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Terrebonne, mardi 7 février 2012

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UN BRIN D'HISTOIRE Carte présentant la localisation du fief Sainte-Claire.

UN BRIN D'HISTOIRE

Par Claude Martel

Mercredi 18 août 2010

Le fief Sainte-Claire

Il y a des noms de lieux ou de territoires qui, au fil du temps, sombrent dans l'oubli collectif; c'est le cas aujourd'hui du fief Sainte-Claire. En effet, peu d'entre vous peuvent aujourd'hui identifier ce territoire qui servit pourtant, il y a moins d'un siècle, à détacher une partie de Sainte-Anne-des-Plaines en vue de la création de la nouvelle paroisse de Saint-Joachim-de-La Plaine.

  

Le fief et son origine

La coutume seigneuriale permet aux seigneurs de concéder des domaines à des gens qui, à leur tour, deviennent des «petits seigneurs» et doivent se comporter en seigneurs face à leurs censitaires, mais en censitaire face à leur seigneur. On donnait le nom de fief ou arrière-fief à ces domaines. Ils deviennent ainsi indépendants de la seigneurie d'origine. C'est dans ce contexte que le seigneur Des Plaines (et de Terrebonne), Louis Lepage de Sainte-Claire, concède, le 10 janvier 1733, à son frère Germain Lepage de Saint-François, un fief de 18 arpents de front sur deux lieues de profond (10 kilomètres), soit la profondeur de la seigneurie, à partir de la ligne seigneuriale en tenant vers l'ouest. L'acte de concession spécifie que le propriétaire du fief doit rendre «foy et hommage» au seigneur Des Plaines à chaque mutation de propriétaire, et qu'il doit laisser en place les chênes propres à la construction des vaisseaux de Sa Majesté, le roi de France.

L'imbroglio entre Lacorne et Lepage

Lorsque Louis de Chapt sieur de Lacorne acquiert la seigneurie, en 1745, les titres de propriété du fief créent tout un imbroglio. L'affaire se complique au point où le seigneur de Lacorne tente de déposséder Germain Lepage de son fief et d'une multitude d'autres terres, concédées à lui ou à ses enfants. Quatre ans plus tard, soit le 15 mars 1749, les deux parties conviennent d'un accord de transaction irrévocable «pour mettre fin au procès mû entre nous et qui était pendant au Conseil Supérieur de Québec, terminer toutes affaires et différents et régler nos prétentions respectives». Cet accord comprend de nombreuses clauses, dont une où le seigneur Lacorne reconnaît finalement, «sans difficulté ni contestation», les droits de Germain Lepage sur le fief de Sainte-Claire.

La colonisation du fief Sainte-Claire

Le premier véritable colon du fief, et par conséquent de la future localité de La Plaine, est Jacques Gauthier. Il est spécifié dans l'acte de concession qu'il habite «la plaine de Sainte-Claire»... Il se fait concéder, le 14 juillet 1753, une terre de six arpents de front par 20 de profond. Il semble très isolé, puisqu'aucune autre concession n'est établie dans le fief avant de nombreuses années. Il semble que les membres de la famille Lepage ne vivent pas dans le fief qui abrite donc peu de gens avant le début des années 1800. On y retrouve quelques colons seulement, dont  Pierre Raby fils, qui déclare, en 1789, habiter le rang de La Plaine.

Après le décès de Germain Lepage, en 1755, les enfants se séparent le fief en parties égales. Le 1er mars 1765, ils rendent acte de «foy et hommage» pour le fief. Ainsi, Germain Lepage de Saint-François (fils), Alexandre Lepage de Saint-François, Pierre Raby, époux de Marguerite Lepage, et Agnès Lepage (fille mineure) font office de coseigneur du fief Sainte-Claire. Les descendants de ces derniers conservent leurs parties du fief, quelques portions sont vendues à des étrangers, notamment en 1801, lorsque Jean-Marie Mathieu achète une terre de trois arpents de front et devient coseigneur du fief. Au moment d'abolir le régime seigneurial, en 1854, le fief est encore divisé en six «sous-fiefs», lesquels sont, de l'ouest vers l'est, désignés sous les noms de fief Latour (Joseph Villiot dit Latour), fief Louis Bouc, fief Séraphin Bouc, fief Joachim Villeneuve, fief Antoine Gauthier (autre partie à Pierre Raby) et fief Jean-Marie-Mathieu. Sur ce dernier fief, la famille Antoine Gauthier possède la terre qui, en 1753, avait été concédée à Jacques Gauthier. De plus, on constate que quatre artisans (Joseph Maisonneuve, François Henri, Jean Gauthier et Léon Therrien) sont implantés à la croisée du chemin de la Grande Ligne. Ce regroupement forme l'embryon du village de La Plaine.

Au cours des années 1860 et 1870, le fief connaît de nombreuses subdivisions et transactions. C'est d'ailleurs à cette époque que s'implantent les premiers habitants dans ce qui devient le rang Sainte-Claire; fait à noter, le rang comprend seulement la partie sud du fief Sainte-Claire, il ne faut pas confondre les deux appellations.

Une référence spatiale

Au moment des pourparlers visant la création de la paroisse, dans les années 1910, le fief Sainte-Claire est encore une entité géographique tangible. C'est d'ailleurs cette zone qui sera retenue pour être détachée de Sainte-Anne-des-Plaines, en vue de former la nouvelle municipalité de la paroisse de Saint-Joachim-de-La Plaine, en 1922. C'est comme si cette partie de territoire a toujours représenté, culturellement du moins, une entité distincte de Sainte-Anne-des-Plaines!

On reconnaît facilement, encore aujourd'hui, le fief Sainte-Claire, puisqu'il représente la partie de La Plaine située entre le boulevard Laurier et les lignes à haute tension d'Hydro-Québec.                                                        

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Sources: Plusieurs actes issus des greffes Raimbaults (fils), Danré de Blanzy, Antoine Foucher et Fonds Henri Masson.

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