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UN BRIN D'HISTOIRE
Le petit catéchisme de 1847.

UN BRIN D'HISTOIRE

par Claude Martel, géographe-historien

Mardi 26 juillet 2011

Le petit catéchisme

Vous avez été nombreux à me faire part de vos commentaires sur l'article «Avez-vous oublié vos prières»; ceux-ci sont appréciés. Ces prières prenaient place dans un petit guide appelé «Le petit catéchisme». Il était produit par nos évêques et servait à l'enseignement religieux.

Avez-vous «marché au petit catéchisme»? Si vous avez moins de 50 ans, ce n'est pas le cas. Disparu avec le concile de Vatican II (1962-1965), ce document constituait bien plus qu'un manuel de catéchèse; dans les faits, son contenu déterminait le cadre moral de la société québécoise. En d'autres mots, il formait un code de vie dans une société qui était foncièrement très religieuse.

Le concile de Trente

Au terme de ce concile, en 1563, le Vatican instituait le catéchisme paroissial afin de «fustiger l'ignorance religieuse» de la population. «Les Évêques auront soin qu'au moins les dimanches et fêtes, dans chaque paroisse, ceux que cela concerne mettent toute leur diligence à enseigner aux enfants les rudiments de la foi et de l'obéissance qu'ils doivent à Dieu et à leurs parents; s'il est nécessaire, qu'ils les y contraignent même par les censures ecclésiastiques.»

L'histoire du petit catéchisme au Québec

C'est en 1702 que Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec (et de la Nouvelle-France), écrit la première version du «Catéchisme du diocèse de Québec». L'objectif était de produire un manuel à l'intention des prêtres, présentant une synthèse des «plus importantes vérités et maximes de la religion, que tous chrétiens doivent savoir et pratiquer». En 1777, le clergé impose aux curés de faire le catéchisme dans leur paroisse. Mgr Briand écrivait à ce propos : «c'est de l'instruction des enfants que dépend principalement la conservation de la foi et des bonnes mœurs». Aussi, le manuel innovait davantage en voulant unifier la catéchèse de tous les catholiques francophones du Canada. Dans ce contexte, l'évêque oblige les enseignants à faire le catéchisme régulièrement, au moins deux fois par semaine.

Toutefois, le manque de prêtres et la quasi-absence d'écoles au pays firent en sorte que les curés déploraient souvent l'ignorance religieuse des jeunes. Comme ils se fiaient sur la transmission familiale, les résultats étaient souvent de piètre qualité. C'est le développement du réseau scolaire, au milieu des années 1800, qui va permettre d'améliorer l'enseignement religieux. Le petit catéchisme devient donc un manuel dont le contenu devait être appris par cœur afin de pouvoir «faire sa première communion», ce qui se produisait autrefois vers l'âge de 10 ou 11 ans.

Puisque les jeunes «maîtresses d'école» laïque maîtrisaient peu la théologie, c'est bien souvent le curé qui voyait à parfaire et à expliquer le contenu du petit catéchisme. La présence de religieuses ou religieux enseignants était donc une bénédiction pour un curé! En 1943, l'enseignement du catéchisme devient uniquement de compétence scolaire.

Le contenu du petit catéchisme

Au fil des versions, le contenu des textes se modifie, mais surtout, l'on voit l'ajout de plusieurs articles. Édité sous format de poche, le manuel commence par un recueil des principales prières, versions française et latine, suivi du catalogue des fêtes d'obligation, des jours de jeûne et d'abstinence. L'essentiel du contenu se présente sous forme de questions et réponses, qui permettent d'apprendre la doctrine et la morale catholique. L'édition de 1944 compte 41 chapitres, composés de 519 articles; soit 11 de plus que celle de 1888. Ces derniers articles abordent la doctrine sociale de l'Église, favorisant un discours de paix entre les nations, la solidarité syndicale des ouvriers, condamnant le libéralisme économique (et ses effets) ainsi que le socialisme économique. Voici une sélection de quelques articles qui donnent le ton au contenu de ce document :

 

1 Qui est le créateur du monde? Dieu est le créateur du ciel et de la terre et de toutes choses visibles et invisibles.

  

10 Qu'est-ce que Dieu? Dieu est un esprit infiniment parfait.

  

58 Quelles sont les principales sources du péché? Ce sont l'orgueil, l'avarice, l'impureté, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse. On les appelle communément péchés capitaux.

  

226 Quand notre confession est-elle humble? Quand nous nous accusons de nos péchés avec un profond sentiment de honte et de douleur d'avoir offensé Dieu.

  

302 Que doit-on penser des personnes qui ne sont mariées que civilement? Elles sont dans l'habitude du péché mortel et leur union n'est pas légitime devant Dieu, parce qu'elle n'est pas faite selon les lois de l'Église.

  

439 De quelle manière retient-on injustement le bien d'autrui? En ne payant pas ses dettes quand on peut le faire, en ne rendant pas un objet confié ou prêté; en gardant une chose trouvée sans s'informer à qui elle appartient.

  

488 Qu'est-ce que l'enfer? L'enfer est un lieu de supplice, où ceux qui sont morts en état de péché mortel sont privés de la vue de Dieu pour toujours, et souffrent des tourments épouvantables et éternels.

  

498 Que doit faire un chrétien tous les jours de sa vie? Pour vivre sainement un chrétien doit, tous les jours de sa vie :

1- En s'éveillant, le matin, faire le signe de la croix, et dire : Mon Dieu, je vous donne mon cœur;

2- Après s'être habillé modestement, se mettre à genoux et faire la prière du matin;

3- Entendre la messe, s'il le peut commodément;

4- Vaquer aux occupations auxquelles son état l'appelle;

5- Prendre ses repas avec sobriété et tempérance, ayant soin de dire le Bénédicité et les Grâces;

6- Assister les pauvres, selon son moyen;

7- Faire, à la fin de la journée, et en famille autant qu'il peut, l'examen de conscience et la prière du soir.

  

516 L'Église accepte-t-elle la violence? L'Église condamne la violence comme moyen de corriger les injustices sociales et préconise plutôt l'amour. Elle condamne aussi la violence des injustices sociales elles-mêmes.

 

Après un demi-siècle d'abandon du petit catéchisme, la majorité des articles qui composent ce manuel nous font, à tout le moins, sourire. Bien peu de gens se reconnaissent aujourd'hui dans ce discours. Toutefois, la lecture du document nous présente encore de nombreuses références culturelles, signe tangible que nous sommes encore une société d'héritage chrétien.

 

_________________________

Sources :

Le Petit Catéchisme du Diocèse de Québec, Montréal 1847.

Le catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa, Québec 1944.

Rousseau (Louis), Remiggi (Frank W.) (1998). Atlas des pratiques religieuses - Le Sud-Ouest du Québec au XIXe siècle, Les presses de l'Université d'Ottawa.

Courville (Serge), Séguin (Normand) (2001). Atlas historique du Québec - La paroisse, Les Presses de l'Université Laval.

12 septembre 2017 La Cremiere cell

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