<![CDATA[Journal La Revue - Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute :: Blogues de La Revue]]> http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php Thu, 23 Nov 2017 15:13:52 -0500 http://www.larevue.qc.ca/images/logo_la_revue.gif <![CDATA[Journal La Revue - Alain Gariépy, sexologue et psychothérapeute :: Blogues de La Revue]]> http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php Zend_Feed http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss <![CDATA[L’ABC de la sexualité]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=655 Il y a le plaisir du désir et le désir du plaisir. Une chaîne où tous les maillons sont significatifs. Un peu comme si ce qui était recherché est confondu et jamais atteint, avec un besoin d’éternel recommencement. Si le désir est sensuel, le plaisir est l’extase d’un court délire. Un souffle persiste en matière de sexualité, il s’écoulera une vie pour réaliser que nous l’avons passée à désirer ou à regretter que cet espoir se soit évanoui.

Je propose comme définition de la sexualité que celle‑ci est un mode d’intégration et d’expression qui doit trouver son équilibre et passe donc par un processus de réalisation de soi. La sexualité représente la dimension la plus intime de notre personnalité.

A) Le langage sexuel

Convenons ensemble que la sexualité est un mode de communication. Pour les amants, cet espace de partage est important, car il définit les bases de l’intimité. Or, l’intimité est une forme d’enlacement; des cœurs qui passent du murmure à l’ovation, des corps qui cherchent à se fondre dans des courbes, alors que le souffle s’impose comme une lamentation.

Le langage non verbal est guidé par nos pensées et nos attentes. Cette façon de s’exprimer est récupérée par nos sens qui créent le passage vers l’intimité; un besoin de constituer un songe éveillé commun aux amants, mais unique dans l’expérience de chacun. Le sens de la communication sexuelle est d’ouvrir à l’abandon corporel, une façon osée où nous prenons le risque d’être soi. Le mode de communication sexuelle ouvre à la complémentarité sur deux aspects.

B) Aller vers l’autre; désirer

Dans l’expérience de la rencontre, l’élément déclencheur de vouloir aller vers l’autre suggère la conquête. Le besoin dans la méthode de se réaliser et de pouvoir découvrir que ce qui est possible passe par la permission de l’appétit charnel de faire un choix et de l’actualiser. Reconnaître auprès de l’autre un besoin de faire fondre les frontières et en l’autre de ressentir un désir de complétude propose un projet à deux où le besoin de proximité crée un espoir d’idéal. Se donner les moyens d’assumer ses besoins et de les revendiquer ouvre à la confiance et à l’affirmation de soi. Vivre ses désirs implique la capacité de faire les premiers pas.

C) Accueillir l’autre; être désiré

Accueillir l’autre est une consécration, une reconnaissance que notre pouvoir d’attraction existe. Recevoir, c’est à la fois s’offrir, donner un accès, une autorisation. Cette récompense résonne en nous avec l’éveil d’être désiré, suscité par l’intérêt porté à notre corps, à notre âme, au plaisir de la rencontre et à la possibilité que la faveur soit la surprise de ce qui n’existait pas avant. Ressentir le désir de l’autre crée un état de grâce, ce premier pas franchi par l’autre invite à l’accomplissement.

L’ABC forme ainsi un tout. Trouver le langage, vivre l’instant de la rencontre, s’y investir, considérer que l’espace du partage sexuel est unique chaque fois et se présente dans le choix d’aller vers l’autre et de le recevoir. Le mouvement de la sexualité est ainsi; se présenter à l’autre et offrir, se présenter à l’autre et s’offrir. L’ouverture à ce qui sera énergie, la possibilité que ce qui ondule trouve sa propre vérité dans l’émotion et le sentiment. Une cérémonie, une audace provisoire qui demande d’éternels recommencements.

D) …vivre l’expérience?

Et si l’expérience devenait ce que nous sommes? Pourquoi ne pas s’investir à être soi‑même? Il n’y a pas qu’une sexualité et certainement pas qu’une façon de la vivre parce qu’elle est constituée de personnes et d’expériences uniques.

La suite de l’ABC est-elle une façon de s’investir ou un besoin de performer? Dans la performance, les gestes et le besoin de faire prennent le dessus, mais d’une façon où les pensées compliquées entravent la possibilité d’abandon. Performance et anxiété sont souvent associées.

L’angoisse sexuelle, c’est de vivre des désirs insatisfaits, de posséder des rêves inaccessibles et de penser que le plaisir sexuel doit passer par la performance.

La sexualité uniquement vécue dans la performance déplace la rencontre sexuelle au niveau d’un comportement. Les corps furieusement bien dans le sexuel vivent par l’intensité. La personne uniquement centrée sur l’objet du plaisir va très souvent vers un amour‑fusion. Souvent, au nom de l’amour, elle s’autorise également la haine, la violence par le besoin de posséder. Le piège se forme ainsi à trop vouloir aimer l’intensité, nous nous rapprochons des excès.

Les relations qui se fusionnent se détériorent, alors que les relations qui se nourrissent de leurs différences s’épanouissent. Souvent, la performance nourrit l’incompréhension. S’investir relève au contraire de la compréhension et de l’acceptation. Peut‑être que tous les comportements vécus ne sont pas aussi importants que cela malgré toute l’attention que nous leur portons, s’ils ne représentent pas vraiment ce que nous sommes?

Au final, qu’est-ce qui enflamme nos corps? Les sentiments que nous éprouvons l’un pour l’autre ou l’originalité de l’étreinte? Un effet suscité par la personne ou la technique de l’expérience? Comment savoir ce qui guide notre intention? Histoire de mouvements de hanches et de souffle coupé?

En vérité, faire l’apprentissage de tout l’alphabet est une histoire de nuances.

L’expérience est personnelle et relationnelle. S’étreindre ne devrait mener qu’à étreindre à nouveau et de mille autres manières pour ouvrir à mille autres mondes.

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Tue, 21 Feb 2017 00:00:00 -0500
<![CDATA[Au temps des émotions et des non-dits]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=647 L’histoire d’un couple est souvent révélée par les absences de mots associées à des agirs émotifs qui expriment l’intention, mais rendent conflictuel le message qu’il y a vraiment à transmettre.

Penser ne pas avoir de secret, c’est déjà en avoir. Comme un invisible manteau que nous utilisons par temps froid. Avoir des désirs en parlant d’autre chose nous entraîne dans un monde où les mystères créent un déséquilibre comme un caillou dans notre soulier. C’est ainsi que l’on déjoue beaucoup de choses en feignant de ne pas les ressentir.

