent à un passage, une transition importante. C'est souvent à ce moment qu'une personne doit se privilégier, car retrouver son bien‑être ne se limite pas à vivre et retrouver une simple absence d'insatisfaction.

L'impression profonde que le temps investi à entretenir des espoirs dans un idéal représenté par une personne choisie, mais décevante, demande par la suite une période de recul. Un peu comme si ce qui nous avait affiné dans nos différences avait fini par nous isoler.

Quelquefois, c'est l'histoire du forgeron habitué à utiliser le feu pour forger, qui a décidé d'utiliser la foudre pour obtenir un meilleur résultat en oubliant que c'est l'eau qui sera nécessaire pour compléter son œuvre. La rencontre du feu et de l'eau, du Yin et du Yang, du semblable et du différent est importante, car elle favorise nos apprentissages. La fin d'une relation, la séparation doit elle aussi ouvrir à des enseignements. C'est toujours la personne qui met fin à une relation qui ne retiendra que les événements négatifs, alors que la personne délaissée ne conservera que les souvenirs positifs.

Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise même quand la situation est peu valorisante? Le regard que nous portons sur notre passé est important. Vécue avec trop de nostalgie, la tristesse a tendance à aspirer la personne dans la passivité, créant une propension à rester dans nos images figées dans le temps.

Il faut ainsi s'interroger sur nos souvenirs, car c'est souvent pour eux que nous acceptons de souffrir. Certaines personnes tracent leurs souvenirs dans le sable sachant que la prochaine vague pourra les effacer, alors que d'autres les gravent dans la pierre avec le besoin de les inscrire profondément en soi, perpétuant l'événement.

La nostalgie, de son côté, se construit lorsque le moment présent n'égale plus les expériences vécues, les souvenirs construits. Souvent, il est plus simple de se séparer d'une personne que de renoncer à l'histoire vécue.

Pour sortir de nos pensées répétitives qui rejouent l'histoire de la même façon, il faut poser un regard différent. Un peu comme un conte de fées que nous souhaiterions commencer par la fin. Dans les histoires racontées, le prince et la princesse finissent toujours par se marier, mais jamais il n'est expliqué ce qu’il adviendra par la suite. Apprendre et garder en soi que les contes dont nous ne voyons jamais la fin nous permettent toujours de construire des événements heureux, parce que c'est ce que nous souhaitons; prendre un espace de vie et décider de sa finalité.

Pourtant, une expérience décevante oblige à un requestionnement pour éviter de rechercher par la suite un dénouement semblable. Vous savez pourquoi nous revivons les mêmes événements avec une personne différente? Simplement pour que nous puissions entretenir les mêmes espoirs. Nous souhaitons enfin trouver une conclusion différente et nous ne prenons pas assez de temps pour comprendre ce qui s'est joué, de manière à l'intégrer pour vivre une toute nouvelle histoire plus tard.

Quelquefois, il ne faut pas aller dans nos souvenirs, mais plutôt rester sur le seuil, comme une porte que nous ne voudrions pas franchir. Le seuil symbolise à la fois la séparation et la possibilité d'une union. Il est le lien entre ce qui est extérieur (l'expérience de vie) et intérieur (nos souvenirs). Comme si le seuil de nos souvenirs était d'abord le seuil de notre conscience.

Ce sera à nous d'apprendre à décider ce que nous laissons entrer et ce que nous allons garder en nous. Le chemin est donc la prise de conscience même si elle n'apporte pas de paix intérieure. Au contraire, elle impose souvent une lucidité dérangeante. Pourtant, il est nécessaire d'affronter cela pour créer un changement. Devant une déception, il ne s'agit pas de se culpabiliser ou de se juger, mais de s'accueillir avec générosité. Plus tard, nous devrons nous autoriser à nous donner ce dont nous avons réellement besoin pour être heureux, car personne ne peut nous l'apporter.

À toutes les fois que nous vivons une nouvelle expérience, nous apprenons; plongés dans nos souvenirs, nous nous immobilisons.

Peut-être au final que les souvenirs n'existent pas, mais que ce ne sont que les événements qui font écho en nous…

Quand nous pouvons dire : «Je crois que tu me manques», c'est que la nuit, tels un fantôme, un visage, un désir, une odeur, s'ouvre à notre mémoire avec nostalgie.

Il est ainsi difficile d'affronter sa propre obscurité, car le passage pour parvenir à la lumière bienveillante que nous cherchons signifie l'abandon de l'innocence. Dans une période de changement, il faut accepter de vivre sans ses anciens repères, quitte à ne pas en avoir pendant un certain temps.

Peut-être que la nostalgie s'installe quand nous n'arrivons pas à faire du moment présent une vérité et que nous regardons le passé en trichant pour ne nous rappeler que des fragments d'événements, un peu comme si ces morceaux de souvenirs pouvaient raconter toute la force de nos croyances et de nos espoirs.

À s'enliser dans des tranches de vie terminées, nous perdons l'essentiel; il y a là tout près de nous, en nous, le plaisir de regarder différemment une personne et de se dire que maintenant, nous sommes disponible à retrouver le plaisir de cette chaleur que l'autre fait vibrer en nous; preuve certaine que la page est tournée sur nos souvenirs d'une époque révolue.

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