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VOICI, VOILÀ - UNE AFFAIRE, UNE AUTRE, par Marie-France Despatis

Mardi 16 août 2005

Chronique tonique, un brin éclectique, un tantinet philosophique, en masse humoristique et un fétu ironique.

Pensée

Quand le puits est à sec, on sait ce que vaut l’eau. (Panckouke, 1749)

Des eaux et des bas

En fin de compte, "tout est mathématique", me nargue souvent mon compagnon, Normand, s’adressant à la pro-spirituelle en moi. J’avoue que dans le cas de la pénurie d’eau potable sinon d’eau tout court, je lui donne tout à fait raison.

En jasant de l’affaire avec le rédac’ en chef, Éric Ladouceur, la semaine dernière, nous tentions de cerner la problématique du manque d’eau sous divers angles. La sécheresse et le bris d’un filtre à l’usine de filtration, et les arroseurs maniaques de gazon vert sont bel et bien en cause, mais il y avait aussi un autre élément; nous avons trouvé. Placés devant l’écran nous montrant les pages de la prochaine édition, nous avons aperçu un beau tableau en page A-16. Accompagné d’un article et coiffé du titre triomphant "Terrebonne, la leader; Mascouche, bonne 4e", le tableau nous informe que l’on a construit 833 nouveaux logements à Terrebonne et 359 à Mascouche, ce qui, sur la Rive-Nord, fait remporter ces titres à nos villes.

Oh ! oui, il faut préciser que ces 1 192 logements se sont bâtis en six mois seulement!

Éric et moi, on se rappelle que notre propre distribution à La Revue au cours de la dernière année est passée de 48 300 à 50 300, ce qui nous donne en un an et demi 3 192 nouvelles portes où les tuyaux d’aqueduc se sont rendus. Les chantepleures dans la maison desservent au minimum 6 384 nouvelles gorges assoiffées consommant 19 152 verres d’eau par jour, 6 384 corps à doucher par jour, 19 152 assiettes à laver par jour, plus on ne sait combien de pièces de linge dans la laveuse par semaine, de plantes vertes, de planchers et de comptoirs de cuisine salis, etc., etc., etc. Ayoye! Si on ajoute l’extérieur avec gazon, fleurs, piscine, auto(s), nos 3 192 nouvelles portes avec leurs deux occupants gonflent les chiffres de consommation de manière diluvienne.

La popularité de la région des Moulins inspire de la grosse fierté chez nos élus et une bonne partie des citoyens. On se pète les bretelles de séduire et d’attirer chez nous des milliers de gens qui veulent vivre notre "histoire de vie" ou qui disent de plus en plus "oui". Mais il y a un prix à payer. On débourse en temps d’attente sur l’autoroute le matin, en urgence d’hôpital qui déborde, en pollution d’air, en forêts décimées et aussi en or liquide.

Je ne dis pas qu’il faut arrêter tout ça. Cependant, il va falloir que la démographie et les prévisions démographiques soient utilisées avant que les pénuries nous coûtent plus que ce que le pseudo-progrès nous rapporte. En matière de consommation d’eau potable par exemple, je crois qu’il est plus que temps d’avoir des compteurs d’eau. Il y a une vingtaine d’années, en tant que journaliste, j’avais produit un dossier sur le sujet. Appelés à m’indiquer les chiffres de consommation avant et après les compteurs d’eau, les régisseurs d’usines de filtration de trois villes de même dimension que la région l’était dans le temps, étaient invariables dans leurs réponses : quatre fois moins! J’avais réalisé ce dossier, car nous étions au bord de la catastrophe en alimentation d’eau potable, nous forçant à construire à grands coups de millions de dollars un agrandissement à l’usine de filtration. À l’encontre de toute logique, les élus du temps avaient déclaré que ce serait impossible de faire passer aux citoyens un 79 $ de coût de compteur d’eau impliquant de leurs dires en plus - ô effrayante perspective! - qu’ils étaient restreints dans leur arrosage de pelouse. J’avais bien compris entre parenthèses qu’à la veille de leurs élections, ils pensaient que c’était du suicide politique.

"Il ne faut pas dire : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau" commande le vieil adage. Ainsi, je redemande à nos maires et à leurs conseils municipaux, des hommes et des femmes que je considère lucides et conscients, préoccupés de qualité de vie plutôt que de quantité de citoyens nouveaux à accueillir, soucieux d’empêcher les pénuries d’eau potable autant que la pénurie de tranquillité, je demande donc de regarder du côté des compteurs d’eau avant de continuer à développer. Ce serait plus qu’une goutte d’eau qu’ils ajouteraient dans l’océan de bonheur qu’ils nous promettent.

Je m’espère "qu’il ne passera pas trop d’eau sous le pont" (de Terrebonne, je précise et j’insiste… car les mathématiques nous disent aussi que lorsqu’on ajoute une route ou une infrastructure routière, on ajoute à la facilité de se rendre d’un endroit à l’autre) avant qu’on y songe et qu’on abonde en faveur des compteurs d’eau.

25 mai 2018 Implantologie cell

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