Entre les secrets et les sous‑entendus, le non‑dit est révélateur des perturbations qui vivent en nous. Pensé comme insaisissable ou difficile à définir, il s’exprime pourtant dans nos comportements non verbaux. Les non‑dits sont une histoire de vie qui nous accompagne, qui ont pris racine dans ce que nous n’avons pu régler et que nous avons fait le choix d’éviter.

Les séquelles des non-dits

Qu’est-ce qui est refoulé? Qu’est-ce qui est déclaré? Les non‑dits ouvrent à des maux qui se dissimulent en soi et des mots qui deviennent des silences pour les autres. Le refoulé et le déclaré sont deux mondes incomplets mais complémentaires.

Un non‑dit émerge en soi douloureusement parce qu’il est consciemment censuré comme non convenable, peu acceptable ou simplement toléré dans un environnement limité. Le non‑dit vogue dans la conscience d’une personne d’une manière qu’il sait que l’imaginaire de l’autre sait, mais que la conscience de l’autre ne peut concevoir ouvertement d’accepter.

L’analyse du non‑dit n’est guère facile. C’est ici que le non‑verbal s’exprime plus librement. Entre les tensions du corps, le niveau de fermeture et les réactions qui s’éveillent émotionnellement, il demeure que ce sont les pensées qui, emprisonnées dans la densité du vécu, sont dominantes.

Le non‑dit est un mode d’adaptation à des situations désorganisées, mais il est aussi une marge de liberté propre à chaque individu. Ce qui est vécu de l’intérieur laisse un affranchissement au développement d’une histoire sans avoir besoin de communiquer ou de s’ouvrir.

L’«enflammement» du désir des débuts d’une relation ouvre à des espoirs de vérité alors que la ritualisation du quotidien associée à l’apparition de frustrations organise progressivement les rapports d’un non‑dit qui éloigne de l’intimité du couple. En fait, les séquelles des non‑dits subis ouvrent à un besoin de contrôler les situations extérieures perçues comme menaçantes. Être dans l’attente que l’autre comble ses silences renvoie à un besoin d’être rassuré, alors que le réel besoin est d’être aimé. L’estime de soi, le besoin d'être choisi, reconnu, renvoient au concept de ce que je nomme «l’élu». Ce choix passe par l’honnêteté de la rencontre.

Les non-dits de l’angoisse

Pour la personne angoissée, il existe le doute d’être déçue, trahie, le besoin de trouver ses réponses auprès de l’autre. Pourtant, s’il est relativement facile d’exprimer à autrui, à un thérapeute, même à l’être aimé l’immensité d’une angoisse vécue, il est complexe de pouvoir expliquer que quelquefois il n’y a pas de cause.

Possible de rechercher des facteurs explicatifs, évoquer l’angoisse de vivre, d’être reconnu, du manque initial ou de tel ou tel traumatisme de l’enfance, mais comment gérer le sentiment d’avoir tout pour être heureux, mais où s’installe l’angoisse en maîtresse souveraine? Cette réalité renvoie comme un barrage qui cède aux mille et une questions tant de fois débattues, tant de fois écartées et quelquefois même avec une impression que le problème était résolu.

Le non-dit, c’est encore et toujours que, comme le sujet dépendant, l’angoissé redoute plus que tout d’être en manque de manque. Avoir peur de ne plus se nourrir de ses manques entraîne la peur d’être libre.

La légitimité de l’angoisse, même si elle est obscure à autrui, est incontestable. Le drame est que l’intensité de cette légitimité n’est mesurable, palpable ni accessible que pour le sujet lui‑même et qu’elle risque fort d’apparaître plus ou moins disproportionnée, et que l’on ne comprend pas toujours pourquoi, et avec quelle impudeur, elle est si incontrôlée et si incontrôlable.

Le non‑dit de l’angoisse ouvre facilement à la peur, la tristesse ou la colère et, sur cette base, impose une réaction, un dû sanglant pour un moment d’apaisement, comme si de trop réagir pouvait soigner.

Sortir du non-dit et de l’angoisse repose sur le besoin de se parler à soi‑même différemment pour combler les manques émotionnels sachant que l’indépendance est aussi une façon personnelle de combler soi‑même ses désirs en trouvant la force de ne pas attendre nécessairement que cela vienne de l’autre.

 

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Tue, 07 Feb 2017 00:00:00 -0500
<![CDATA[Honnêteté et mensonge amoureux]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=631 Il y a sûrement 1000 façons de ne pas être honnête et tout autant de mentir, tellement que les deux sont souvent indissociables. Ainsi, ne pas être honnête, c'est mentir mais quelquefois, c'est le premier problème qui déclenchera le second. Essayons de mieux comprendre cet enchaînement dans l'univers amoureux.

L'amour naissant est un signe de reconnaissance, c'est le sourire de la vie qui résonne très fort en soi. Un pendule d'attention qui va naturellement de l'un à l'autre. Des valeurs comme la stabilité, la confiance, la sécurité sont souvent recherchées pour construire une relation sur le temps. C'est ici que le besoin de vérité, d'honnêteté, prend tout son sens.

Or, le manque d'honnêteté est souvent adressé à soi‑même. Nous ne sommes pas de bonne foi envers nous‑même dès que nous avançons en voulant que l'être aimé change pour répondre à nos besoins. Dans une relation amoureuse, c'est habituellement la personne qui manque le plus de réalisme qui risque de se faire mentir. Ce phénomène s'explique par exemple par le désir de vouloir faire grandir ou de rendre l'autre plus complet, voire plus conscient, ce qui représente à l'évidence une belle aventure.

En manque d'objectivité, ce projet ouvre toutefois à un idéal valorisant pour soi et aidant pour l'autre; efficace au début si l'autre est en besoin d'identité et de recherche personnelle. À défaut de ne pas trop savoir qui être, pourquoi ne pas devenir l'idéal de l'autre? C'est ainsi très sécurisant d'être apprécié, même imparfaitement.

L'accord d'un besoin de reconnaissance

C'est ici un phénomène de double réponse. La personne qui est en demande que l'être choisi change trouvera dans l'avancement de son projet une reconnaissance que ses idées soient acceptées. L'autre devient reconnu par l'intérêt suscité. L'erreur sera souvent, avec le temps, de persister devant la résistance de l'autre. Dans les moments difficiles, la personne se définissant dans le besoin de changer l'être aimé vivra des sentiments d'incompréhension face à cette résistance. La personne choisie se sentira dévalorisée par le sentiment de ne jamais être adéquate. C'est ainsi que les mensonges se forment. Vous voulez savoir si une personne est en recherche d'identité? Simplement de comprendre si elle a besoin de mentir pour protéger une image. En fait, dès le début, quand l'autre accepte, sans trop le réaliser, de correspondre aux attentes, à l'idéal de l'autre, cela présume de son manque d'identité à se définir lui‑même.

