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ENTREPRENEURE D'ICI : Après 61 ans, il range ses ciseaux et son « clipper »
Jean-Claude Langlois et un client de longue date, Michel Gascon. (Photo : Pénélope Clermont)

ENTREPRENEURE D'ICI : Après 61 ans, il range ses ciseaux et son « clipper »

Pénélope Clermont

Mardi 19 décembre 2017

Le 22 décembre ne sera pas une journée comme les autres pour Jean-Claude Langlois. Barbier depuis 61 ans, il prendra officiellement sa retraite, manipulant ces ciseaux et son «clipper» pour une dernière fois. En plus de six décennies de métier, le Terrebonnien aura réalisé quelque 250 000 coupes de cheveux. «J’en ai vu, du poil!» constate-t-il en riant.

M. Langlois a pratiqué son métier au coin des rues Saint-Louis et Gagnon, dans le Vieux-Terrebonne, de 1957 à 1984, à l’époque où les coupes pour hommes coûtaient entre 60 ¢ et 75 ¢. Il a ensuite été sur la montée Masson, près de la rue Lanaudière, jusqu’en 2003, avant de recevoir ses clients dans sa résidence du secteur Lachenaie.

«Les clients voulaient continuer de venir me voir», explique celui qui a alors transformé une pièce en salon de coiffure pour y travailler deux jours par semaine. «Je n’ai plus de nouveaux clients. Beaucoup sont rendus au cimetière», ajoute l’homme d’une famille de barbiers. Son père lui avait montré le métier, et il l’avait enseigné à son fils, qui n’a pas poursuivi dans cette veine.

Des journées occupées

Au milieu des années 70, M. Langlois avait suivi son cours de coiffeur pour suivre la mode des cheveux longs. «J’étais le seul à couper les cheveux longs à Terrebonne», rapporte l’homme qui en a vu, des coupes : la coupe Hollywood/Elvis, la coupe champignon ou la brosse militaire. Nommez-les, il les a toutes faites.

Sa gentillesse et son talent lui auront assuré des clients à la pelletée tout au long de sa longue carrière. «André Chaput, de la Caisse populaire de Mascouche, était un client. Une veille de Noël, à 15 h, il était le 24e client en ligne. Il est sorti à 20 h 30!» se remémore avec plaisir le Terrebonnien, avant que sa conjointe Ghislaine Desnoyers, aussi coiffeuse, ajoute : «La veille de Noël, on ne finissait pas avant 22 h. On prenait une douche et on allait à la messe de minuit!»

Les salons du sympathique barbier ont toujours été des endroits de confidences et de bonne humeur, aux dires du principal intéressé. «Une chose que j’ai aimée de mes clients, c’est qu’ils ont toujours respecté que ce qui se dit ici ne sort pas d’ici. Comme un curé à la confesse!» confie-t-il.

Espérons qu’il pardonnera à l’auteure de ces lignes de relater cette anecdote. M. Langlois raconte qu’une certaine veille de Noël, le vicaire (dont on taira le nom) a promis à la poignée de clients en attente d’une coupe de pardonner tous leurs péchés s’ils le laissaient passer, ce qui a fonctionné.

Par gentillesse (ou culpabilité), le vicaire est ensuite allé acheter une caisse de bière qu’il a donnée en cadeau aux clients patients. Heureux, ces derniers auraient laissé passer devant eux tous les nouveaux clients entrant dans le salon, question de finir les bières, allant même s’acheter une nouvelle caisse une fois la première finie. «Quand je suis parti le soir, il y avait plein de bouteilles entremêlées aux cheveux. Je me suis dit : "Plus jamais!"» relate en riant le barbier.

Des clients, des amis

Ce dernier admet qu’il se sent libéré depuis qu’il a décidé de prendre sa retraite. «Voir que les clients sont contents m’enlève un poids», illustre-t-il. Au départ, il devait arrêter la veille de ses 82 ans, le 3 mai prochain, mais un accident de chasse, un voyage de deux mois au Mexique et une opération à venir aux yeux auront précipité sa décision.

Il devient émotif lorsqu’il parle de la relation qu’il entretenait avec certains clients. Des hommes comme Michel Gascon et André Briand, qui viennent le voir depuis ses débuts. «Ma première coupe, c’est son père qui me l’a faite», commente M. Briand. «Je viens le voir aux cinq semaines, sauf quand il part en voyage. Quand il revient, j’ai les cheveux longs», ajoute M. Gascon, ne sachant pas encore où il ira dans cinq semaines.

M. Langlois a même coupé les cheveux à quatre générations d’une même famille et il s’est fait des amis parmi sa clientèle. «Je tiens à dire merci à tous mes clients», souffle-t-il, les yeux humides.

Preuve de leur appréciation envers l’homme, les plus fidèles ont prévu lui rendre visite le 22 décembre. «Il y en a un qui s’en vient avec du café et des beignes», fait-il savoir, touché par le geste.

Monsieur Langlois, bonne retraite!

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