Budget provincial : les investissements décortiqués

Par Jean-Marc Gilbert et Pénélope Clermont
Budget provincial : les investissements décortiqués
Jugez-vous que vos priorités ont été respectées par ce premier budget caquiste?

C’est le 21 mars que le ministre des Finances, Eric Girard, a déposé le premier budget du gouvernement caquiste. Un budget, dit-on, qui remplit plusieurs engagements à l’égard des préoccupations des Québécois. Les nouveaux investissements totalisent 16,2 G$ sur six ans, dont des investissements majeurs dans les grands réseaux de l’éducation et de la santé.

 

Éducation

Le gouvernement Legault a décidé d’investir massivement en éducation. C’est une somme de 4 G$ qui a été prévue au Plan québécois des infrastructures 2019-2029 pour rénover ou agrandir des écoles existantes ou construire de nouveaux établissements. Si Québec prévoit construire 1 000 nouvelles classes secondaires avec cet argent, la Commission scolaire des Affluents (CSDA) indique ne pas avoir les détails sur ce qui sera investi sur son territoire. «Nous avons demandé des agrandissements, puisqu’après plusieurs années de croissance au primaire, nous avons maintenant des besoins au secondaire. Nous attendons les détails», affirme Éric Ladouceur, coordonnateur aux communications de la CSDA. Québec allonge aussi un milliard supplémentaire  sur cinq ans pour le déploiement de classes de maternelle 4 ans dans l’ensemble de la province. De plus, le gouvernement a annoncé une première réduction de la taxe scolaire, soit une baisse de 200 M$ qui devrait être appliquée dès le 1er juillet dans l’ensemble de la province. Encore une fois, la CSDA n’était pas en mesure de préciser de quelle façon cette mesure se traduira dans la région.

 

Santé

Le plus récent budget prévoit une hausse de 5,4 % des dépenses en santé et en services sociaux. Des investissements additionnels de 4,9G$ en santé sont prévus d’ici cinq ans, notamment pour renforcer les soins et services à domicile, améliorer la qualité de vie des proches aidants, permettre l’ajout de personnel soignant et déployer des maisons des aînés. Des initiatives saluées par le réseau FADOQ – Région Lanaudière tout comme par le CISSS de Lanaudière. Si on ignore encore quels montants seront injectés sur le territoire, il est certain que «ces nouvelles mesures permettront au CISSS de poursuivre l’amélioration de l’accès et de l’offre de services pour ces clientèles», comme l’indique Pascale Lamy, chef des communications par intérim au CISSS de Lanaudière, qui reconnaît que le recrutement des ressources demeurera un défi pour le futur, bien que «le CISSS déploie actuellement plusieurs stratégies de recrutement», confirme-t-elle. Le budget ne fait pas que des heureux. La Terrebonnienne Marie-Ève Gagnon, mère d’un enfant lourdement handicapé, considère avoir été ignorée, comme d’autres parents dans sa situation, alors que durant les élections, la CAQ avait promis de les soutenir, rapporte-t-elle. Majeur, son fils n’a plus accès aux mêmes services que lorsqu’il était enfant. Il reçoit près de 1000 $ de l’aide sociale, que Mme Gagnon gère. «Les familles d’accueil reçoivent plus que ça, critique-t-elle. Je conçois qu’ils sont au pouvoir depuis six mois et que c’est une grosse machine, mais le slogan de la CAQ était “Maintenant”. Je ne veux pas qu’on s’occupe de nous plus tard.»

 

Mobilité

Les annonces faites en matière de mobilité ont de quoi réjouir Marc-André Plante et Guillaume Tremblay, respectivement maires de Terrebonne et de Mascouche. En effet, le gouvernement a affirmé son intention d’aménager des voies réservées notamment sur les autoroutes 25, 640 et 440, voies réclamées par les deux magistrats depuis quelque temps. «Nous avions formulé ces demandes lors du forum sur la mobilité tenu à Laval en avril 2018. Nous sommes heureux de constater une volonté politique ferme de mettre en place ces voies pour favoriser le transport en commun», mentionne le maire Plante. Reste à voir quand se fera la mise en œuvre. «On pourrait la réaliser rapidement sur l’autoroute 25, qui a l’infrastructure nécessaire pour permettre l’aménagement rapide d’une voie qui serait temporaire en attendant une voie permanente dans un horizon de cinq ans», ajoute celui qui siège au conseil d’administration d’exo, organisme gérant le transport en commun dans la région. Qualifiant lui aussi l’annonce de «très bonne nouvelle», le maire Tremblay milite maintenant pour la mise en place d’un service d’autobus qui pourrait assurer la liaison Mascouche-Laval à partir de la gare de Mascouche. Cet ajout viendrait compléter l’offre du train de banlieue, qui ne dessert pas ce secteur. «Avec une voie sur la 25 et sur la 440, on pourrait se rendre à Laval facilement, quitte à devoir prendre un autre autobus, par exemple, en faisant un arrêt au cinéma Guzzo», suggère le maire de Mascouche, qui est ouvert à toute suggestion.

 

Économie

Sur le plan économique, le gouvernement prévoit des investissements totalisant 3,7 G$ d’ici cinq ans. On souhaite entre autres augmenter le bassin de travailleurs, faire croître l’investissement et les exportations des entreprises, tout en stimulant l’innovation et l’entrepreneuriat. Des mesures que salue Pierre Daviault, directeur du développement économique et touristique de la MRC Les Moulins, qui croit que la transformation de la production vers les industries 4.0 sera facilitée localement. «La mise en place d’audits bonifiera le réseau des centres d’expertise qui serviront aux entreprises», avance-t-il. L’augmentation du budget concernant l’exportation est un autre plus, selon lui. Il permettra de diversifier les exportations des entreprises d’ici. «Il n’y a pas juste les États-Unis, rappelle-t-il, il y a tout un marché ailleurs dans le monde, comme au Canada. On a tendance à l’oublier.» Enfin, M. Daviault voit d’un bon œil l’accessibilité au crédit d’impôt pour la prolongation de carrière dès l’âge de 60 ans. «C’est un élément qui peut aider à pallier le manque de main-d’œuvre», conclut-il.

 

Communautaire

La Table régionale des organismes communautaires de Lanaudière (TROCL) applaudit les investissements du gouvernement pour les organismes communautaires autonomes (OCA), qu’elle évalue à 70M$ en observant les différents secteurs de l’action communautaire touchés. La TROCL rappelle cependant qu’il est important que ces sommes soient investies pour le financement à la mission globale et de façon récurrente. «Nous souhaitons que les récentes annonces soient le début d’une collaboration qui permettra d’améliorer concrètement la réalité des OCA. Les travaux entourant le prochain Plan d’action gouvernemental en action communautaire seraient un bon moment pour bâtir un plan concret de rehaussement de financement, pour appliquer une indexation annuelle des subventions respectueuses de la réalité des organismes, pour travailler à diminuer la bureaucratie dans les organismes, et pour une reconnaissance accrue de l’impact social et économique de ceux-ci. Nous avons hâte de participer à ces travaux», souligne le coordonnateur de la TROCL, Hugo Valiquette.

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