La nouveauté et le plaisir de la rencontre éveillent souvent des conflits en nous comme une perte d'équilibre, un vertige de ce qui est espéré et tout à coup accessible. C'est le risque des histoires personnelles non réglées. Le conflit est activé dès que la relation introduit ce trouble, comme un sentiment de ne pas s'appartenir sur le plan du désir, mais plus encore sur le plan de la reconnaissance.

Dans une situation où surgit la passion, inattendue mais perçue avec espérance, les émotions fortes sont au rendez‑vous. Il est alors possible de paniquer, de vivre de l'insécurité ou de passer à l'acte. Dans le passage à l'acte, il y aura la transgression de la nouveauté et la fin de la solitude. La nature de chacun sera mise en cause dans ce passage au changement. La nostalgie, l'angoisse, le désir fou deviennent des lieux communs, comme la méfiance de ceux qui peuvent jouer les trouble-fête. La plupart du temps, le sujet trouve les compromis nécessaires, les assume tant bien que mal et voit, avec le temps qui passe, s'installer la dégradation de son impossible identité. C'est le lot de la personne en manque de soi.

Le dilemme est complexe; si la personne est honnête, elle quittera en ayant fait le plein de l'enseignement reçu et cherchera à s'épanouir sans l'autre, souvent pour utiliser ses ressources à sa façon dans un besoin de s'accomplir. C'est le principe que ce qui est acquis doit être utilisé. Sinon l'individu va mentir pour préserver une structure en jonglant dans deux mondes parallèles différents. Le besoin d'aller chercher du plaisir, de se ressourcer, quand il devient une fixation, alimente nos vides intérieurs, surtout ceux du changement qui n'est ni compris ni intégré.

Le mensonge est plus naturel auprès de la personne aimée depuis longtemps; c'est la seule personne qui peut menacer notre plaisir, alors que nous souhaitons protéger notre image auprès de celle‑ci.

Le rapport à l'honnêteté est un concept très conflictuel chez l'être humain. Il représente une forme de négation de l'autre face à nos besoins. Le manque d'honnêteté est donc adressé à soi et le mensonge à l'autre. La trahison est d'autant plus douloureuse parce qu'elle était annoncée depuis le début. Le besoin de changer l'autre est une forme de contrôle et le mensonge celui  d’une fuite.

Il faut se rappeler que l'objet du désir doit rester une rencontre privilégiée, presque un rendez‑vous inatteignable. Cette recherche de l'autre en soi‑même est bien plus permanente que la recherche d'un corps aimé qui est un perpétuel recommencement. L'être parfait n'existe pas ou n'existe plus, le désir de le créer se fera à nos dépens, cela ne doit être qu'une tentation pour ne pas devenir une insatisfaction. Il n'y a jamais de nouvel être qui naît d'une passion, mais plus raisonnablement un espoir de se laisser surprendre par le meilleur de l'autre en se rappelant que cela ne nous appartiendra jamais.

 

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Tue, 10 Jan 2017 00:00:00 -0500
<![CDATA[La synchronicité et les rencontres significatives]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=623 Comment comprendre la nature des coïncidences quand ce que nous observons est réveillé ou sincèrement désiré? Nous pouvons parler de rencontres déterminantes qui surviennent tout au long de notre parcours de vie quand de nouvelles personnes prennent de l'importance, mais également avec une signification plus symbolique quand nous découvrons un texte, une musique, une date importante ou un film qui est venu donner un nouveau sens à notre vie.

Bouleversé par le potentiel de cette découverte? Ces événements se construisent à des moments charnières et cette nouvelle rencontre devient un rendez‑vous avec un monde différent. Une histoire de résonnance pour ouvrir un chemin, créer un accès, poser un regard différent sur notre vie ou comprendre quelque chose de nouveau dans une problématique usée où enfin nous voyons une solution, jusqu'alors ignorée avant la révélation.

Ce chemin qui s'ouvre trouve sa source par une nouvelle rencontre qui permet de poser un regard différent sur soi, comme si l'attention que nous portons à l'autre ouvrait un chemin vers nos ressources intérieures.

Le phénomène de rencontres significatives qui arrivent au bon moment est nommé synchronicité. Ce phénomène est caractérisé selon Carl Gustav Jung par une coïncidence significative d'un événement objectif avec une compréhension d'apparence psychique, sans qu'il soit facile de trouver une raison évidente. Fruit d'une longue évolution centenaire où Jung a partagé et a été influencé par des grands de son époque, il paramètre sa réflexion sur un rapport au temps et à l'espace qui doit faire sens en nous. Un peu comme si nous pouvions dire que c'est la bonne personne qui arrive au bon moment dans notre vie pour que l'apprentissage et le partage puissent être intégrés. En sanskrit, fruit de la culture hindou, il y a une phrase traduite qui signifie : «À tes pieds je dépose mon ignorance» qui, dans cette sagesse orientale, représente un geste d'humilité, mais indique aussi que c'est lors d'une nouvelle rencontre significative que cette personne nous permettra de progresser. Un peu comme si la synchronicité devient la façon par laquelle le soi, notre inconscient, nous révèle un fragment de ce que nous sommes.

Reconnaître qu'il faut sortir de notre univers rationnel pour retrouver le chemin de notre cœur. C'est souvent là où notre monde inconscient reste disponible; trouver une intimité où le sens trouvé et la synchronicité sont souvent associés au mouvement et aux événements qui jalonnent notre existence.

Notre compréhension des rêves et celle de la réalité offrent plus d'affinités que ce qu'elles nous révèlent en apparence. Est‑ce que notre inconscient intervient uniquement la nuit dans nos rêves? La vie symbolique se déploie‑t‑elle aussi dans la réalité sous la forme de coïncidences significatives?

En approfondissant les liens qui peuvent exister entre nos pensées, nos espoirs et les événements, est‑il possible de supposer que des symboles prennent parfois le visage de cette nouvelle rencontre?

Hubert Reeves, astrophysicien, suggère dans son livre «La synchronicité, l'âme et la science» des questions comme : «La rencontre d'une personne qui change votre vie a‑t‑elle un sens quelque part?»; «La rencontre de certaines personnes peut‑elle avoir une portée symbolique dans nos vies?».

