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Un Brin d'histoire
Extrait de la carte de Joseph Bouchette de 1831 présentant la région environnante de Lachenaie. (Coll. numérique BAnQ)

Un Brin d'histoire

Claude Martel

Vendredi 13 octobre 2017

Lachenaie en 1831

Le recensement de 1831 est riche en informations et permet de dresser un portrait de la population lachenoise de l’époque. Il comprend la liste des chefs de famille, le nombre de personnes par famille, par groupe d’âge, la confession religieuse, le nombre d’employés, et de nombreux détails sur la production agricole et industrielle. Voici donc un portrait de Lachenaie en 1831.

 

La population

Si les données du recensement officiel donnent une population de 1 118 habitants, l’analyse du recensement nous présente 1 068 habitants auxquels s’ajoutent les 62 serviteurs employés comme fermiers, ce qui porterait le nombre à 1 130 habitants. Quoi qu’il en soit, ce qui nous frappe, c’est l’importante croissance démographique que connaît Lachenaie en ce début de XIXe siècle. En effet, la population de la paroisse n’était que de 542 habitants au recensement de 1790, c’est donc qu’elle a doublé en 40 ans. D’ailleurs, elle demeure stable jusqu’au milieu des années 1840, après quoi elle décroît tout autant jusqu’au milieu du XXe siècle. Toute la population est catholique, hormis 14 méthodistes qui habitent le hameau de la traverse du Bout-de-l’Île (Charlemagne).

Cette forte croissance démographique provoque une surpopulation dans les seigneuries de la vallée du Saint-Laurent, ce qui est particulièrement le cas à Lachenaie. Le manque de nouvelles terres cultivables fait en sorte que la jeune génération peine à trouver des lots pour établir ses familles. Si certains s’exilent dans les cantons, au nord, plusieurs décident de demeurer à Lachenaie, ce qui a comme conséquence une densification de l’habitat. D’ailleurs, on retrouve en moyenne deux maisons par terre, amenant davantage de journaliers disposant de compétences dans le monde agricole. D’autres se spécialisent en pratiquant les métiers de menuisier, de forgeron, de tanneur ou d’aubergiste. On compte maintenant deux magasins au cœur de la paroisse.

Le village

Cette situation provoque une mutation du monde rural qui se traduit, principalement entre 1815 et 1831, par l’apparition de quelque 200 villages au Québec; Lachenaie s’inscrit dans ce courant. Bon nombre de gens dépourvus de terres vont préférer se concentrer autour de l’église afin de constituer une masse critique de services. Aussi, plusieurs deviennent locataires de petites maisons de bois. Si les premiers morcellements de terrains apparaissent autour de l’église au tout début des années 1800, l’arpenteur général du Bas-Canada, Joseph Bouchette, mentionne en 1815 qu’il n’y a pas de village à Lachenaie. Dans la région immédiate, seuls Terrebonne et L’Assomption en sont dotés.

C’est donc que la situation change radicalement dans la décennie qui suit, car au recensement de 1825, au moins 34 familles habitent dans un rayon de 500 mètres de l’église, ce qui prouve l’existence d’un village récemment formé. D’ailleurs, la marchande Marguerite Morin, qui tenait un petit magasin près de la montée Dumais, déménage près de l’église en 1822. Au recensement de 1831, le village de Lachenaie compte 320 habitants (57 familles), soit 28 % de la population sise entre les adresses actuelles 3060 et 3615, chemin Saint-Charles. On y retrouve deux marchands, trois menuisiers, un forgeron et un tanneur, en plus du curé et de son bedeau, Benjamin Galarneau.

L’activité économique

Parmi les 183 «chefs» de famille recensés, 51 se déclarent agriculteurs, 20 sont des fermiers (locataires de terres), 62 serviteurs employés à la ferme, ainsi que 66 journaliers dont la grande majorité œuvre comme ouvriers agricoles. On peut donc facilement conclure que l’agriculture est l’activité prédominante à Lachenaie, occupant environ 75 % de la population. La présence de 20 fermiers s’explique du fait que Lachenaie compte plusieurs grands propriétaires terriens, Jean-Marie Mathieu possède 1 400 arpents, Jean-Marie Rochon, 900, et Louis-Charles Beaumont, 446, pour ne nommer que ces principaux propriétaires. Fait à noter, on retrouve une majorité de locataires, soit 98 contre 84 propriétaires. Il y a donc une grande mobilité de population.

Outre le village en pleine croissance, on retrouve trois petits points de services sur le territoire, soit à la hauteur de la montée Dumais où se concentrent les aubergistes Antoine Omet dit Dumais et Étienne Mathieu; puis à la sortie de la traverse de Lachenaie (actuelle rue Bissonnette) où, près du traversier d’Amable Dupras, se trouve l’auberge d’Antoine Gariépy; puis, à l’extrémité est, autour du «château» de Bonaventure Panet, où se trouve le petit hameau du Bout-de-l’Île qui allait, plus tard, former le village de Charlemagne. On y trouve la traverse de Louis Therrien et les auberges d’Amable Lafontaine et André Lesiège.

Les notables

Le curé Louis Gagné (1829 à 1838) voit au bien-être moral de ses paroissiens. Sur le plan civil, il n’y a pas encore de municipalité, c’est le seigneur John Pangman qui fait autorité, mais concrètement, le député Jean-Marie Rochon est un leader dans la communauté. Les bourgeois Jean-Marie Mathieu, Bonaventure Panet, Louis-Charles Beaumont, Ernest Wilhelmy, Jean Vienne, Eustache Martel-Vienne et la seigneuresse Vienne (du fief Martel) influent sur les destinées de la communauté. L’arpenteur Charles Laurier est également un personnage qui se distingue, notamment par son génie créatif.  

Les marchands et artisans

On retrouve deux marchands au village, Marguerite Morin et Denis Berthelet, ce dernier est aussi négociant et un acteur influent dans la communauté. Du côté des artisans, la paroisse compte quatre forgerons, Étienne Contant, Joachim Laurier, Louis Beaudoin et Louis Lecourt; quatre menuisiers, Charles Vaillancourt, Pierre Lecourt, Maurice Malo et Pierre Charbonneau; ainsi qu’un tanneur, Bazile Bro dit Pomminville.

Les enjeux

Deux dossiers occupent les Lachenois en 1831, soit la mise sur pied de la première école de la Fabrique, voisine de l’église, et le projet d’érection canonique de la paroisse.

Les familles

Enfin, quelques familles s’illustrent en nombre, ce sont les familles Laurier (12), Mathieu (9), Contant (7), Dupras (6), Charbonneau (6), Allard (5), Rochon (4), Gratton (4), Vaillancourt (4), Lecourt (4) et Therrien (4).

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Sources : Recensement de 1831 pour Lachenaie et Fonds de recherche de l’auteur.

1 an Brisson 2018

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