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François-Xavier Valade, instituteur et patriote
François-Xavier Valade

François-Xavier Valade, instituteur et patriote

Claude Martel, géographe-historien

Jeudi 16 février 2017

UN BRIN D'HISTOIRE

Voici un autre oublié de l’Histoire! Il a pourtant grandement contribué à l’essor de l’éducation au Québec. À Terrebonne, il fut parmi les pionniers de l’enseignement; homme aux multiples passions, il œuvre comme notaire, instituteur, correspondant et acteur politique et social.

La jeunesse

François-Xavier Valade naît à Montréal le 8 octobre 1803. Ses parents, François-Xavier (menuisier) et Marie-Amable Gauthier, accordent beaucoup d’importance à l’instruction de leur garçon. Malgré leur condition plutôt modeste, ils envoient leur fils faire son cours classique au Collège de Montréal en 1816. Il passe son enfance à Chambly où il apprend à lire et à écrire. Le 10 novembre 1824, il épouse Éphyse Prévost. Le couple aura sept enfants.

L’instituteur

Après avoir enseigné deux ans à Saint-Athanase (Iberville), il arrive à Terrebonne en 1829, soutenu par son ami, le curé Jean-Baptiste Saint-Germain. Les deux s’étaient probablement connus alors que François-Xavier était étudiant. Alors que Valade commence à enseigner au village, Saint-Germain est remplacé par le curé Pierre-Antoine Porlier. En 1832, il emménage dans sa maison de la rue Sainte-Marie. Mais la tâche de tenir une école (privée) n’est pas des plus faciles, il faut recruter suffisamment d’élèves, ce qui n’est pas garanti dans un milieu pauvre, agricole et ouvrier comme Terrebonne. De plus, l’ouverture d’une école anglaise en 1831 lui apporte une sévère concurrence. En mai 1840, Valade perd l’appui du seigneur Joseph Masson, ce qui lui fait perdre une partie de ses élèves. Il part enseigner dans une école anglaise de Montréal, mais il revient à Terrebonne l’année suivante, cette fois avec l’aide de Masson. Mais l’ouverture prochaine du Collège Masson (1847) n’augure pas bien pour lui. Heureusement, il reçoit en 1846 une proposition qu’il ne pourra pas refuser et déménage à Longueuil.

Le notaire

En 1827, il entame un premier brevet de notaire à titre de clerc du notaire Desmarais, puis du notaire Desève (1829). Mais celui-ci meurt sans lui laisser le certificat d’attestation, si bien qu’il doit recommencer sa cléricature avec Toussaint Limoges, à Terrebonne. Ce dernier meurt en 1832, et Valade poursuit avec le notaire Joseph Léandre Prévost, mais un conflit entre les deux met fin à la cléricature. Pire, Prévost amène Valade devant le tribunal. C’est avec le notaire Labadie de Montréal que François-Xavier peut terminer sa formation, et obtient son brevet de notaire en 1835. Son greffe ne contient que 600 actes, ce qui est très peu pour un notaire qui va «exercer» le droit jusqu’en 1872. On peut en conclure que Valade est principalement dévoué à l’éducation, le notariat vient accompagner ou soutenir le reste de ses activités.

La politique

Valade a une plume extraordinaire; il écrit avec un style lyrique propre à cette période. Le débat entourant les «92 Résolutions» l’amène à s’intéresser aux activités politiques. Il se fait d’ailleurs sortir de force d’une réunion, où ses propos auraient écorché le curé de Sainte-Thérèse. Il appuie ouvertement Louis-Joseph Papineau, il est pour la démocratie, et en ce sens, il admire le système parlementaire britannique. Dès 1834, il fait office de secrétaire des assemblées politiques organisées par le Parti patriote. Dès 1835, il devient correspondant local au journal La Minerve (Montréal), connu pour ses positions patriotiques. Il reçoit Papineau dans son école de Terrebonne. Bref, rapidement, il se hisse comme un acteur influent de la cause nationale.

Toutefois, au moment de la rébellion de 1837, Valade refuse de prendre les armes. Malgré son discours, il ne se considère pas comme un «rebelle». Pour lui, la réforme politique doit passer par les voies démocratiques et législatives. Il subit alors de fortes pressions des éléments radicaux ou de patriotes violents; il n’a pas le choix de fuir Terrebonne pendant quelques jours. S’il se rend à la bataille de Saint-Eustache (14 décembre 1837), ce n’est pas avec des armes à la main, mais plutôt avec sa plume. Pour une question de prudence, il se rend à Saint-Eustache que le surlendemain de la bataille. Il y produit un témoignage renversant en décrivant la scène et surtout l’horreur laissée par la vue de ce champ de bataille et de ruines fumantes où jaillissaient de nombreux corps, nus, dépouillés, criblés de balles et de sang.

En 1839, le pacifique Valade rédige avec quelques autres citoyens une déclaration de soumission et de loyauté envers le gouverneur Gosford. Il continue à s’intéresser à la politique, mais de loin. Toutefois, en 1844, il participe à la fondation d’un chapitre de la Société Saint-Jean-Baptiste à Terrebonne. Notre patriote François-Xavier Valade était, au fond, très représentatif de la majorité des Canadiens français de son temps. S’il partageait les objectifs politiques du Parti patriote, il présentait un certain attachement à l’égard des Britanniques. Il était un «patriote modéré». Il était aussi un «ultramontain», fervent catholique qui, rapidement, s’élève contre l’usage abusif des boissons alcooliques. D’ailleurs, en 1831, il fonde, à Terrebonne, une société de tempérance. Proche de l’Église, il fait office de maître-chantre de la paroisse. 

À Longueuil et au service de l’éducation

En 1846, il arrive à Longueuil où on lui offre un poste d’instituteur salarié avec de bonnes conditions. Il est de plus secrétaire-trésorier de la Commission scolaire de Longueuil de 1846 à 1849. Il devient membre du bureau des examinateurs des instituteurs de 1847 à 1890. Son amitié avec le surintendant de l’Instruction publique, Jean-Baptiste Meilleur, lui permet de devenir inspecteur d’écoles pour les comtés d’Hochelaga et Jacques-Cartier (île de Montréal) et Vaudreuil-Soulanges, de 1853 à 1873. On lui doit la rédaction du premier Guide de l’instituteur (1850), un outil pédagogique de référence servant à la formation de maîtres. Peu après le décès de son épouse, en 1883, il déménage à Montréal où il meurt en 1893.

Sa devise, Patrie, science, religion, trois concepts qui résument bien la vie de Valade.


Source : Bibliothèque et Archives Canada, fonds François-Xavier Valade (MG 24-K35), instrument de recherche no 2294 par Julie Bergeron. 


4 janv 2018 Familizone cell

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