Jusqu'où va la synchronicité? Qu'est‑ce qui nous mène à une personne? Quelle serait votre vie si vous n'aviez pas rencontré tel professeur? Un tel livre ou vu ce film cette journée‑là? Quelle serait la pensée de Jung s'il n'avait pas rencontré Freud? Quelles seraient les sculptures d'Auguste Rodin s'il n'avait pas rencontré Camille Claudel? Quelle est l'interinfluence entre Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela? Quelle serait la vie de l'un sans celle des autres? L'inspiration nous fait ainsi avancer et souvent offrir le meilleur de nous‑même. L'histoire abonde de rencontres hautement significatives qui changent la vie personnelle et parfois la vie collective.

Les œuvres et les auteurs peuvent aussi devenir des témoins et les reflets synchronistiques de ce qui se vit en nous, dans une nouvelle relation. Ainsi, quelle musique jouait quand une personne est entrée dans notre vie? Les œuvres viennent parfois confirmer un lien qui est à se créer et lui donne une dimension très significative.

La rencontre synchronistique capable de nous transformer d'une façon significative se présente quand nous sommes dans le besoin d'une grande transformation, ce qui n'arrive pas souvent dans notre vie. Pour que cela survienne, il faut que la rencontre fasse fortement écho extérieurement à un état intérieur.

La vie amoureuse est peut‑être la plus grande empreinte de la synchronicité. Nous tombons souvent amoureux d'une personne avec laquelle nous nous découvrons une parenté d'âme. L'admiration de l'autre réveille souvent nos forces intérieures.

Pour que cela puisse arriver, il faut laisser entrer cet espace naturel de la vie, renoncer à ce qui est rigide et rationnel en nous, pour se donner la permission que ces rencontres nous transforment. Quand nous savons distinguer les signes de ces rencontres, il faut alors avoir le courage de les suivre. Ce courage devient notre détermination à croire en nous et à ce qui arrive… les sens qui s'éveillent, le cœur qui se réchauffe, l'intimité qui se crée. Au fait, vous savez ce qu'est vraiment le courage? Simplement de pouvoir se dire : «Ce que je croyais d’abord impossible est devenu possible».

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Tue, 13 Dec 2016 00:00:00 -0500
<![CDATA[Pluralité de genres et diversité intime]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=608 Cette chronique est réalisée avec la précieuse collaboration de Maryse Trempe, étudiante passionnée et très impliquée en sexologie.

Nous prenons une grande partie de notre vie à apprendre à nous connaître. Un des aspects importants de cette connaissance de soi concerne notre besoin de se définir et de proposer une image qui va dans l’expression de ce que nous sommes. Il est possible de représenter notre monde intérieur comme un havre, vécu comme un lieu sûr où nous pouvons utiliser notre énergie tranquille pour définir notre intimité, pour trouver un équilibre dans ce que nous cherchons à partager. Le chemin pour y arriver n’est pas toujours simple.

Dans une organisation sociale qui a longtemps défini la dimension humaine avec comme référence l’homme et la femme, le cadre est maintenant en mouvement. De fait, l’identité relève d’une perception de soi qui ouvre au champ de la conscience. Affirmer son identité, c'est reconnaître sa différence. Auparavant, avec les tabous, les interdits et le peu de repères ou de modèles (intersexe, transgenre, transsexuel, «queer», neutrois, etc.) sur nos représentations intérieures, la nature de ce questionnement était peu propice, car en manque de réponses satisfaisantes.

Beaucoup de personnes ont ainsi évolué en étant peu conscientes de l'existence de réalités divergentes, souvent incomprises par la société. C.G. Jung a depuis longtemps présenté une compréhension de l’être humain nommé «Anima et Animus» suggérant qu’il existait en tout individu une représentation masculine et féminine, et que ces deux réalités vécues comme de grandes solitudes étaient peut‑être en fait très complémentaires.

Fruit d’une longue réflexion, nous bénéficions de l'évolution de la pensée sexologique ouvrant à un vocabulaire teinté de nuances, permettant ainsi de mieux comprendre les diverses identités sexuelles. Maintenant, il y a une possibilité d'une pluralité de genres qui favorise une meilleure confiance de soi et une fierté d'appartenance. Il s'avère important de s'épanouir dans ses caractéristiques intrinsèques en leur donnant un sens.

Ainsi, définir l’être humain et le restreindre à deux catégories binaires, homme et femme, demandent une ouverture à la différence pour comprendre une réalité plus complexe, diversifiée et plurielle. En effet, l’intersexualité ayant toujours existé, elle demeure peu perceptible. Elle fait référence à une différence dans le développement des composantes sexuelles biologiques du corps humain. De même, le phénomène de la transidentité s’avère de plus en plus reconnu. Il s’agit d’une divergence entre l’identité de genre et le genre attribué à la naissance et/ou le sexe biologique. Ainsi, la personne trans a le sentiment profond d’appartenir au sexe opposé.

Le sexe est à la fois biologique et social. Il s’avère important de distinguer le sexe de la notion du genre afin de mieux saisir la pluralité. D’une part, le sexe correspond aux organes génitaux et, d’autre part, le genre fait référence à la manière dont une personne perçoit son identité de genre et l’exprime à travers ses comportements et attitudes. La génitalité et le sentiment de s’approprier ce que nous sommes sont ainsi deux mondes distincts.

Historiquement, les différences ont tendance à isoler surtout en matière de sexualité où toute l’intimité est à se construire. Une personne doit pouvoir se développer avec le sentiment profond d’être honnête avec elle-même en s'acceptant comme elle est. Le 16 novembre prochain est la Journée internationale de la tolérance. Dans une société québécoise reconnue pour son ouverture au monde, nous pouvons être plus inclusifs en passant de la tolérance à l’appartenance, démontrant une capacité d’accueillir et acceptant l’autre dans ses différences.

Si nous prenons pour acquis que la sexualité est un mode d’expression de soi permettant de définir l’intimité, nous pouvons favoriser le bien‑être personnel dans l’assurance de pouvoir être, plutôt que de rester centré sur le paraître.

Dans une culture qui privilégie d’abord les valeurs individuelles aux valeurs collectives, la perception de soi prend ici tout son sens. En étant très conscient de ce que nous sommes, l’ouverture à l’autre au partage est ainsi mieux nourrie. Une intimité diversifiée? Elle existera toujours dans le plaisir de la rencontre. Forgé de surprise, de curiosité, l’épanouissement sexuel se définira toujours dans la permission à oser transgresser nos peurs et bien vivre le moment présent.

