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le blogue de Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute

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À propos de l'auteur

Alain Gariépy, sexologue clinicien et psychothérapeute, travaille depuis plus de 15 ans à écouter la personne qui vient vers lui afin de donner un sens à ses inquiétudes ou difficultés.

L’ABC de la sexualité

Mardi 21 février 2017

Par Alain Gariépy

Il y a le plaisir du désir et le désir du plaisir. Une chaîne où tous les maillons sont significatifs. Un peu comme si ce qui était recherché est confondu et jamais atteint, avec un besoin d’éternel recommencement. Si le désir est sensuel, le plaisir est l’extase d’un court délire. Un souffle persiste en matière de sexualité, il s’écoulera une vie pour réaliser que nous l’avons passée à désirer ou à regretter que cet espoir se soit évanoui.

Je propose comme définition de la sexualité que celle‑ci est un mode d’intégration et d’expression qui doit trouver son équilibre et passe donc par un processus de réalisation de soi. La sexualité représente la dimension la plus intime de notre personnalité.

A) Le langage sexuel

Convenons ensemble que la sexualité est un mode de communication. Pour les amants, cet espace de partage est important, car il définit les bases de l’intimité. Or, l’intimité est une forme d’enlacement; des cœurs qui passent du murmure à l’ovation, des corps qui cherchent à se fondre dans des courbes, alors que le souffle s’impose comme une lamentation.

Le langage non verbal est guidé par nos pensées et nos attentes. Cette façon de s’exprimer est récupérée par nos sens qui créent le passage vers l’intimité; un besoin de constituer un songe éveillé commun aux amants, mais unique dans l’expérience de chacun. Le sens de la communication sexuelle est d’ouvrir à l’abandon corporel, une façon osée où nous prenons le risque d’être soi. Le mode de communication sexuelle ouvre à la complémentarité sur deux aspects.

B) Aller vers l’autre; désirer

Dans l’expérience de la rencontre, l’élément déclencheur de vouloir aller vers l’autre suggère la conquête. Le besoin dans la méthode de se réaliser et de pouvoir découvrir que ce qui est possible passe par la permission de l’appétit charnel de faire un choix et de l’actualiser. Reconnaître auprès de l’autre un besoin de faire fondre les frontières et en l’autre de ressentir un désir de complétude propose un projet à deux où le besoin de proximité crée un espoir d’idéal. Se donner les moyens d’assumer ses besoins et de les revendiquer ouvre à la confiance et à l’affirmation de soi. Vivre ses désirs implique la capacité de faire les premiers pas.

C) Accueillir l’autre; être désiré

Accueillir l’autre est une consécration, une reconnaissance que notre pouvoir d’attraction existe. Recevoir, c’est à la fois s’offrir, donner un accès, une autorisation. Cette récompense résonne en nous avec l’éveil d’être désiré, suscité par l’intérêt porté à notre corps, à notre âme, au plaisir de la rencontre et à la possibilité que la faveur soit la surprise de ce qui n’existait pas avant. Ressentir le désir de l’autre crée un état de grâce, ce premier pas franchi par l’autre invite à l’accomplissement.

L’ABC forme ainsi un tout. Trouver le langage, vivre l’instant de la rencontre, s’y investir, considérer que l’espace du partage sexuel est unique chaque fois et se présente dans le choix d’aller vers l’autre et de le recevoir. Le mouvement de la sexualité est ainsi; se présenter à l’autre et offrir, se présenter à l’autre et s’offrir. L’ouverture à ce qui sera énergie, la possibilité que ce qui ondule trouve sa propre vérité dans l’émotion et le sentiment. Une cérémonie, une audace provisoire qui demande d’éternels recommencements.

D) …vivre l’expérience?

Et si l’expérience devenait ce que nous sommes? Pourquoi ne pas s’investir à être soi‑même? Il n’y a pas qu’une sexualité et certainement pas qu’une façon de la vivre parce qu’elle est constituée de personnes et d’expériences uniques.

La suite de l’ABC est-elle une façon de s’investir ou un besoin de performer? Dans la performance, les gestes et le besoin de faire prennent le dessus, mais d’une façon où les pensées compliquées entravent la possibilité d’abandon. Performance et anxiété sont souvent associées.

L’angoisse sexuelle, c’est de vivre des désirs insatisfaits, de posséder des rêves inaccessibles et de penser que le plaisir sexuel doit passer par la performance.

La sexualité uniquement vécue dans la performance déplace la rencontre sexuelle au niveau d’un comportement. Les corps furieusement bien dans le sexuel vivent par l’intensité. La personne uniquement centrée sur l’objet du plaisir va très souvent vers un amour‑fusion. Souvent, au nom de l’amour, elle s’autorise également la haine, la violence par le besoin de posséder. Le piège se forme ainsi à trop vouloir aimer l’intensité, nous nous rapprochons des excès.

Les relations qui se fusionnent se détériorent, alors que les relations qui se nourrissent de leurs différences s’épanouissent. Souvent, la performance nourrit l’incompréhension. S’investir relève au contraire de la compréhension et de l’acceptation. Peut‑être que tous les comportements vécus ne sont pas aussi importants que cela malgré toute l’attention que nous leur portons, s’ils ne représentent pas vraiment ce que nous sommes?

Au final, qu’est-ce qui enflamme nos corps? Les sentiments que nous éprouvons l’un pour l’autre ou l’originalité de l’étreinte? Un effet suscité par la personne ou la technique de l’expérience? Comment savoir ce qui guide notre intention? Histoire de mouvements de hanches et de souffle coupé?

En vérité, faire l’apprentissage de tout l’alphabet est une histoire de nuances.

L’expérience est personnelle et relationnelle. S’étreindre ne devrait mener qu’à étreindre à nouveau et de mille autres manières pour ouvrir à mille autres mondes.

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