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Un brin d'histoire
Localisation des premiers colons de Terrebonne en 1710. (Carte : Claude Martel)

Un brin d'histoire

Claude Martel

Mardi 7 juillet 2015

Louis Lecompte Dupré (1654-1715)


Huit ans après la création de la seigneurie de «Terbonne» par Daulier Deslandes, c’est à Louis Lecompte Dupré qu’incombe la tâche de développer l’endroit et d’y établir des colons. Le 26 octobre 1681, Dupré devient le deuxième seigneur de Terrebonne.

 

Ses origines

Louis Dupré dit Le Conte (ou Lecompte) est le fils de Charles Le Conte et d’Anne Delfosse. Il voit le jour en 1654 à Pouzaugues, en Vendée. On ignore la date de son arrivée en Nouvelle-France, toutefois, en 1672, il est agriculteur à Bécancour, il n’a alors que 18 ans. Sept ans plus tard, il traverse le fleuve et s’installe à Champlain.

Acquisition de la seigneurie

Il appert que Dupré n’œuvre pas qu’en agriculture, il s’intéresse au commerce et semble avoir accumulé un peu d’argent. Lorsqu’il apprend que la seigneurie de Daulier Deslandes est à vendre, il s’empresse de rencontrer Charles Aubert deLa Chesnaye, qui agit ici comme vendeur au nom de Daulier, lequel est resté en France. Le prix de vente étant jugé convenable (500 livres), Dupré ne tarde pas à signer l’acte d’achat de la seigneurie de Terrebonne, devant le notaire Duquet, à Québec.

Le sens des affaires

Notre jeune seigneur, âgé de 27 ans, semble avoir demeuré sur sa terre de Champlain. En 1683, il déménage à Montréal, où il épouse, le 4 août, Marie-Catherine de Saint-Georges. Son titre de seigneur de Terrebonne de même que son mariage avec Marie-Catherine contribuent à hausser son rang dans la petite bourgeoisie montréalaise. Et pour cause, Marie-Catherine est la fille d’Adrien Saint-Georges, écuyer, garde du corps du roi. Dupré délaisse alors l’agriculture et ne tarde pas à devenir un bourgeois important de Montréal, œuvrant à titre de marchand en gros, notamment dans les pelleteries. Il est bien ancré dans la vie montréalaise et figure même au sein de l’élite. De 1684 à 1703, 16 enfants naissent du couple Dupré-St-Georges, dont quelques-uns meurent en bas âge. Les liens établis par le mariage de leurs enfants contribueront à améliorer les affaires de la famille.

En 1696, Dupré s’associe à Paul Lemoyne de Maricourt. Le contexte économique difficile, des lacunes administratives, puis le décès de Lemoyne se solderont par d’importantes pertes financières. Malgré cet épisode, Dupré jouit d’une certaine aisance financière; les nombreuses transactions effectuées après son décès le démontrent.

Le développement de la seigneurie

Les affaires de Dupré ne lui laissent peu de temps à consacrer au développement de la seigneurie de Terrebonne, qui n’est à l’époque qu’une vaste forêt à l’orée de la civilisation. En 1685, Dupré réalise que les limites qui séparent les seigneuries de Terrebonne et de Lachenaie ne sont pas claires, étant donné que la «ligne» fait une diagonale avec la limite des terres concédées du côté de Lachenaie. Ainsi, il mandate l’arpenteur Gilbert Barbier afin d’établir les bornes de sa seigneurie pour qu’il puisse par la suite y concéder des terres.

Toutefois, de 1684 à 1701, la région se trouve au cœur d’un grave conflit avec les Iroquois, si bien qu’aucun colon n’ose aller vivre dans cette contrée isolée. La guerre fut un frein important à la colonisation de Terrebonne, si bien que Dupré ne fit que son premier acte de Foi et hommage, à Québec, qu’en 1698. Il n’y a encore aucun colon établi sur le territoire.

Le traité de paix de 1701 donne l’élan à la colonisation de la seigneurie de Terrebonne. Mais encore une fois, Dupré est trop occupé à ses affaires et accorde des terres verbalement à quelques colons, négligeant ainsi de confirmer ces titres de concessions et d’en percevoir les rentes afférentes. 

En 1707, Terrebonne compte 10 colons établis le long de la rivière. Ceux-ci réclament un moulin à farine; obligation que le seigneur Dupré ne remplissait pas. Ce moulin est nécessaire pour assurer la subsistance et l’approvisionnement en céréales des colons, mais Dupré n’y voit pas de rentabilité. L’affaire se transporte dans les mains de l’Intendant Jacques Raudot, qui, voyant la négligence de Dupré de respecter ses devoirs de seigneur, fut obligé d’accorder aux colons établis à Terrebonne le droit de construire eux-mêmes un moulin à farine. Toutefois, les pauvres colons ne disposent pas de la somme requise pour édifier un moulin; ce n’est qu’en 1714 que Dupré fait construire le premier moulin à farine dans la côte de Terrebonne. Il était en bois.

À la même période, Dupré semble prendre conscience de ses devoirs comme seigneur de Terrebonne. Outre la construction du moulin, il entreprend avec l’arpenteur Basset, les 13 et 15 novembre 1710, l’arpentage des terres qu’ils avaient accordées verbalement, question d’officialiser les limites des terres, mais également de recenser les colons de sa seigneurie et d’évaluer l’état du défrichement des terres. C’est également à partir de 1710 que Dupré entreprend d’officialiser les concessions des terres; en tout, 27 terres seront concédées entre 1710 et 1718.

Dupré profite de la seigneurie pour son propre agrément et celui de ses amis et clients. On remarque qu’il s’est créé des réserves de chasses et de pêches. Somme toute, l’héritage de Dupré à titre de deuxième seigneur de Terrebonne sera d’avoir mis en place le processus de colonisation, mais il ne parviendra pas à développer suffisamment sa seigneurie pour en faire une paroisse, y construire une chapelle, un manoir et y établir une communauté. Sous son «règne», les colons de Terrebonne dépendront de Lachenaie et de la chapelle de Saint-François-de-Sales, située à la pointe est de l’île Jésus.

Dupré meurt à Montréal le 13 juillet 1715 à l’âge de 61 ans. Son épouse maintient la gestion de la seigneurie pendant quelque temps, pour finalement la vendre, le 1er octobre 1718, à François-Marie Bouat, lieutenant-général de Montréal, pour la somme de5268 livres.

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Sources :

Masson, Henri (1982). «La Seigneurie de Terrebonne», pp. 30-61. 

Nish, Cameron (2000). «Dictionnaire biographique du Canada», volume II.

25 oct 2017 Pelican cell

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