La sexualité est quelquefois le soubresaut d'une nuit. La reconnaissance d'une personne est l'événement de toute une vie. Et c'est dans cet espace qu'elle devra trouver sa vérité dans l'intimité.

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Tue, 15 Nov 2016 00:00:00 -0500
<![CDATA[Le temps des souvenirs amoureux]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=599 Les moments suivant une déception amoureuse dans une relation qui a pris beaucoup de place obligent à un passage, une transition importante. C'est souvent à ce moment qu'une personne doit se privilégier, car retrouver son bien‑être ne se limite pas à vivre et retrouver une simple absence d'insatisfaction.

L'impression profonde que le temps investi à entretenir des espoirs dans un idéal représenté par une personne choisie, mais décevante, demande par la suite une période de recul. Un peu comme si ce qui nous avait affiné dans nos différences avait fini par nous isoler.

Quelquefois, c'est l'histoire du forgeron habitué à utiliser le feu pour forger, qui a décidé d'utiliser la foudre pour obtenir un meilleur résultat en oubliant que c'est l'eau qui sera nécessaire pour compléter son œuvre. La rencontre du feu et de l'eau, du Yin et du Yang, du semblable et du différent est importante, car elle favorise nos apprentissages. La fin d'une relation, la séparation doit elle aussi ouvrir à des enseignements. C'est toujours la personne qui met fin à une relation qui ne retiendra que les événements négatifs, alors que la personne délaissée ne conservera que les souvenirs positifs.

Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise même quand la situation est peu valorisante? Le regard que nous portons sur notre passé est important. Vécue avec trop de nostalgie, la tristesse a tendance à aspirer la personne dans la passivité, créant une propension à rester dans nos images figées dans le temps.

Il faut ainsi s'interroger sur nos souvenirs, car c'est souvent pour eux que nous acceptons de souffrir. Certaines personnes tracent leurs souvenirs dans le sable sachant que la prochaine vague pourra les effacer, alors que d'autres les gravent dans la pierre avec le besoin de les inscrire profondément en soi, perpétuant l'événement.

La nostalgie, de son côté, se construit lorsque le moment présent n'égale plus les expériences vécues, les souvenirs construits. Souvent, il est plus simple de se séparer d'une personne que de renoncer à l'histoire vécue.

Pour sortir de nos pensées répétitives qui rejouent l'histoire de la même façon, il faut poser un regard différent. Un peu comme un conte de fées que nous souhaiterions commencer par la fin. Dans les histoires racontées, le prince et la princesse finissent toujours par se marier, mais jamais il n'est expliqué ce qu’il adviendra par la suite. Apprendre et garder en soi que les contes dont nous ne voyons jamais la fin nous permettent toujours de construire des événements heureux, parce que c'est ce que nous souhaitons; prendre un espace de vie et décider de sa finalité.

Pourtant, une expérience décevante oblige à un requestionnement pour éviter de rechercher par la suite un dénouement semblable. Vous savez pourquoi nous revivons les mêmes événements avec une personne différente? Simplement pour que nous puissions entretenir les mêmes espoirs. Nous souhaitons enfin trouver une conclusion différente et nous ne prenons pas assez de temps pour comprendre ce qui s'est joué, de manière à l'intégrer pour vivre une toute nouvelle histoire plus tard.

Quelquefois, il ne faut pas aller dans nos souvenirs, mais plutôt rester sur le seuil, comme une porte que nous ne voudrions pas franchir. Le seuil symbolise à la fois la séparation et la possibilité d'une union. Il est le lien entre ce qui est extérieur (l'expérience de vie) et intérieur (nos souvenirs). Comme si le seuil de nos souvenirs était d'abord le seuil de notre conscience.

Ce sera à nous d'apprendre à décider ce que nous laissons entrer et ce que nous allons garder en nous. Le chemin est donc la prise de conscience même si elle n'apporte pas de paix intérieure. Au contraire, elle impose souvent une lucidité dérangeante. Pourtant, il est nécessaire d'affronter cela pour créer un changement. Devant une déception, il ne s'agit pas de se culpabiliser ou de se juger, mais de s'accueillir avec générosité. Plus tard, nous devrons nous autoriser à nous donner ce dont nous avons réellement besoin pour être heureux, car personne ne peut nous l'apporter.

À toutes les fois que nous vivons une nouvelle expérience, nous apprenons; plongés dans nos souvenirs, nous nous immobilisons.

Peut-être au final que les souvenirs n'existent pas, mais que ce ne sont que les événements qui font écho en nous…

Quand nous pouvons dire : «Je crois que tu me manques», c'est que la nuit, tels un fantôme, un visage, un désir, une odeur, s'ouvre à notre mémoire avec nostalgie.

Il est ainsi difficile d'affronter sa propre obscurité, car le passage pour parvenir à la lumière bienveillante que nous cherchons signifie l'abandon de l'innocence. Dans une période de changement, il faut accepter de vivre sans ses anciens repères, quitte à ne pas en avoir pendant un certain temps.

Peut-être que la nostalgie s'installe quand nous n'arrivons pas à faire du moment présent une vérité et que nous regardons le passé en trichant pour ne nous rappeler que des fragments d'événements, un peu comme si ces morceaux de souvenirs pouvaient raconter toute la force de nos croyances et de nos espoirs.

À s'enliser dans des tranches de vie terminées, nous perdons l'essentiel; il y a là tout près de nous, en nous, le plaisir de regarder différemment une personne et de se dire que maintenant, nous sommes disponible à retrouver le plaisir de cette chaleur que l'autre fait vibrer en nous; preuve certaine que la page est tournée sur nos souvenirs d'une époque révolue.

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Tue, 01 Nov 2016 00:00:00 -0400
<![CDATA[L'amour au temps des attentions]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=590 La nature même du lien amoureux qui se construit au tout début renvoie à un idéal puissant, le besoin de partager le meilleur de soi. Une image forte, la reconnaissance qui réconforte et qui soigne. Un peu comme si notre choix de l'autre dans cet espoir de conquérir pouvait mettre une distance à un passé compliqué. La pensée est rassurante, j'existe, j'aime, j'ai été choisi.

Imaginez deux personnes qui se découvrent et s'apprivoisent. Le besoin de créer et de réaliser entraîne un phénomène important, le fantasme fusionnel. Tout converge. L'importance que l'autre prend en nous favorise un oubli de soi qui ne cause pas de douleur, tant le besoin de créer un lien d'attachement est dominant. Tout est à l'ordre du jour, le langage muet des pensées et des corps, la synchronicité observée dans les moindres détails, car tout n'arrive pas par hasard. En fait, la concentration est telle que rien n'échappe à l'amoureux. C'est l'amour au temps des attentions, centré sur le moment présent, l'expérience est émotive et intense. Elle a évidemment comme but de croire qu'enfin le bonheur est possible.

