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C’est forgeant qu’on devient forgeron

Mardi 15 janvier 2008

Pour certains, le bon vieux temps est évoqué avec nostalgie, tandis que pour d’autres, cette période révolue n’est qu’histoire. Pour rappeler de bons souvenirs aux plus vieux et pour instruire les plus jeunes sur le passé, La Revue vous présente cette semaine des métiers plus anciens en voie de disparition.

À cette devise, Hubert Renaud ne peut qu’adhérer. Pendant 60 ans, matin après matin, le forgeron de Mascouche s’exerçait au marteau et à l’enclume.

Karine Cousineau

Avant d’être forgeron, Hubert Renaud était fils de forgeron, et c’est avec beaucoup d’admiration qu’il regardait travailler son papa dans sa boutique de forge du chemin Saint-Henri à Mascouche. «Avec un marteau, une enclume et un bout de fer, il pouvait faire des merveilles», se remémore-t-il avec admiration.

Après avoir longuement regardé son père travailler, Hubert, alors âgé de 16 ans, enfile à son tour le tablier et apprend tranquillement son métier sous la supervision de son papa. «J’avais ça dans le sang», affirme-t-il.

Hubert Renaud se rappelle qu’à cette époque, il en coûtait 1 $ pour ferrer un cheval aux quatre pattes. «Nous avions une grosse clientèle. Les gens venaient de Mascouche, de L’Épiphanie, de Saint-Roch-de-L’Achigan et de Saint-Paul-L’Ermite pour faire ferrer leurs chevaux ici.»

Lefils du forgeron

De l’âge de 17 à 24 ans, Hubert Renaud remplace son père, tombé malade, à la boutique de forge. «Comme j’étais le plus vieux, je devais assurer la subsistance de la famille», raconte-t-il.

Si les gens viennent à la boutique de forge du Grand Coteau (ancienne appellation du chemin Saint-Henri) pour y faire ferrer leurs chevaux, plusieurs habitants du coin s’y rendent aussi pour y faire réparer leurs instruments aratoires. «On réparait n’importe quoi, mais on ne bourrait pas le monde. Si on pensait qu’on ne pouvait pas le faire, on le disait.»

Après avoir ferré à Mascouche pendant quelques années, Hubert Renaud a acquis expérience et réputation. Son expertise est reconnue, et c’est pourquoi il obtient un contrat à Blue Bonnets et à Duffrun à Toronto. Dorénavant, Hubert ferre des chevaux de course à raison de 300 bêtes par année. «Je faisais mes fers ici, dans mon atelier, puis je partais les installer», se souvient-il. L’arrivée de l’automobile ne lui a donc pas été néfaste. «J’ai toujours continué de gagner ma vie en exerçant mon métier de forgeron.»

Hubert Renaud a également entretenu une grande passion pour les chevaux; il en a lui-même possédé plusieurs.

Un métier difficile

Son métier de forgeron l’a même exempté de l’enrôlement militaire durant la Seconde Guerre mondiale. «Des cultivateurs du coin ont signé une pétition pour que le gouvernement m’exempte. Ils avaient besoin de moi pour réparer leur machinerie agricole et ferrer leurs chevaux», explique-t-il.

Toutefois, ce métier en est un difficile et dangereux. «Une fois, j’ai passé proche de me faire tuer. La jument que je ferrais s’est affolée, elle a tout cassé dans la boutique. Ce jour-là, j’ai eu très peur. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de prendre ma retraite des hippodromes, en 1972. Un mois plus tard, la même jument a tué un homme. J’ai été chanceux…» souffle Hubert.

C’est seulement à l’âge vénérable de 76 ans, après 60 ans de métier, que Hubert Renaud a accroché son marteau. «J’ai ferré mon dernier cheval à 76 ans. C’était le mien. J’ai fait les deux pattes d’en avant la première journée, mais ensuite, j’étais épuisé. Le lendemain, j’ai terminé avec les deux pattes d’en arrière. Puis le surlendemain, je ne me suis pas levé le matin parce que j’ai eu un accident vasculocérébral.» Toutefois, Hubert Renaud a rempli sa promesse, soit celle de forger tant qu’il en serait capable.

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