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Un Brin d'histoire
Hazel Beatrice Kemp Colville vers la fin des années 1920. (Photo : SODAM, coll. Frances E. Ballantyne)

Un Brin d'histoire

Claude Martel

Vendredi 8 septembre 2017

Hazel Beatrice Kemp Colville, la millionnaire

La «millionnaire de Mascouche», c’était son surnom! Elle possédait une fortune indéniable et habitait le manoir seigneurial entre 1931 et 1954. C’était un personnage qui sortait de l’ordinaire, surtout pour l’époque, et elle était assurément un sujet de potinage dans la paroisse.

 

Une enfance dans la ouate

On ne peut parler de la vie d’Hazel sans présenter d’abord son père. Albert Edward Kemp est originaire de Clarenceville, en bordure du lac Champlain, mais il quitte sa famille jeune pour s’établir à Montréal où rapidement il se lance en affaires. En 1879, il épouse Celia Amanda Wilson. Le couple aura trois filles : Alice Irene, Florence E. et Hazel Beatrice. En 1885, la famille déménage à Toronto et Kemp ne tarde pas à se faire un nom et surtout un cercle d’influence dans le monde des affaires de la ville reine.

Pour sa part, Hazel naît le 12 mai 1889, à Toronto. Dès qu’elle atteint ses 11 ans, son père se fait élire député fédéral conservateur et devient un important ministre de la Défense. En 1902, la famille emménage dans un château de 24 pièces, Castel Frank, où se tiennent des réceptions mondaines qui attirent l’aristocratie canadienne. La jeune femme devient l’une des jeunes Torontoises les plus en vue du jet set et s’intègre rapidement au sein de l’élite canadienne du temps. Fait à noter, elle est la première fille détentrice d’un permis de conduire dans la capitale ontarienne!

Qui prend mari prend pays!

Au printemps 1912, Hazel épouse Francis Chattan Stephens, le fils d’un riche marchand de Montréal. Le couple s’établit à Montréal. Ils ont deux enfants, Frances Elizabeth (1912) et John Harrison (1913). Francis est courtier en valeurs mobilières à la Bourse de Montréal, mais aussi réserviste dans le 5th Royal Highlanders (Black Watch), si bien qu’il s’enrôle lors du déclenchement de la Première Guerre, en 1914.

Au printemps 1915, elle part avec sa fille en Angleterre afin de rejoindre son mari, qui a été blessé sur un champ de bataille. Sa belle-mère, qui a la garde de son fils, décide de leur faire une surprise et s’embarque à bord du Lusitania. Mais le 7 mai, le navire est torpillé par un sous-marin allemand, entraînant la mort tragique des occupants. La famille est rapatriée au Canada, mais Francis meurt de la grippe espagnole en 1918, soit 10 jours avant d’atteindre ses 31 ans.

Madame Colville

Entretemps, son père est anobli par la Couronne britannique, en 1917; Sir Kemp passa trois ans en Angleterre. Il signe d’ailleurs, au nom du Canada, le traité de paix avec l’Autriche en 1919, puis devient sénateur en 1921. Pour sa part, Hazel épouse, en janvier 1920, Arthur Boucher Colville, militaire, puis conseiller juridique à la compagnie d’assurance Sun Life, où il fait fortune. Il est également nommé conseiller du roi. Ils forment un couple de bons vivants. Le couple voyage beaucoup et passe une partie de l’hiver en Europe.

Après des années de recherche et de quêtes spirituelles, d’études religieuses, Hazel se convertit au catholicisme en 1925. Sa fille fait de même deux ans plus tard. Malgré son côté de femme pleinement émancipée, féministe, elle demeure très pieuse, contribuant aux bonnes œuvres des Sœurs de la Providence de Mascouche.

Son père meurt en 1929 et laisse à ses descendants une petite fortune évaluée à 8 millions de dollars. À la même époque, Hazel met la main sur le livre Vieux manoirs, veilles maisons, dans lequel elle découvre le manoir seigneurial de Mascouche, dont elle s’entiche. La famille Corbeil n’envisage pas de vendre le domaine, mais madame Colville se montre insistante!

Au manoir de Mascouche

En 1930, elle convainc les héritiers Corbeil et achète le domaine seigneurial de Mascouche pour 83 000 $. S’amorce alors un grand chantier de restauration afin d’en faire une gentilhommière d’inspiration normande. Elle fait importer des meubles de France et d’Angleterre et achète même de grandes grilles en fer forgé provenant d’un château de Normandie. Bref, la restauration mérite un prix d’architecture et l’endroit devient un lieu de villégiature bourgeois.

Malheureusement, Arthur B. Colville meurt d’un cancer de la gorge pendant les travaux; Hazel hérite de tous ses biens. En avril 1932, elle devient la «blonde» d’une vieille connaissance qu’elle appelle affectueusement «Arbie»; la nouvelle fait bien jaser, car il s’agit en fait de Richard B. Bennett, premier ministre du Canada, qui est de 19 ans son aîné. Ce dernier vient la visiter les fins de semaine au manoir de Mascouche. Les deux étant de religions différentes, cela provoque un obstacle au futur mariage. Bennett reproche à Hazel son côté un peu trop femme du monde, joueuse de bridge et fumeuse invétérée. Le couple se brise lors d’une dispute en 1934. Au cours la même année, Mme Colville achète une maison à Ville Mont-Royal, mais séjourne principalement à Mascouche, bien qu’elle passe encore ses hivers en Italie. Elle fait même le tour du monde à bord de l’Empress of Britain.

En 1939, elle achète une propriété aux Bahamas où elle joue au bridge avec le duc de Windsor, qui est aussi le gouverneur des îles. Ce contact avec la famille royale explique probablement qu’à la fin d’octobre 1940, le manoir accueille la famille de la grande duchesse Charlotte du Luxembourg, qui y séjourne jusqu’au 8 janvier 1941. Souffrant d’emphysème pulmonaire, elle achète en 1950 une maison en Floride, passant moins de temps à Mascouche. En 1954, à l’âge de 65 ans, elle se départit du domaine seigneurial au profit des Frères de Saint-Gabriel, qui en feront un juvénat. Elle s’installe par la suite dans une demeure en bordure du lac Saint-Louis, à Léry, près de Châteauguay. C’est là qu’elle rend l’âme le 26 octobre 1961. Sa dépouille est inhumée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

 

Sources : Jean-Claude Coutu (2006), La millionnaire de Mascouche, Ed. SODAM.

17 decembre 2017 Sports Expert cell

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