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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

Au temps des émotions et des non-dits

Mardi 7 février 2017

Par Alain Gariépy

L’histoire d’un couple est souvent révélée par les absences de mots associées à des agirs émotifs qui expriment l’intention, mais rendent conflictuel le message qu’il y a vraiment à transmettre.

Penser ne pas avoir de secret, c’est déjà en avoir. Comme un invisible manteau que nous utilisons par temps froid. Avoir des désirs en parlant d’autre chose nous entraîne dans un monde où les mystères créent un déséquilibre comme un caillou dans notre soulier. C’est ainsi que l’on déjoue beaucoup de choses en feignant de ne pas les ressentir.

Entre les secrets et les sous‑entendus, le non‑dit est révélateur des perturbations qui vivent en nous. Pensé comme insaisissable ou difficile à définir, il s’exprime pourtant dans nos comportements non verbaux. Les non‑dits sont une histoire de vie qui nous accompagne, qui ont pris racine dans ce que nous n’avons pu régler et que nous avons fait le choix d’éviter.

Les séquelles des non-dits

Qu’est-ce qui est refoulé? Qu’est-ce qui est déclaré? Les non‑dits ouvrent à des maux qui se dissimulent en soi et des mots qui deviennent des silences pour les autres. Le refoulé et le déclaré sont deux mondes incomplets mais complémentaires.

Un non‑dit émerge en soi douloureusement parce qu’il est consciemment censuré comme non convenable, peu acceptable ou simplement toléré dans un environnement limité. Le non‑dit vogue dans la conscience d’une personne d’une manière qu’il sait que l’imaginaire de l’autre sait, mais que la conscience de l’autre ne peut concevoir ouvertement d’accepter.

L’analyse du non‑dit n’est guère facile. C’est ici que le non‑verbal s’exprime plus librement. Entre les tensions du corps, le niveau de fermeture et les réactions qui s’éveillent émotionnellement, il demeure que ce sont les pensées qui, emprisonnées dans la densité du vécu, sont dominantes.

Le non‑dit est un mode d’adaptation à des situations désorganisées, mais il est aussi une marge de liberté propre à chaque individu. Ce qui est vécu de l’intérieur laisse un affranchissement au développement d’une histoire sans avoir besoin de communiquer ou de s’ouvrir.

L’«enflammement» du désir des débuts d’une relation ouvre à des espoirs de vérité alors que la ritualisation du quotidien associée à l’apparition de frustrations organise progressivement les rapports d’un non‑dit qui éloigne de l’intimité du couple. En fait, les séquelles des non‑dits subis ouvrent à un besoin de contrôler les situations extérieures perçues comme menaçantes. Être dans l’attente que l’autre comble ses silences renvoie à un besoin d’être rassuré, alors que le réel besoin est d’être aimé. L’estime de soi, le besoin d'être choisi, reconnu, renvoient au concept de ce que je nomme «l’élu». Ce choix passe par l’honnêteté de la rencontre.

Les non-dits de l’angoisse

Pour la personne angoissée, il existe le doute d’être déçue, trahie, le besoin de trouver ses réponses auprès de l’autre. Pourtant, s’il est relativement facile d’exprimer à autrui, à un thérapeute, même à l’être aimé l’immensité d’une angoisse vécue, il est complexe de pouvoir expliquer que quelquefois il n’y a pas de cause.

Possible de rechercher des facteurs explicatifs, évoquer l’angoisse de vivre, d’être reconnu, du manque initial ou de tel ou tel traumatisme de l’enfance, mais comment gérer le sentiment d’avoir tout pour être heureux, mais où s’installe l’angoisse en maîtresse souveraine? Cette réalité renvoie comme un barrage qui cède aux mille et une questions tant de fois débattues, tant de fois écartées et quelquefois même avec une impression que le problème était résolu.

Le non-dit, c’est encore et toujours que, comme le sujet dépendant, l’angoissé redoute plus que tout d’être en manque de manque. Avoir peur de ne plus se nourrir de ses manques entraîne la peur d’être libre.

La légitimité de l’angoisse, même si elle est obscure à autrui, est incontestable. Le drame est que l’intensité de cette légitimité n’est mesurable, palpable ni accessible que pour le sujet lui‑même et qu’elle risque fort d’apparaître plus ou moins disproportionnée, et que l’on ne comprend pas toujours pourquoi, et avec quelle impudeur, elle est si incontrôlée et si incontrôlable.

Le non‑dit de l’angoisse ouvre facilement à la peur, la tristesse ou la colère et, sur cette base, impose une réaction, un dû sanglant pour un moment d’apaisement, comme si de trop réagir pouvait soigner.

Sortir du non-dit et de l’angoisse repose sur le besoin de se parler à soi‑même différemment pour combler les manques émotionnels sachant que l’indépendance est aussi une façon personnelle de combler soi‑même ses désirs en trouvant la force de ne pas attendre nécessairement que cela vienne de l’autre.

 

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