Terrebonne, samedi 31 juillet 2010
Par Claude Martel
Mardi 2 mars 2010
Le premier siècle de La Plaine - 1re partie
Dans la deuxième moitié du 18e siècle, des colons commencent à s'établir dans ce qui constitue aujourd'hui la localité de La Plaine. À cette époque, la partie à l'ouest de l'actuel boulevard Laurier se trouve dans la seigneurie Des Plaines(1), alors que la partie à l'est relève de la seigneurie de Lachenaie(2).
L'implantation des premiers colons
La colonisation de la seigneurie des Plaines connaît un grand succès dans les années 1730 à 1760, si bien que son développement est largement en avance sur celui de la seigneurie de Lachenaie, qui concentre davantage son développement sur les belles terres argileuses de Mascouche. Toujours est-il que, vers 1750, le rang de La Plaine s'ouvre à la colonisation du côté de la seigneurie Des Plaines.
Lors de l'inventaire des biens de Jacques Gauthier, rédigé le 20 juin 1752, l'acte spécifie que Gauthier habite «la plaine de Sainte-Claire, paroisse adjacente de Terrebonne». Il apparaît donc que Jacques Gauthier est le véritable premier colon de La Plaine. Ce n'est que deux mois plus tard, soit le 14 juillet 1753, qu'il reçoit une concession des mains de Germain Lepage de Saint-François. Situé dans le fief Sainte-Claire, le long de la ligne seigneuriale, son lopin de terre mesure six arpents(3) de front sur 20 arpents de profondeur.
Une large part des premiers colons de La Plaine sont originaires de Lachenaie et de Terrebonne, et dans une moindre mesure, de Pointe-aux-Trembles ainsi que du reste de l'île de Montréal. Plusieurs parmi ceux-ci sont déjà agriculteurs, certains autres sont des militaires. En effet, plusieurs soldats des régiments du Languedoc, de La Sarre et du Béarn obtiennent des concessions aux frontières de Sainte-Anne-des-Plaines, entre 1753 et 1760. La présence de militaires s'explique tout naturellement par le contexte de la Guerre de la Conquête, qui sévit en Amérique depuis 1753 et qui se termine par la défaite des Français aux mains des Britanniques, en 1760. D'autres militaires, dont Jean Aurent et Joseph Moustant, choisissent les bords de la rivière Saint-Pierre, dans la partie relevant de la seigneurie de Lachenaie. Ces derniers sont d'ailleurs les deux premiers colons de ce secteur, lequel est désigné à l'époque sous le nom de rang de la rivière Saint-Pierre; aujourd'hui la rue Émile-Roy et le chemin Curé-Barrette.
Le premier mouvement de concession des terres s'effectue donc du côté de la seigneurie Des Plaines, entre 1753 et 1760. Rapidement, cette lancée se déplace vers la seigneurie de Lachenaie qui, entre 1760 et 1765, voit Louis Normandin dit Lamotte effectuer 31 concessions de terres, comme représentant des seigneurs Legardeur de Repentigny. Ainsi, au cours des années 1760-1770, un noyau d'habitants se crée dans le secteur qui aujourd'hui forme le village et la section du chemin Curé-Barrette, au nord du lac André.
À partir de 1765, on concède des terres en alternance des deux côtés de la rivière Saint-Pierre, ouvrant ainsi le rang sud de la rivière Saint-Pierre ou de La Plaine. L'ampleur du travail à venir incite peut-être certains colons à miser sur l'entraide et la solidarité pour s'en sortir. Nous retrouvons quelques frères qui s'installent côte à côte; c'est le cas des frères Michel et François Rochon, de Lachenaie, qui reçoivent chacun un lot de 4 1/2 arpents sur 40, en juillet 1761. Ils peuvent alors compter l'un sur l'autre pour du prêt de matériel, par exemple, ou pour construire une seule habitation qu'ils partagent au début. Les soldats d'un même régiment qui obtiennent des lots voisins adoptent le même comportement. Les colons peuvent ainsi vaincre l'isolement propre à l'entreprise de colonisation, tout en maintenant des liens familiaux ou amicaux.
Le défrichage des terres
La tâche qui attend ces défricheurs est de taille, car mettre une terre en valeur prend plusieurs années. Il faut d'abord abattre les arbres nécessaires à la construction d'une cabane rudimentaire qui permet au colon de passer un premier hiver. Équipé de sa hache, il s'attaque ensuite aux arbres de plus grande dimension qui lui fournissent les planches nécessaires à la construction d'une habitation permanente. Idéalement, la coupe de ce bois lui permet d'ouvrir une première clairière et d'installer quelques animaux de basse-cour. Un arpent à la fois, il faut ensuite arracher la majorité des souches et laisser pourrir celles qui résistent, pour les éliminer quelques années plus tard. Notre colon prend alors sa pioche et ameublit la terre pour la préparer à recevoir les premières semences, le printemps suivant. On estime que l'habitant accroît sa superficie mise en valeur d'un arpent en labours et de deux arpents en abattis après chaque année de labeur. Précisons dès lors que dans cette entreprise de colonisation, hommes, femmes et enfants contribuent également; le défrichement de la terre exige que tous mettent l'épaule à la roue, sans distinction de sexe. Défricher, brûler, construire, piocher, récolter constituent le lot des habitants au même titre que coudre, cuisiner, entretenir la maison, nourrir le bétail et plus encore.
Chaque année de travail permet donc à une famille d'ajouter un ou deux arpents à ses terres cultivables, d'améliorer sa maison et ses bâtiments et de développer son cheptel qui, habituellement, se compose d'une taure, d'une truie et de quelques volailles. Bref, il faut compter au moins dix ans de labeur intense pour dégager de la forêt la dizaine d'arpents labourables nécessaires à la survie d'une famille.
(Source : De nombreux actes des notaires Danré de Blanzy et Charles-François Coron.)
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(1) La seigneurie Des Plaines relève alors de la paroisse de Terrebonne. En 1787, cette seigneurie devient la paroisse de Sainte-Anne-des-Plaines. La partie ouest de La Plaine relevait de cette paroisse.
(2) La partie de La Plaine sise dans la seigneurie de Lachenaie relevait au début de la paroisse de Saint-Henri-de-Mascouche. En 1836, la partie formant le village de La Plaine se joint à la nouvelle paroisse de Saint-Lin-de-Lachenaye.
(3) L'arpent est une vieille mesure française équivalente à 191,8 pieds (58,5 mètres).
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