La MRC des Moulins est À Boutte! 

Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc
Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc

Les organismes de la MRC des Moulins participaient à la semaine de grève du 23 mars au 2 avril. Plus de 1625 organismes communautaires autonomes se sont mobilisés partout au Québec. « Assez c’est assez », clame le mouvement national : le communautaire à boutte! qui dénonce un sous-financement chronique. 

Mardi 23 mars dernier, rassemblés devant le local de l’organisme Le chez nous du communautaire à Mascouche, plus d’une soixantaine d’acteurs du milieu protestent pour faire entendre leur voix. Malgré le soleil plombant, le mercure reste sous zéro, mais la température ne semble pas les décourager. Une soupe populaire est distribuée, pour encourager les troupes. Dans la foule, des discussions sur les conditions de travail se font entendre à travers les rires. 

 

« C’est un cri du cœur de la dernière chance. Plusieurs organismes ont des mandats de grèves, mais c’est tout le milieu qui se mobilise parce que, si rien ne change, plusieurs d’entre eux seront forcés de fermer », exprime Christina Roy à la La Revue. La jeune femme est intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) la Chrysalide et responsable de la mobilisation dans la MRC des Moulins.  

 

Elle définit cette grève comme un moment historique dans l’histoire du milieu communautaire : c’est la première grève nationale du mouvement communautaire. Depuis 25 ans, le milieu demande un meilleur financement pour ses missions au gouvernement et le message n’est pas entendu. « Ce sont des revendications qui sont collectives parce que chaque citoyen peut avoir besoin de nos services.  Au Québec, c’est une personne sur trois qui va franchir les portes d’un organisme communautaire », explique Christina. 

 

Des organismes communautaires autonomes vitaux 

 

Les organismes communautaires autonomes offrent des services gratuits à la population et répondent à des besoins multiples. Selon Gisèle Boisvert, directrice du Mouvement organisé des mères solidaires (MOMS) de Terrebonne, « nous répondons aux besoins des individus qui ne rentrent dans aucune case dans le milieu institutionnel ». Leurs actions créent ainsi un filet social, pour que personne ne passe entre les mailles du filet seul dans un moment de vulnérabilité.  

Pour bien comprendre l’importance du communautaire, le directeur du conseil d’administration de MOMS, Anthony Gentilcore, partage l’exemple suivant : « Pour toute personne qui demande de l’aide, il y a un acte de courage. Donc, s’il appelle au 811 et qu’il y a six mois ou plus d’attente pour être pris en charge, cette personne peut être découragée et voir son état se dégrader. C’est dans ce genre de moment que nos services sont essentiels ».  

Si quelqu’un vient demander un service à un organisme communautaire et que leurs services ne répondent pas à leur besoin, ils pourront le rediriger vers le bon organisme, puisqu’ils travaillent tous de pair. Les organismes communautaires participent, de cette façon, aux désengorgements des services publics par la prise en charge des problématiques en amont en travaillant de façon préventive, avec les citoyens de leurs communautés, créant le filet social qu’il dise affaibli. Selon eux, si ces services en viennent à fermer, la crise dans le milieu de l’éducation et de la santé serait accentuée. 

Pendant la grève, certains organismes mettent une pause à leurs services, ce qui peut incommoder les usagers. « Ce n’est pas de gaité de cœur qu’on sort dans les rues. Nous savons qu’il y a des impacts possibles. Mais nous ne pouvons plus rester dans le statu quo puisque des organismes s’apprêtent déjà à fermer, dont le CALACS de Longueuil », raconte Christina Roy. D’ailleurs, le support de leur clientèle se fait sentir puisqu’ils sont présents au rassemblement, tandis que certains sont dans les organismes pour répondre au téléphone. 

« C’est un cri du cœur de la dernière chance. Plusieurs organismes ont des mandats de grèves, mais c’est tout le milieu qui se mobilise parce que, si rien ne change, plusieurs d’entre eux seront forcés de fermer. »

Christina Roy

Des conditions intenables 

 

Parmi leurs revendications, les conditions précaires des travailleurs sont au premier plan. Certains employés ont eux-mêmes recours aux banques alimentaires, alors qu’ils viennent en aide aux plus vulnérables. La directrice du Chez nous du communautaire de Mascouche explique que les employés ont dû se professionnaliser, puisque les problématiques évoluent et que les demandes augmentent : « Aujourd’hui, Les travailleurs ne sont plus juste des pairs aidants ou des animateurs. Avec la souffrance sociale actuelle, on a besoin de professionnels de l’intervention qui travaillent dans le milieu ».  

