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Un Brin d'histoire
Les zones à potentiel archéologique environnant le Domaine seigneurial de Mascouche. (Claude Martel)

Un Brin d'histoire

Claude Martel

Vendredi 15 septembre 2017

Le site archéologique BkFj-5 à Mascouche

Des fouilles archéologiques réalisées en 1986 par la firme Ethnoscop ont permis de retracer la présence d’un campement amérindien vers l’an 900 à 1000 de notre ère, près du Manoir seigneurial de Mascouche. Voici ce que nous ont révélé ces fouilles.

 

Pourquoi BkFj-5?

Convenons que ce n’est pas très significatif comme nom, toutefois, il s’agit ici d’une convention en archéologie où l’on utilise le Code Borden afin d’identifier chacun des sites archéologiques. Ce système attribué par Charles E. Borden, en 1952, permet de classifier les sites au moyen d'un code d'après leur position géographique, selon leur latitude et leur longitude.

Un site stratégique

À la hauteur du Domaine seigneurial de Mascouche, les «eaux» ont percé une petite vallée afin d’atteindre la grande plaine. L’altitude passe ici de 54 à 22 mètres au-dessus du niveau de la mer, provoquant une «cassure» où s’écoule la rivière Mascouche, entre le plateau de Terrebonne et la plaine de L’Assomption, où s’élevait le village de Mascouche. Au temps des premiers occupants du territoire, le site présentait une succession de rapides qui obligeait ceux qui empruntaient la rivière à s’y arrêter; on devine bien qu’au pied des rapides, le site était propice à la pêche. D’ailleurs, lors de l’inventaire des potentiels archéologiques du domaine, les experts ont évalué que le site compte dix zones présentant des potentiels archéologiques. La carte ci-jointe en témoigne.

Les fouilles

Le site archéologique qui nous intéresse particulièrement est situé en bordure de la rivière dans la zone où se trouvait la fin des eaux vives. Une petite plaine alluviale conférait à l’endroit un potentiel agricole élevé. Rappelons également que les premiers colons du secteur vont appeler l’endroit du nom de «Mascouche Rapids».

Les fouilles archéologiques sont faites de façon très méthodique. Ici, des sondages exploratoires ont été effectués sous forme de carrés où l’on excave en profondeur. Les sondages pratiqués le long de la rivière se sont avérés très concluants. D’abord, l’examen attentif du talus a révélé la présence de tessons de céramique amérindienne à 81 centimètres sous la surface du sol. La présence d’un site archéologique préhistorique à une telle profondeur illustre l’ampleur du processus d’alluvionnement qui a marqué l’évolution de la rive. Ce processus a entraîné l’accumulation de près d’un mètre de sédiments au-dessus du niveau correspondant à la surface du sol, il y a 1 000 ans.

L’examen attentif des lieux, du talus d’érosion de la berge, ainsi que l’excavation des sondages exploratoires a permis, lors des fouilles de 1986, de mettre à jour 94 fragments d’artéfacts et d’écofacts comprenant surtout des ossements (38), des tessons de poteries amérindiennes (18) et des graines (15) conservés dans le sol. On trouva également trois fragments de pierre granitique qui sont des plus intéressants, car ce type de pierre ne se retrouve pas à l’état naturel dans la région, ce qui implique qu’ils ont été importés probablement à la suite de nombreux échanges que les Premières Nations d’ici avaient avec d’autres nations du centre et du nord de l’Amérique du Nord. Quant à la collection de céramique, ces fragments proviennent probablement de trois ou quatre vases distincts. Les vases ont été décorés avec un motif de bande horizontale comprenant des impressions au bâton ficelé obliques vers la droite. Le second vase présente sans aucun doute des traces de cuisson des aliments, car une couche relativement épaisse de matière carbonisée recouvre en partie sa paroi intérieure.

Les fouilles n’avaient pas permis de récolter suffisamment de matière organique pour une datation au carbone 14, toutefois certains artéfacts similaires récoltés dans le grand Montréal permettent d’affirmer que le site aurait été occupé de façon intermittente depuis les derniers 4 000 ans. Les objets retrouvés à Mascouche concordent avec ceux que l’on retrouve à la période du Sylvicole moyen (2 500 à 1 000 ans avant aujourd’hui). Un des sites sondés présente un lieu d’établissement plus stable et utilisé de façon prolongée à partir de l’an 900 de notre ère. Ainsi, tous ces indices laissent à penser que ce site archéologique appartient à la phase tardive du Sylvicole moyen (entre 900 et 1000). Des études et des fouilles archéologiques plus poussées permettraient d’en apprendre davantage sur l’utilisation des lieux.

Pour l’instant, on peut émettre l’hypothèse que le site occupait une situation stratégique en raison des rapides qui s’y trouvaient et que cette dénivellation commandait certainement l’emprunt d’un sentier de portage à tous ceux qui naviguaient sur la rivière. Ce lieu d’arrêt forcé a probablement favorisé l’établissement de haltes ou de campements temporaires, principalement sur la petite terrasse formant une petite plaine intérieure, au pied des rapides. La présence de restes culinaires osseux provenant de gros gibiers indique que des activités d’exploitation de la faune terrestre ont eu lieu dans les environs.

Les fouilles de 1986 ont été plutôt sommaires et d’éventuelles recherches archéologiques sur le domaine seigneurial pourront sûrement nous en apprendre beaucoup plus sur la préhistoire de notre région.    

Activité illégale

Cependant, attention, le but de cette chronique est de vous sensibiliser à la richesse historique et archéologique que recèle le secteur du domaine seigneurial. On vous prévient qu’il est totalement illégal de «jouer les Indiana Jones». D’ailleurs, même les archéologues doivent préalablement obtenir un permis du ministère de la Culture avant d’effectuer des fouilles. L’archéologie est une science et l’on ne peut s’improviser archéologue. Si jamais, au gré d’une promenade, vous trouvez un artéfact ou un objet qui semble ancien, avisez l’hôtel de ville de l’endroit ou le ministère de la Culture.

 

Sources : Ethnoscop (1987), Évaluation patrimoniale du Domaine de Mascouche – Rapport d’expertise Tome 1, ministère des Affaires culturelles, Ville de Mascouche. Fonds de recherche de l’auteur.

25 mai 2018 Implantologie cell

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