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UN BRIN D'HISTOIRE
Le carême brisé, peinture de Cornélius Krieghoff, 1848. Le curé vient d’entrer à l’improviste et surprend cette famille en train de manger en plein carême. (Source : http://joyner.waddingtons.ca)

UN BRIN D'HISTOIRE

Par Claude Martel, géographe-historien

Mardi 15 mars 2011

Le carême d'antan

Voici des extraits d'un texte que m'avait transmis, en 1982, l'abbé Bernard Corbin, alors curé retraité de Lachenaie. Il évoque bien les rituels et toute la signification spirituelle que représentait la période du carême dans la vie de nos ancêtres. Le concile de Vatican II (1962-1965) mit un terme à ces rites.

  

Se préparer à la grande fête

Pour bien célébrer la grande fête de Pâques, il fallait s'y préparer pendant une longue période de temps dans le jeûne, l'abstinence, la prière, la mortification, par une fréquentation plus assidue de la messe et des sacrements, comme l'assistance à la messe tous les matins du carême. Il s'agissait d'une période de conversion et de rajeunissement du cœur. D'une durée de 40 jours, le carême s'étendait du mercredi des Cendres au dimanche de Pâques.

Le dimanche qui précédait cette ouverture du carême, le curé ne manquait pas de rappeler à ses ouailles ce que tout bon chrétien devait pratiquer. Il remettait en mémoire surtout deux commandements de l'Église, soit le 5e : «quatre-temps, vigiles jeûneras et le carême entièrement», puis le 6e : «vendredi chair ne mangeras ni jours défendus mêmement».

La renommée de bons vivants qui caractérisaient nos ancêtres se manifestait ouvertement dans ce temps du carnaval. En voyant approcher ce temps d'austérité avec un enthousiasme mitigé, il fallait faire provision des bonnes choses de la vie, prendre des forces avant cette traversée assez longue de pénitence, de mortification, d'où les soirées de grands bals costumés, excès de boisson et débordements de mœurs. Ce temps de laisser-aller plus que frivole et «catastrophique autant pour l'âme que pour le corps» se terminait le Mardi gras au soir, veille du carême. C'était le temps du carnaval qui prenait fin. Le lendemain commençait le carême par une cérémonie toute spéciale, appelée cérémonie du mercredi des Cendres.

C'était aussi le temps de la guerre aux mauvaises habitudes; la liste des privations qui s'allongeait, le moment des bonnes résolutions qu'il fallait prendre. L'insistance de l'Église à convier au jeûne durant un si long temps tous les chrétiens âgés de 21 à 59 ans accomplis peut nous sembler aujourd'hui plutôt étonnante.

Quatre-temps, vigiles jeûneras et le carême entièrement

Il fallait se priver assez substantiellement de nourriture solide au déjeuner et au souper et ne prendre qu'un seul bon repas de viande, principalement au dîner. Les plus généreux y ajoutaient la privation de tout dessert, de tout mets sucré. Bien entendu, aucune nourriture n'était permise entre les repas, le temps de la collation, de la pause-café passait en fumée. Même les enfants se privaient de sucreries. On attendait avec fébrilité le jour de Pâques pour se sucrer le bec.

Vendredi chair ne mangeras ni jours défendus mêmement

Tous les mercredis et vendredis du carême, aucun repas de viande ou de jus de viande n'était permis : ce que l'on appelait «les jours maigres». Aux autres jours de la semaine, viande et jus de viande ne pouvaient être servis qu'à un seul repas, au choix : c'était «les jours gras». Les enfants, les personnes malades, les travailleurs au rude métier n'étaient pas tenus d'observer ce 6e commandement de l'Église, mais il fallait y remédier par d'autres privations. Le poisson trouvait sa place grandement sur la table de cuisine, de même que les œufs.

Aumône et retraite

Complément nécessaire à la prière et à la pénitence, l'aumône du carême était fortement recommandée : pour ce faire, un tronc installé à l'arrière de l'église invitait les paroissiens à donner cette «Aumône du Carême».

Souvent, vers le milieu du carême avaient lieu des retraites dites paroissiales. Dans chacune des paroisses, on avait invité, longtemps à l'avance, des prédicateurs étrangers, souvent des religieux de différentes communautés. Dans les paroisses les plus nombreuses, on y allait parfois de trois groupes de retraites. Une semaine de prédication était réservée aux hommes mariés, une autre aux mères de famille, une troisième aux jeunes gens. Là commençait le grand ménage des consciences. Souvent, ces retraites attiraient un grand nombre de paroissiens, surtout si les prédicateurs avaient le don de secouer jusqu'aux plus endurcis par des paroles, des exemples terrifiants jusqu'à faire descendre du ciel les foudres, la colère de Dieu, jusqu'à faire sortir du purgatoire les âmes des défunts qui reposaient au cimetière paroissial. Les grandes «vérités» de la religion catholique étaient traitées de préférence : ciel, purgatoire, enfer, mort. Les devoirs du chrétien étaient fortement rappelés : devoir d'état, éducation, blasphèmes, boisson, sorties, relations conjugales. Certains soirs de prédications étaient lugubres : les gens sortaient de l'église la peur dans l'âme. C'était véritablement le «grand ménage» de l'année.

Les prêtes constataient le résultat bénéfique de ces retraites par une affluence inaccoutumée de pénitents au confessionnal; c'était à vrai dire un assaut sans précédent contre les forces du mal, car des séances de confession interminables se prolongeaient tard dans la soirée.

Faire ses Pâques

Il faut se rappeler un autre commandement de l'Église, le 4e : «Ton créateur, tu recevras au moins à Pâques humblement». Tout chrétien devait s'approcher de la sainte table dans sa paroisse une fois l'an et spécialement durant cette période du mercredi des Cendres au dimanche de la Quasimodo, soit le dimanche après Pâques. Tout ce branle-bas de pénitence, de mortifications, de prières, de privations, d'obligations, de résolutions demandées par l'Église nous semble aujourd'hui exagéré, voir insensé. Il permettait néanmoins d'effectuer une bonne diète au cœur d'une période hivernale ou la majorité de la population agricole était peu active.

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Source :

Claude Martel et all : «Lachenaie 300 ans d'histoire à découvrir 1683-1983», pp. 249-251.

2018-01-16 au 12-31 Monde à Vie CEL

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