Terrebonne, mardi 7 février 2012
Par Gilles Bordonado
Mardi 28 avril 2009
Au revoir, mon ami...
On le croyait invincible. Il ne l'était pas. Au moment d'écrire ces lignes, nous sommes samedi soir, vers 21 h, je viens d'apprendre de la voix de sa fille Marie-France le décès de son père. Elle pleure... Je pleure...
Aimé Despatis est un monument, de ces monuments que l'on croit indestructibles, de cette pierre qui ne vieillit jamais, et pourtant...
Mon mentor, notre mentor à tous à La Revue, n'est plus... Aimé Despatis aura fait ce qu'il préfère jusqu'au dernier moment. Vendredi dernier encore, il effectuait sa visite quotidienne au bureau. Comme le voulait son habitude, il a monté lentement cet escalier qu'il connaît tant, a fait une petite pause arrivé en haut pour reprendre un peu son souffle. Il est passé devant mon bureau, m'a salué avec son air du gars fier de son coup et fier de toujours faire partie de notre groupe, de notre belle famille.
Sourire à la commissure des lèvres, il a apporté ses chroniques de ce mercredi à Mélanie, notre bien-aimée correctrice et secrétaire circonstancielle du fondateur depuis quelques années. Il est repassé devant mon bureau, a refait ce même sourire avec son petit salut traditionnel, deux doigts en l'air, un dernier au revoir...
Aimé Despatis était un membre de notre famille, celle qu'il a tant aimé côtoyer, celle qu'il a tant inspirée. C'était un équipier extraordinaire, mon mentor. Il ne se laissait jamais dévier de la voie qu'il s'était tracée. Intègre, volontaire, déterminé, quelquefois entêté et impatient, toutes des qualités qui nous manqueront à jamais.
Aimé Despatis, c'était un phare qui éclairait notre chemin, même dans les tempêtes les plus vigoureuses. Souvent, c'était un homme de peu de mots Il n'avait pas besoin d'en dire beaucoup pour se faire comprendre. Un simple petit sourire ou sa petite grimace impatiente suffisait largement.
Aimé Despatis était une inspiration, c'était un homme qui nous poussait au dépassement. Si lui, à 87 ans, pouvait toujours être aussi engagé, pourquoi ne le serions-nous pas, nous aussi?
Aimé Despatis était un peu un membre de ma famille et de celle des équipiers de La Revue. Faisant confiance à sa fille, il m'a accueilli chaleureusement. J'ai travaillé à ses côtés pendant des années, l'entendant mitrailler sur sa dactylo, tel un vaillant soldat avec sa mitraillette dans une tranchée en pleine guerre. Car Aimé Despatis, c'était un vrai, un homme qui n'avait pas peur de mettre la main à la pâte. L'ouvrage ne lui faisait pas peur.
On le disait impatient. Moi, je pense qu'il désirait profiter au maximum de chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure que le Bon Dieu lui donnait. Ces dernières années, il savait qu'il en avait plus derrière lui que devant, et l'urgence de vivre se sentait en lui. Il mettait ses archives à jour et a réalisé un de ses grands rêves, publier, avec le soutien de la municipalité, son livre portant sur les maires de Terrebonne.
Jamais il n'a démenti sa confiance en moi, me répétant à satiété à quel point il était fier de ce que son journal était devenu et témoignant de son appréciation de mon travail. Il apparaissait chaque fois épaté par ce que nous réalisions tous ensemble.
Aimé Despatis, un journaliste d'exception, un modèle d'intégrité, un exemple d'engagement envers son journal et sa communauté.
Je me demande bien, au moment d'écrire ces lignes, ce que nous deviendrons sans lui. Il me semble entendre sa petite voix me dire humblement que la vie va se poursuivre et que nous réaliserons encore de grandes choses à ses côtés. Car il sera toujours là pour veiller sur nous.
Aujourd'hui, je pleure mon inspiration, mon mentor, mon ami...
Au revoir, Aimé...
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