Ces professionnelles, en majorité féminine, aimeraient être reconnues par la société pour leur impact. « Les gens nous parlent de vocation, mais ce terme appartient au temps de l’église. Nous sommes des professionnelles et nous voulons être rémunérées et reconnues à la hauteur de nos compétences », mentionne Gisèle Boisvert.   

« Nos intervenantes restent de deux à trois ans. Puis elles se rendent compte que travailler à 20 $ de l’heure, ça ne suffit pas à payer les factures qui s’empilent », présente, la directrice du Vaisseau d’or, Lisette Dormoy. Le personnel qualifié se tourne alors vers le privé, pour trouver des conditions plus avantageuses. « Nous avons de gros enjeux de rétentions du personnel qualifié », insiste Lisette. 

Présentement, les organismes sont financés pour des projets qui s’échelonnent sur un à trois ans. Ils revendiquent la nécessité d’avoir un financement stable : « À terme, le service que nous avons développé doit parfois être arrêté. Puis, nous risquons de perdre les personnes avec les expertises développées durant cette période », explique Christina Roy.

 

Les tensions sous-jacentes  

 

Pour Mélissa Moffette, la demande qui sous-tend à cette grève est claire : « Le gouvernement doit voir le financement du milieu communautaire comme un investissement plutôt qu’une dépense. Il faut se demander, c’est quoi le choix qu’on fait comme société? Est-ce qu’on investit dans notre domaine social comme on investit dans notre économie? Quand le gouvernement appréhende une crise économique, il investit dans les entreprises pour la prévenir. Pourquoi est-ce qu’on ne fait pas la même chose avec le domaine social? On le sait que la crise sociale est forte, alors investissons en masse avant de se rendre dans le mur » réclame-t-elle.  

La dernière annonce du gouvernement prévoyait un financement de 75 millions pour l’ensemble des organismes communautaires autonomes, ce qui équivaut, à valeur égale, de 6000$. Elle ajoute que présentement, plusieurs personnes qui vivaient dans des campements sont logées puisqu’ils ont obtenu de l’aide ou du soutien d’un organisme sur le territoire. Si ces lieux en viennent à fermer, ces personnes seront obligées de retourner dans la rue.  

Selon tous les intervenants du milieu rencontrés, cette grève n’a pas d’impact considérable sur les usagers, pour le moment. Mais la crise se fera sentir de plus en plus si rien ne change rapidement. Hôpitaux qui débordent, crise du logement, problème en éducation et augmentation de l’itinérance : sommes-nous prêts comme société à voir ces enjeux exploser dans nos rues ?   

 

Le portefeuille vide : un symbole clair

 

Lors du rassemblement, les participants ont apporté des portefeuilles vides comme objet symbolique des revendications. Ils sont déposés au bureau du premier ministre François Legault le vendredi 27 mars.  

À l’issue de leurs démarches, ils souhaitent « un engagement clair de la part de l’État. Parce que là, il y a beaucoup de désengagement. Quand on écoute Mme Rouleau qui nous dit d’aller vers la philanthropie ou du privé, ça démontre un désengagement de l’État ». Cynthia dénonce la « méconnaissance de la réalité terrain » puisqu’ils vont déjà chercher ces partenaires. 

Le mouvement le communautaire à boutte! nait dans la région de la Mauricie  après le dépôt budgétaire, en 2024. En apprenant que le budget du communautaire ne serait pas rehaussé, ils font une première semaine de grève. Pour la deuxième phase, c’est toute la province qui se joint à eux.

Des revendications claires  

 

  • Conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire. 
  • Financement suffisant à la mission. 
  • Reconnaissance pleine et entière des organismes. 
  • Protection de l’autonomie et fin du financement précaire. 
  • Investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique. 

 

@CP :Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc 

@BV : 

Communautaire à boutte
De manifestantes à boutte! Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc

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