En fait, l'amour fait vivre jeune, toutes les représentations symboliques de l'amour expriment cet idéal : la jeunesse. L'amour où Cupidon, en grec Eros, est l'incarnation antique de l'amour imprévu. Il est représenté par un garçonnet nu avec des ailes portant sur son dos un arc duquel il lance des flèches dans le cœur des hommes et des dieux pour faire naître l'amour en eux. Le fait que l'amour soit un enfant symbolise ainsi l'éternelle jeunesse de tout amour profond. L'amour relève aussi dans sa symbolique l'union des opposés, la pulsion fondamentale de l'être qui cherche à se réaliser et à se compléter, la représentation du binôme chinois du yin et du yang qui se complètent dans leur opposé est également une image forte. Les représentations de l'amour de tous les temps et de toutes les époques sont ainsi chargées d'un fort pouvoir d'attraction. Dans le monde de la nouveauté, tout ce qui est différent attire et tout ce qui est semblable unit. Tout est alors réalisable.

Dans une nouvelle rencontre amoureuse, c'est un peu comme la démission de l'esprit et le refus de la conscience devant le désir et l'imagination exaltés, c'est l'abandon aveugle à l'inconnu.

Le retour à la raison est souvent l'heure du réveil de blessures passées qui ressurgissent auprès des personnes que nous aimons. Pourquoi cette réalité? Simplement parce que ce sont toujours les personnes importantes qui ont le pouvoir de blesser. Réveil d'un sentiment d'abandon ou de rejet qui, malgré le côté ancien de l'expérience, reste en éveil dans ce qui est à régler en nous. Les impasses du présent sont très souvent tributaires de celles du passé qui, à l'évidence, viennent se rejouer en avant‑plan des relations affectives. Chaque personne amoureuse a tendance à recommencer les mêmes types de rapports aussi longtemps qu'elle n'arrive pas à se dégager des figures symboliques qui la prédisposent à agir ainsi. L'objectif est toujours le même : trouver le moyen d'être soi‑même et d'être reconnu sur cette base.

Cela semblait pourtant si accessible au début. L'erreur est pourtant venue de ce fait : attendre la permission et le droit d'exister dans la reconnaissance de l'autre.

L'attention amoureuse existe par l'importance que nous portons à l'autre et que cet autre nous renvoie le reflet de ce que nous avons besoin.

Vous savez comment une relation amoureuse devient douloureuse? Simplement parce que l'autre oublie de faire attention. Perdre ses repères dans ses priorités et ne plus se souvenir que nous aimons, non pas parce que nous attendons en retour, mais parce qu'aimer nous libère de nos peurs.

Il y a beaucoup de mots pour décrire le lien amoureux et très peu d'inspiration pour décrire l'incompréhension.

Et si l'amour n'était qu'une question de considération? Être amoureux, c'est être attentif et faire de son quotidien et de sa vie des métaphores pour ne jamais oublier que nos blessures se soignent en se donnant la permission de vivre autrement. 

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Tue, 18 Oct 2016 00:00:00 -0400
<![CDATA[La violence prédatrice]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=580 Quel titre de chronique bizarre. Si la violence peut être prédatrice, c'est quelle existe à titre de sujet. Un peu comme si je pouvais dire : «M. X est un prédateur». Une tendance qui, malheureusement, se précise parce qu'à l'évidence, nous observons un développement de la diversité de la malfaisance. Est-ce que la violence est devenue tellement naturelle qu'elle a un statut? 

Nous personnifions la violence prédatrice comme une méthode de fonctionnement d'un individu qui, dans son rapport avec les autres, offre une réponse prévisible, basée sur l'excès, où cette façon d'être est une solution et non pas seulement une façon de réagir. Cette personne s'articule dans sa démarche comme un prédateur, et réalistement, cette personne est dangereuse et violente.

Nous vivons maintenant dans des rapports sociaux où la culture de la fureur est encouragée et où nous semblons impuissants à trouver des solutions pour contrer la diversité des méthodes. L'exploitation de la violence est potentiellement enseignée ou tolérée partout; les cultures, les religions, les valeurs, les modèles éducatifs ou l'absence de ceux-ci, les médias sociaux, cinéma, jeux, tout est du domaine du possible, de la mise en œuvre ou de l'encouragement. 

La violence devient naturelle

La montée de l'intolérance a permis cette réalité. Pour certains, la générosité est perçue comme un signe de faiblesse, le besoin de maltraiter est alors un moyen pour atteindre ses objectifs. Qu'est-ce qui crée le prédateur? Il faut que la victime soit perçue comme un objet avec lequel nous pouvons disposer, où cette personne perd son statut d'individu. La personne maltraitée existe maintenant aux yeux de l'agresseur pour répondre à ses besoins ou servir ses intérêts. La victime perd de son appréciation pour ce qu'elle est. Ce qui fait la différence chez l'autre n'est plus une qualité recherchée qui pourrait nourrir, mais plutôt quelque chose à s'approprier dans laquelle la personne s'exprime avec ses frustrations et sa colère. En ce sens, si l'autre est inaccessible et ne peut être possédé, la conséquence est la même : un besoin de détruire. La relation de pouvoir est présente dans tous les cas.

C'est vrai pour la violence sexuelle auprès des enfants, mais aussi au niveau conjugal. Faire un parallèle entre la violence faite aux enfants et aux femmes est facile, car il suggère toujours le lien face à une personne perçue comme vulnérable. Chaque événement est différent, mais dans toutes ces situations, ce n'est qu'une constatation de la permission qu'une personne se donne pour se récompenser en ne tenant pas compte de la douleur engendrée. Au moment où la violence s'installe et qu'une personne l'utilise pour agir dans le but de répondre à ses besoins ou ses objectifs, une seule consigne existe : l'autre n'est pas important. 

