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CHAPEAU ! , par Réjean Léveillé

Mardi 1 novembre 2005

Lorraine Brière, la maman des enfants blessés

Les familles d’accueil, les lacunes du système envers les jeunes écorchés par la vie font l’objet de nombreuses discussions ces jours-ci. La sortie en salles du documentaire de Paul Arcand «Les voleurs d’enfance» et le succès qui s’ensuit génèrent un débat sain sur la place publique.

Le projet de loi en préparation depuis des années pour réformer le système est enfin déposé à l’Assemblée Nationale. Les moyens ne sont pas nécessairement les mêmes pour atteindre l’objectif, mais tous semblent d’accord pour apporter des changements importants à la «Loi sur la protection de la jeunesse».

Je suis allé tout simplement à la rencontre, ce mois-ci, d’une femme qui tend les bras à des enfants qui en recherchent. La suggestion de ce reportage ne vient pas des dirigeants du système, au cas où ça vous trotterait dans la tête. Non, c’est un employé de La Revue qui l’a d’abord croisée alors qu’elle cherchait du linge dans une vente de garage pour un de ses bébés.

La chance d’un second départ

Lorsque je la rejoins à la table de sa maison de Terrebonne, Lorraine Brière, famille d’accueil, procure de l’amour à un enfant en très bas âge comme le font les grands-mamans qui viennent de découvrir la beauté de ce rôle. L’enfant, dont je ne peux révéler aucun détail, répond en la fixant dans les yeux, en collant sa joue sur elle et en riant. «Moi et mon mari, Jean, nous les prenons en situation d’urgence. Les enfants sont souvent à l’hôpital. Nous nous en séparons au plus tard à l’âge de deux ans. Croyez-moi, par contre, que ce sont des mois d’une belle intensité. Nous voulons tout simplement leur donner la chance de vivre un second départ qui les outillera tendrement pour faire un bon bout de chemin.»

Ils ne demandent qu’à être aimés

Mme Brière est une infirmière retraitée de l’Hôpital Jean-Talon. C’est dans sa nature d’accompagner les gens dans des moments plus difficiles, mais, il y a huit ans, elle a décidé d’aller voir ce qui se passait avec les enfants. «Je ne me doutais vraiment pas de l’étendue de la situation. Nous avons, depuis ce temps, presque toujours deux enfants en même temps à la maison. Ils sont dans le premier cycle de la vie. Ils relèvent de cas d’incompétence parentale ou de négligence. Je ne veux pas faire du cas par cas, mais je peux vous dire qu’ils sont carencés à bien des égards. À l’occasion, nous allons les chercher à l’hôpital, à leur arrivée sur terre. Il faut donner du temps à la mère pour qu’elle essaie de se reprendre en mains. Moi, lorsque l’on me prévient la veille, je suis comme une petite fille. Je ne dors pas. J’ai hâte de faire la connaissance de cet enfant. Nous les prenons tels qu’ils sont. Ce n’est pas compliqué, ils ne demandent qu’à être aimés.»

Une inévitable séparation

Il y a, sur un des murs de la maison, de très, très nombreuses photos de petits gars et de petites filles au large sourire. «C’est le souvenir que nous garderons d’eux. Lorsqu’ils retournent dans la famille de la mère biologique, nous avons rarement de nouvelles. C’est souvent conflictuel. Certaines de ces femmes n’acceptent pas notre rôle et nous en veulent. Pourtant, nous voulons offrir tout simplement de la chaleur humaine et de la stabilité. C’est l’âge pour en recevoir, non?»

Une pièce de la maison est consacrée entièrement aux jouets et aux vêtements des enfants qui séjourneront ici. C’est vivant, coloré et bien rangé. «Je suis toujours à la recherche de trucs pour eux. Je cours les aubaines. Nous avons aménagé une belle grande aire de jeux dans la cour. Nous voulons leur bien-être. On a l’impression d’y contribuer en regardant leur réaction. Quant aux vêtements, j’avoue que ça fait particulier d’en chercher toujours de la même taille. Moi, mes enfants ne grandissent jamais. C’est-à-dire qu’ils quitteront la maison au plus tard à l’âge de deux ans.»

Tracer la voie à une vie meilleure

Mme Brière n’a pas perdu ses réflexes d’infirmière. «Je constitue une fiche sur chacun de ces petits êtres. Je note ce qu’il aime manger, ce qu’il aime moins et les choses qui le caractérisent. Nous traçons la voie, j’espère, à une vie meilleure. Humblement, je pense que nous réussissons parce que, immanquablement, je finis toujours en disant qu’il aime se faire prendre. Je peux vous jurer que c’est loin d’être le cas à leur arrivée. Des bébés secoués ou d’autres qui mangeaient sous la table avant d’atteindre l’âge d’un an, ça arrive malheureusement.»

Lorsque je lui demande si ce n’est pas difficile de se défaire d’un enfant qui vient de passer plusieurs mois chez elle, Mme Brière me dira tout simplement qu’elle sait que sa mission, c’est de lui offrir une bonne base en atténuant sa souffrance et ses carences. Un autre enfant, dans quelques jours, aura exactement les mêmes besoins, et elle lui tendra la main.

1 an Brisson 2018

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