L’histoire de Manon : de résidente à employé

  • Publié le 18 mars 2026 (Mis à jour le 18 mars 2026)
  • Lecture : 3 minutes
Manon et Sandra devant la Hutte. Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc 
Manon et Sandra devant la Hutte. Photo Médialo – Sabrina Quesnel-Bolduc 

Manon s’assoit la tête haute prête à raconter son histoire. Son corps est marqué par son passé, mais ses yeux bleu vif laissent voir une force d’esprit et un courage qu’elle s’apprête à dévoiler. Après son arrivée en hébergement d’urgence à la Hutte en 2020, elle décide de travailler sur elle-même et réalise deux de ses plus grands rêves : avoir un logement et un diplôme en cuisine. Depuis 2021, elle est paire aidante et travaille au côté de Sandra, qui l’avait accompagné comme intervenante à son arrivée.  

En 2020, après s’être retrouvée à la rue et à vivre dans son véhicule en pleine pandémie, Manon prend son courage à deux mains et se rend en désintox de son plein gré. Elle désire alors changer la situation de souffrance dans laquelle elle se trouve depuis longtemps. En sortant de ses six semaines de thérapie, il n’est pas question pour elle de retourner vivre dans la rue : « je me sentais en danger constant quand j’étais dans la rue et lors de ma thérapie ». Elle contacte alors la Hutte et s’y rend afin d’y trouver un logement d’urgence. 

 

 

Un parcours empreint de violence  

Son arrivée au centre marque un moment charnière dans le parcours difficile de la quinquagénaire. « J’ai été placée en centre jeunesse, puis en famille d’accueil quand j’étais jeune. J’ai voyagé beaucoup, de famille en famille », mentionne-t-elle. 

Dès l’âge de cinq ans, elle est victime d’abus sexuel, orchestrés par sa mère. Puis à 12 ans, la consommation entre dans sa vie : « On me faisait consommer des drogues et de l’alcool pour que j’oublie : ça a causé ma dépendance ». Ce n’est pas la première fois qu’elle expose ses traumas. Elle en parle avec vulnérabilité et avec surprise, sa voix est remplie de douceur. « À partir de là, j’ai vécu dans l’enfer de la consommation, car je voulais oublier mon passé. Je pensais que ça allait aider, mais ça n’a pas fonctionné. Mon passé va toujours être là. » 

Une vie de nomade 

Les « mauvais choix », comme elle le dit, se succèdent à partir du moment où elle est prise en charge par la mère de son copain de l’époque. « J’ai vécu des traumas de violence conjugale et j’ai fait de la prostitution. J’avais 17 ans, puis j’étais un peu naïve. Malgré ce qui m’était arrivé, j’aurais pu me méfier de tout le monde. Mais j’ai tout le temps été une fille qui a fait confiance aux gens facilement.» Prise dans l’engrenage de la criminalité, elle perdra ensuite la garde de ses deux enfants. 

« Après j’ai eu un nouveau conjoint, avec qui j’ai vécu beaucoup de violence verbale. J’ai eu un enfant avec ce monsieur-là aussi. Je ne voulais surtout pas perdre sa garde encore, c’est une des raisons pourquoi je ne voulais pas me séparer, alors j’ai enduré l’inacceptable pendant 28 ans. »  

Après cette expérience, elle rencontre Christian, avec qui elle vit une relation harmonieuse encore aujourd’hui. Ensemble, ils emménagent chez le père de ce dernier. Après peu de temps, une querelle de famille force le couple à quitter le logement et ils se retrouvent à la rue, à vivre dans leur véhicule : « Je n’avais tellement pas confiance en moi, j’avais perdu toute estime parce que je suis pognée dans la rue. Je n’avais pas de place à cause de la pandémie. À 50 ans, j’étais obligée de faire pipi dans un verre ».  

En découle une période de grande consommation. Pour elle, la consommation et les violences n’ont pas été un choix, mais une accumulation de circonstance malheureuse qui lui sont arrivées dès l’enfance. À ce moment, en 2020, Manon décide de mettre un point final à sa consommation : « Ce n’est pas vrai que c’est la consommation qui va mener notre vie ». C’est après sa cure de désintoxication qu’elle rejoint La Hutte. 

Le choix du rétablissement 

Arrivée en hébergement d’urgence, elle retrouve tranquillement un sentiment de sécurité et la chaleur humaine des intervenantes fera une grande différence dans son rétablissement. Elle raconte qu’un jour, elle est prise d’une crise de panique sévère : « Sandra m’a fait préparer un bain et elle m’a amené un thé. Ça m’a beaucoup touchée. Après ça, je n’ai jamais eu de problème à aller me confier à Sandra ».  

Elle décide de travailler sur elle et s’engage en thérapie. L’établissement peut recommander différentes ressources aux clients. Dans le cas de Manon, elle a pu être accompagnée pour apprendre à vivre avec son trouble de personnalité limite et sa dépendance. L’aide qu’elle accepte de recevoir lui permet une nouvelle compréhension d’elle-même. « Elle reprend le pouvoir sur sa vie », comme le nomme Sandra. 

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