Un prédateur vit par animosité. Il exerce une agressivité qui n'est pas éduquée. Le prédateur existe quand il met en place une stratégie pour répondre à ses besoins. Auprès des enfants, utiliser le leurre pour les tromper, pour planifier et pour maltraiter, confirme son statut. Nous pouvons même tenter un parallèle avec les événements terroristes. Faire ce parallèle est choquant? Qu'une personne qui commet un attentat et explose 10 personnes, c'est pire que 10 hommes qui maltraitent 10 enfants ou femmes? Dans l'attentat terroriste, à l'évidence, le besoin de frapper existe par le côté aléatoire; les personnes qui seront présentes deviendront les victimes. Dans la violence sexuelle, cet élément peut aussi se retrouver. La personne sert à un projet, son statut importe peu. La violence existe parce qu'il demeure très difficile de la prévenir et de la soigner. Évidemment, nous avons de meilleurs outils et nous faisons mieux. Cependant, la capacité de maltraiter à distance et tous les moyens qui existent maintenant rendent la tâche énorme. Le prédateur prend forme quand il ne remet plus en question ses gestes et qu'il vit une quête inversée. Rechercher à blesser, plutôt qu'à grandir.

Pour une personne saine qui se refuse à utiliser des gestes violents pour dominer, les nombreuses situations du quotidien interpellent. 

Vous connaissez l'histoire de la petite Cédrika? Évidemment. Son meurtrier est toujours libre. Il existe une hypothèse depuis longtemps sur le suspect, mais actuellement, ce serait difficile à prouver. Cet homme n'a peut-être que consommé et collectionné de la pornographie juvénile... 2000 photos de fillettes de 8 à 12 ans. Réaction de la population? Colère face aux événements, ainsi que déception, car il ne pourrait être accusé que de cela. Ah bon, ce n'est pas suffisant? Un peu comme si nous n'avions arrêté Al Capone que pour fraude fiscale. Sommes‑nous devenus insensibles à la réalité que les enfants des 2000 photos sont tous des enfants maltraités? Il y a déjà à ce niveau beaucoup de violence. La conduite d'une personne qui agresse est à chaque fois intolérable. Notre capacité à accepter cela est devenue un moyen de protection individuel tant cela se répète au quotidien. Pourtant, la violence prédatrice existe parce que la culture de la maltraitance est tolérée, voire encouragée.

Vous savez quoi? Il existe un moyen 

Si vous êtes encore à lire cette chronique, c'est qu'à l'évidence, vous n'êtes pas dans la violence prédatrice sinon, par déni, vous auriez arrêté. Les personnes violentes n'ont que le pouvoir d'arrêter quelque chose, souvent la qualité ou la vie des gens. Devenir humaniste sur une base artistique, c’est notre pouvoir. Si les prédateurs violents se donnent la mission de détruire, l'artiste a celui de créer. Nous avons le pouvoir de créer, de produire un changement, de faire avancer les choses. Il faut trouver en chacun de nous notre côté artistique. C'est une arme réparatrice à la violence prédatrice. L'artiste cherche des solutions et regarde toujours une situation différemment. Sortir de la violence par la créativité. Voir autrement. Trouver votre côté artiste, c'est la voie d'un changement à long terme.

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Tue, 04 Oct 2016 00:00:00 -0400
<![CDATA[Excitation ou anxiété sexuelle? ]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=564 L'excitation sexuelle et l'anxiété sont toutes deux constituées de tensions corporelles. Dans chacun des cas s'installe en nous une forme d'intensité vécue intérieurement comme insoutenable qui cherche à prendre une direction, à croître, nous obligeant à chercher un moyen de l'évacuer. Le corps tendu vit cette expérience à l'image d'un relief de possession. Quelque chose qui s'installe en soi, qui est soit délicieux ou orienté vers le désespoir. Il crée soit un sentiment d'extase, d'euphorie, de félicité ou provoque rapidement une sensation d'appréhension. 

Vous croyez que c'est toujours l'anxiété qui crée un ressenti négatif? Curieusement, non. L'anxiété à l'évidence exerce un sentiment de mal-être où la personne est en difficulté à bien vivre le moment présent parce qu'elle est assaillie de peurs ou de préoccupations qui rendent indisponible la croissance du plaisir. L'excitation sexuelle peut aussi être difficile à vivre si la personne ne s'accepte pas, si elle est en difficulté à accueillir l'autre ou si elle n'arrive pas à s'approprier le plaisir du moment présent ouvrant ainsi à des expériences compliquées. Être avec une personne pour qui nous avons de réels sentiments, mais peu d'intérêt à vivre de l'excitation sexuelle, est une expérience troublante. Comme si une fraction de nous se reconnaît dans une partie de la relation, mais ne trouve plus le chemin du plaisir. Douloureux de ne pas réussir à tout mettre ensemble. Être attaché à ses sentiments, mais détaché de ses sensations peut être perturbant.

Plusieurs cas de figure peuvent entraîner ces difficultés. Mentionnons :

- incapacité à mettre ensemble ce qui se passe dans la tête, dans le cœur et dans le corps;

- être dans la peur de l'échec;

- vouloir vivre du plaisir, mais ne pas arriver à le construire en soi;

- constater que nos sentiments ont changé auprès de la personne aimée;

- savoir ce qui nous fait plaisir, mais constater que cela crée une image négative de soi.

Il appartient à chacun de comprendre les messages de son organisme. Il est ainsi important d'apprendre à établir un dialogue avec son corps pour trouver une réponse adéquate. 

Corporellement, il est possible de reconnaître les tensions vécues comme étant positives ou négatives suggérant un bien-être ou un mal-être. Quand la personne est trop chargée négativement, la réaction est souvent insatisfaisante, entraînant de possibles frustrations. Par exemple, un homme peut recevoir une caresse génitale qui, s'il était vraiment disponible, serait excitante, alors que dans un état d'anxiété, la même caresse est perçue comme relaxante, entraînant un trouble érectile. L'homme ne se donne pas la permission de vivre cette détente à ce moment. Pourtant, dans un premier temps, le corps répond ainsi à un besoin de se détendre avant de vivre du plaisir sexuel. Si la personne commence à s'inquiéter, le problème ponctuel risque de devenir plus régulier où l'anticipation et la peur de l'échec favoriseront un réel problème à construire du plaisir sexuel.

Chez la femme, le problème de vivre trop de tensions négatives est à risque d'ouvrir à une forme de non-disponibilité. Le corps chargé négativement n'arrive pas à vivre une expérience précisément sexuelle. Ces tensions, préoccupations, fatigue, inquiétudes ou trop grandes responsabilités, favorisent une difficulté à s'exprimer dans le plaisir. Le manque de désir ou d'excitation sexuelle peut en devenir la conséquence. À ce niveau, pour retrouver son équilibre, le corps a besoin de pouvoir vivre d'abord une expérience physique globale plutôt que spécifique. Comme si la personne comprend inconsciemment que le réel besoin est de faire attention à soi dans toute sa réalité. Exemple habituel, l'homme qui est en demande de vivre sa sexualité a le réflexe de caresser plus directement sa partenaire génitalement, alors que pour sortir de ses tensions négatives, la femme aurait besoin d'une approche plus globale. Besoin de se réapproprier son énergie en sortant de sa non-disponibilité par une expérience plus lente qui favoriserait une possibilité d'abandon et de lâcher-prise. 

