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Le boulevard des Seigneurs a 50 ans
L’inauguration du boulevard des Seigneurs, le 11 mai 1967. Plusieurs dignitaires entourent le maire François Paquin, le secrétaire-trésorier Jean-Jacques Lauzon et le curé René Grenon (Photo: Archives Lanaudière, Fonds Aimé-Despatis)

Le boulevard des Seigneurs a 50 ans

Claude Martel, géographe-historien

Jeudi 20 avril 2017

L’ouverture du boulevard des Seigneurs, en 1967, marque une étape majeure dans le développement de Terrebonne. Elle souligne en effet, le déplacement de la zone commerciale du Vieux-Terrebonne vers le nord et, plus spécifiquement, vers la «nouvelle» ville des années 1970.

Mise en contexte

Depuis plus d’un siècle, le village de Terrebonne fait office de principal centre de services pour les municipalités voisines. On y retrouve, essentiellement sur la rue Saint-Pierre, une concentration de commerces et de services de premières instances répondant aux besoins d’une population de moins de 8 000 personnes. Mais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le village amorce son expansion, d’abord à l’est de la rue Chapleau, puis au nord de la rue Saint-Louis; Terrebonne est en train de devenir une véritable petite ville! Jusqu’en 1957, l’axe qui forme aujourd’hui le boulevard des Seigneurs, entre la montée Masson et l’autoroute 25 traçait alors la limite nord de la Ville de Terrebonne. Voyant que sa croissance urbaine se faisait à un rythme plutôt accéléré, la Ville de Terrebonne parvient, en février 1957, à annexer une partie de Saint-Louis-de-Terrebonne à Saint-Charles-de-Lachenaie. En doublant sa superficie, la Ville se préparait à entreprendre une nouvelle phase d’expansion urbaine.

Le futur «Grand Boulevard»

Dès 1960, les autorités municipales de la Ville de Terrebonne rencontrent les propriétaires des terres où ils envisagent de faire passer un futur boulevard, que l’on nomme temporairement le «Grand Boulevard», et qui est appelé à devenir le principal axe est-ouest de la ville. La rencontre a donc lieu avec messieurs Hervé Guilbeault, Bernard et Paul Gagnon, Jean-Jacques et Albert Ouimet, la succession Masson et la Commission scolaire de Terrebonne. On souhaite en arriver à une entente de gré à gré entre la Ville et les propriétaires des terres situées entre les montées Moody et Masson.

L’emplacement choisi susciterait aujourd’hui beaucoup d’opposition. En effet, le futur boulevard allait être aménagé sur le «grand trou noir» : un long marécage prenant place au pied d’un petit vallon d’où s’égouttait une partie des terres du secteur. Ce grand milieu humide était désigné de trou noir en raison des terres noires formées par ce marécage. Mais à l’époque… les milieux humides et les grenouilles étaient la dernière des priorités. Ce que l’on souhaitait trouver dans son milieu de vie, c’était un beau boulevard, large, en asphalte et bordé de lampadaires.

Dès 1962, un premier petit tronçon prend place afin de relier la rue Saint-Sacrement au nord du futur boulevard. Un premier sentier est aménagé entre les rues Saint-Sacrement et Léon-Martel, mais aucun chantier n’est officiellement exécuté. L’annonce de la future autoroute 25 amène la Ville et le ministère de la Voirie à planifier le lien entre le futur boulevard et les bretelles d’accès de la future autoroute. Mais ce n’est qu’en 1964 que le ministère confirme que la sortie de l’autoroute 25 se branchera au futur boulevard. Pendant que les travaux de l’autoroute avancent à grands pas, on met en œuvre les devis préliminaires du boulevard, dont les coûts sont évalués, au départ, à 330 000 $. À cette belle époque, le gouvernement du Québec est bien généreux, et il fait don de 100 000 $ pour permettre la construction du futur boulevard.

Au moment de l’ouverture de l’autoroute 25, en 1965, les travaux de construction du boulevard ont avancé, mais on rencontre quelques obstacles. D’une part, les frais de construction sont beaucoup plus élevés que prévu, et d’autre part, il faut exproprier le garage de Gérard Quevillon qui se trouve sur une partie de l’intersection Moody.

Toujours en 1965, on finit par trouver un nom au «Grand Boulevard» qui devient le «boulevard des Seigneurs». Si, de façon générale, il évoque le passage des nombreux seigneurs qui ont été propriétaires de la seigneurie de Terrebonne, les élus cherchaient surtout à honorer le rôle que Joseph Masson a joué dans l’évolution de cette ville.

Le boulevard «des Seigneurs»

Une surprise attend toutefois les élus municipaux puisque le coût réel des travaux dépassera les 600 000 $. Comme on peut le constater, les dépassements de coût ont un certain historique au Québec! Si bien qu’en 1965, la Ville doit procéder à deux règlements d’emprunts totalisant 571 000 $, afin de payer les égouts pluviaux, le pavage, les trottoirs et l’éclairage du boulevard. Mais l’opposition se mobilise. À sa tête, Fabien Chartrand, propriétaire de l’Hôtel Central, rue Saint-Pierre, adversaire du maire Paquin, craint assurément que la venue du boulevard crée une compétition commerciale avec «bas du village». Il a donc plusieurs motivations à son opposition. Le groupe d’opposants parvient à faire tenir un référendum, le 10 juillet 1965, mais les résultats positifs donnent le feu vert aux élus et les travaux vont de l’avant.

Finalement, le 11 mai 1967, on procède à la cérémonie inaugurale. L’année suivante, l’épicier Ernest Beausoleil, opérant sous la bannière Métro, inaugure le premier marché d’alimentation à grande surface des environs. Quelques autres commerces se joignent à lui, dont la grande pharmacie d’Yves Mathieu, la Régie des Alcools (attendu depuis si longtemps), quelques boutiques et un petit restaurant. Ce fut la pierre de lance de l’artère commerciale. Notons que Beausoleil avait aussi maintenu son épicerie dans le «village». Dans les quelques années qui suivent, l’attrait commercial du boulevard des Seigneurs attire de nombreux autres commerçants du «bas du village», ce qui eut un impact négatif sur ce quartier qui perd progressivement sa vocation. Il tombe donc dans une période latente, jusqu’à l’essor touristique du Vieux-Terrebonne, amorcé au milieu des années 1980.

Sources : Jacques Corbeil et Aimé Despatis — Terrebonne, 110 ans d’histoire du conseil municipal (1853-1963); Terrebonne, 30 ans d’histoire du conseil municipal (1964-1993) et 70 ans de vie municipale de Saint-Louis-de-Terrebonne, 1993.

18 sept 2017 Service conseil 3a cell

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