Claude Martel en Ukraine : un voyage marquant et enrichissant

De retour de l’Ukraine, où il agissait à titre d’observateur des élections du 26 décembre, le Lachenois Claude Martel a trouvé l’expérience à la fois marquante et enrichissante.

Éric Ladouceur

Marquante, parce qu’il a constaté sur place l’énorme pauvreté de la population, mais aussi l’extrême richesse architecturale de la capitale, Kiev. Enrichissante, parce qu’il a vraiment eu le sentiment de jouer un rôle important dans ce pays, qui tente de tourner définitivement la page sur un passé trop longtemps autocratique.

Similitudes législatives

Avant de partir, tous les délégués – 8 300 observateurs étrangers provenant d’une douzaine de pays – devaient suivre une formation intensive de deux jours sur le système politique et la loi électorale ukrainienne, ainsi que sur le rôle que doit jouer un observateur là-bas. «Nous avons pu constater qu’il y a plusieurs similitudes entre la loi électorale canadienne et celle de l’Ukraine, ce qui m’a facilité un peu la tâche», explique M. Martel.

Aussitôt débarqué de l’avion, il remarque les vestiges de l’ancien régime soviétique toujours très présents. «À l’aéroport de Kiev, nous avons été accueillis par des soldats encore vêtus de l’uniforme soviétique, qui n’avaient visiblement pas le sourire facile. De plus, malgré la beauté de Kiev avec ses bâtiments historiques, ses parcs et ses lieux publics, on ressent beaucoup la pauvreté de la population. Il y a beaucoup de vendeurs itinérants. Les gens occupent deux ou trois emplois pour survivre. Il n’y a presque pas d’autos et s’il y en a, ce sont de veilles Lada, des autos datant des années 1940 ou de magnifiques autos et camions de luxe. La disparité entre pauvres et riches est très marquée», souligne l’historien et géographe.

Coût de la vie

Claude Martel est revenu avec une anecdote à propos de l’argent. «En arrivant, je suis allé au bureau de change pour faire changer 500 euros, ce qui équivaut à environ 800 dollars canadiens. Quand le caissier a vu le montant, il s’est pris la tête à deux mains en signe d’étonnement. J’ai su ensuite que le montant changé équivalait à peu près à son salaire annuel».

Toutefois, même dans la capitale, les conditions matérielles sont difficiles, et aucun bâtiment public n’est chauffé. «La température est semblable à celle du Québec. Pas de chauffage, il fait froid. Heureusement dans notre hôtel il y avait un chauffage plus ou moins efficace. Dans les bureaux de vote, la remarque d’un collègue, qui a suggéré de sortir dehors pour se réchauffer, explique bien la situation», ajoute-t-il.

Potentiel et pauvreté

Pourtant, selon Claude Martel, le potentiel est là. «Il y a un énorme potentiel touristique et il y a déjà beaucoup de spéculation. J’ai bien l’impression que les choses vont changer d’ici les 10 prochaines années. D’ailleurs, les plus jeunes comprennent que l’avenir passe par une adhésion à la Communauté économique européenne (CEE) afin de se soustraire à l’exploitation des Russes», analyse-t-il.

En dehors des limites de la capitale, la pauvreté est encore plus frappante, comme le décrit M. Martel. «Dès qu’on sort de la ville, on arrive rapidement dans les régions rurales pauvres, en passant par des banlieues où les gens habitent dans des tours à appartements», raconte-t-il.

En campagne, dans les villages où les maisons sont toutes pareilles, plusieurs personnes continuent d’estimer la richesse d’un propriétaire au nombre de vaches et de poules qu’il possède. «Compte tenu du peu de soutien provenant du gouvernement central, les communautés sont devenues presque autosuffisantes, ce qui explique la présence de beaucoup de poules courant librement dans les campagnes», explique l’ex-conseiller municipal.

Vers la démocratie

Affecté dans une région au nord du pays nettement favorable à Iouchtchenko, du parti d’opposition, Claude Martel avoue qu’il a eu la tâche moins difficile qu’il ne l’avait cru. «Les gens étaient très heureux de nous voir. Dès nous mentionnions que nous venions du Canada, ils se sentaient aussitôt en confiance avec nous. Même que certains nous ont indiqué que cela avait sûrement contribué à décourager les fraudeurs», indique M. Martel, qui était accompagné d’un interprète ukrainien tout au long de son périple.

Mis à part quelques petits pépins sans grave conséquence, les gens et les responsables dans les bureaux de vote ont très bien collaboré, aux dires de M. Martel. «C’était très protocolaire. Le matin a commencé avec l’hymne national du pays, et les gens devaient absolument avoir leur passeport pour voter. Un seul pépin important est survenu dans un village où un très gros propriétaire terrien avait interdit à ses employés d’aller voter. Disons que ça prenait une bonne expérience électorale pour connaître tous les trucs», mentionne-t-il.

Signe que la présence des observateurs était appréciée, les gens prenaient la peine de les remercier en sortant des bureaux de vote. Cependant, au-delà de l’appréciation de la population, c’est surtout avec le sentiment du devoir accompli que Claude Martel est revenu de l’Ukraine. «Ce que j’ai vraiment senti, c’est que les Ukrainiens sont présentement en train de faire l’apprentissage de la démocratie. Quinze ans après la chute du mur de Berlin, ils commencent à découvrir la vie démocratique sans la mainmise de la Russie, et ça représente beaucoup à leurs yeux», conclut Claude Martel.

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