Confronté à beaucoup de tensions négatives, le corps réagit mal. Les femmes ont tendance à avoir de la difficulté à aller dans le plaisir sexuel et les hommes à y rester. Ainsi à vivre trop de sensations de mal-être, l'esprit se fixe sur un détail souvent peu important, mais où la personne va s'en souvenir parfaitement et pour longtemps, comme si l'anxiété nous l'avait à jamais gravé dans le cerveau.

Il est donc important de pouvoir faire circuler l'énergie globalement. Le corps trop chargé négativement entraîne une difficulté à vivre de l'excitation, à la construire ou à la conserver. Pour être en équilibre, il est important de retrouver une globalité corporelle, car une expérience trop spécifiquement sexuelle, trop directe, entraîne souvent un sentiment d'agression ou d'incompréhension. Il faut redéfinir ses repères pour se sentir en confiance et disponible. Faire circuler son énergie globalement pour être bien dans ses sensations. Le corps ouvre à plusieurs chemins différents pour éliminer ses tensions négatives. Dans un cadre thérapeutique, les nouvelles approches corporelles ouvrent à la reconnaissance de son ressenti et de ses sensations.

La sexualité permet de pouvoir s'exprimer. Connaître ses besoins est une première étape. S'y investir avec plaisir dans l'expression de ce que nous sommes doit en être la finalité. La sexualité fait naître et permet de se libérer de ces tensions. À l'abri de l'anxiété, le corps devient disponible et ouvre à un bien-être personnel. Il faut arrêter de vouloir une chose et de vivre autre chose. Cela nous éloigne de notre démarche. Dès ce moment, des tensions apparaîtront. Cela est dû à nos conflits et à la difficulté à harmoniser tout ce qui se vit en nous. Nous perdons alors l'essentiel : se libérer, c'est être.

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Tue, 20 Sep 2016 00:00:00 -0400
<![CDATA[Vive le changement!]]> Alain Gariépy http://www.larevue.qc.ca/blogue-alain-gariepy-sexologue-psychotherapeute-42.php?art=556 Se remettre en question, tout envoyer promener, changer de vie, d'idées, de partenaire de vie… Renaissance pour les uns, angoisse pour les autres. Quand s'amorce réellement le changement et comment doit-il s'installer en nous?

Pourquoi ne pas apprendre à changer même quand nous allons bien? Si la démarche est personnelle, il est possible qu'elle s'apparente plus à une forme de métamorphose, une façon d'affirmer notre confiance en soi et de trouver sa voie en soulignant la découverte de notre liberté. Un changement durable doit être progressif, sans bouleversement, et non parce que nous avons été ébranlé, qui entraîne trop souvent une réaction brutale. Quand s'opère en nous une prise de conscience, d'être, de vivre ou d'agir différemment, le mouvement graduel, qui se fait doucement, permet des ajustements et notre attention est alors portée sur l'essentiel : notre besoin de cheminer.

Vous savez quand une personne a le plus besoin de se renouveler? Dans sa vie amoureuse et surtout quand la situation est difficile, comme si l'association changement‑insatisfaction était faite pour aller ensemble. Ce besoin s'implante parce que nous ne sommes pas fier de nous et cela crée un sentiment d'urgence, donc d'aller à l'évidence[MM1]  pour ne pas perdre. Nous ne sommes plus dans le désir de faire un gain, mais dans l'appréhension de l'échec. La dynamique d'un couple est dans ses fondements un théâtre de changements. Quand il ne l'est pas, le quotidien est souvent perçu comme une routine et, sur cette base, crée un autre type de problématique. Le sentiment de ne plus être stimulé et de ne plus faire d'apprentissages.

Or, instaurer des changements doit demeurer une démarche personnelle. Vous savez pourquoi il est difficile de changer pour faire plaisir à quelqu'un? Car la plupart du temps, les personnes qui nous demandent de changer ne savent pas vraiment ce qu'elles veulent. En fait, elles savent plutôt ce qu'elles ne veulent plus. Omission importante, une personne qui demande à l'autre de changer se remet rarement en question. C'est ce que nous nommons une conduite aliénante; pour pouvoir être heureux dans la vie, la personne considère que l'autre doit changer.

Changer pour faire plaisir alors? Ce n'est souvent qu'un jeu d'apparence, une illusion, un traité de bonnes intentions. Alors pourquoi changer quand la situation est grave? Parce que l'autre est en souffrance? Parce que la situation est devenue inacceptable? Parce que des valeurs ont été transgressées? Évidemment, blesser profondément une personne aimée entraîne de grandes remises en question, c'est naturel. L'enjeu, par contre, n'est pas de savoir si nous devons arrêter quelque chose, mais si nous en sommes vraiment capable. Le sommes-nous? Pourquoi alors avoir attendu à l'ultime crise?

Il est peut-être plus facile d'accepter un changement dans la nécessité et ne voir que la nécessité au moment de la crise. Souvent, un changement en prépare un autre. L'émotion ressentie est le moteur du changement, la joie de progresser doit en être son essence. La difficulté à modifier profondément un chemin de vie qui a été imaginé et investi repose à la fois sur l'insécurité de la transformation et sur le manque de persévérance à garder notre attention sur l'objectif visé. Comme si le plus important n'étant plus de grandir de nos aspirations, mais plutôt d'apprendre de nos déceptions. L'aigle, symbole de puissance et de sagesse, qui docilement va se retrouver enchaîné à un perchoir en attente de jours meilleurs. En fait, notre liberté prend souvent le chemin inverse de nos limites. Le changement associé aux frustrations crée une impasse parce que tourné vers l'autre. La référence repose sur le temps, attendre. Au contraire, tourné vers notre liberté, le besoin de vivre différemment devient une question de moyens; comment avancer?

Nous devons changer, pas simplement parce que nous n'avons plus le choix, mais plutôt pour s'affranchir, pour vivre notre vie et retrouver à la fois notre dignité et notre liberté, pas pour répondre au besoin de l'autre même si celui-ci a raison. En fait, notre liberté s'accommode très difficilement d'un simple changement de dépendance.

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Tue, 06 Sep 2016 00:00:00 -0400