Dans le regard d’un Coréen d’adoption

Pénélope Clermont
Dans le regard d’un Coréen d’adoption
Louis-Michel Caron et sa fille, Sophie Mihie, lors d’une escapade à Everland. (Photo : courtoisie)

Établi à Séoul depuis huit ans, Louis-Michel Caron est à même de constater l’effervescence créée par les Jeux olympiques de PyeongChang. Il devait justement se rendre sur place le jour de l’entrevue qu’il a accordée à La Revue, mais «les Coréens improvisent beaucoup», témoigne-t-il, la visite a finalement été annulée. «Deux semaines, c’est loin pour eux. Il faut vivre avec ça», ajoute l’homme qui a passé une partie de sa vie à Terrebonne.

Se trouvant à un peu plus de 1 h 30 de train des deux sites de compétition, M. Caron reconnaît que Séoul regorge de touristes pour un mois de février. La présence des Jeux se fait plus discrète dans cette partie de la Corée du Sud, mais l’événement n’en est pas moins important. «La Corée est un pays en pleine croissance qui est encore à l’étape de la découverte. Pour ses habitants, c’était important d’avoir les Jeux olympiques et de montrer leur identité aux gens», informe-t-il.

Le Coréen d’adoption admet suivre les résultats d’un œil distrait, mais lorsqu’il le fait, il regarde autant les performances coréennes que celles des Canadiens. «Quand on vit en Corée, on devient Coréen», assure celui qui ne prévoit pas pour autant assister à une compétition en raison du coût important des billets.

Si le sport prend toute la place à PyeongChang en ce moment, l’ancien résident de Terrebonne précise que son peuple d’adoption en est un actif à longueur d’année. «Les Coréens font beaucoup de randonnées, il y a des montagnes partout. Les week-ends, il y a même du “trafic jam” dans les sentiers, soulève-t-il. Ce sont aussi des gens plutôt minces et ils ne se gênent pas pour [souligner le surpoids d’une autre personne]. Ce n’est jamais méchant, il n’y a pas de tabou.»

Entre deux saisons

On a beaucoup parlé du froid et du vent qui ont perturbé certaines épreuves olympiques tenues la semaine dernière en montagne. À Séoul, l’hiver n’est pas glacial, selon M. Caron. «Il a fait -20°C une nuit. C’était le plus froid qu’on a connu et c’était exceptionnel», note-t-il en précisant que des précipitations de 2 cm à Séoul sont rares, alors que sur les sites olympiques, il peut tomber 30 cm de neige.

Avec des saisons très nettes – trois mois et on passe à la suivante, selon ses dires –, l’hiver est sur le point de prendre fin. Sortant tout juste des fêtes du Nouvel An lunaire, les Coréens reprendront sous peu leurs activités professionnelles et scolaires. «Le retour des classes se fait au début de mars ici. Je retourne au travail le 2 mars», mentionne l’enseignant en mathématiques appliquées à l’Université de Kookmin (qui veut dire «peuple»).

Porté par la curiosité

C’est après avoir rencontré sa conjointe d’origine coréenne en voyage que M. Caron a décidé de poser ses valises en Corée du Sud. «J’ai toujours aimé explorer, changer d’air et vivre autre chose. J’avais aussi envie de voir ce que c’était que d’être dans la peau d’un immigré», dévoile le père d’une fille de 10 ans à qui il voulait par ailleurs permettre de vivre «sa moitié coréenne».

L’adaptation s’est bien faite, mais une fois les six premiers mois passés, c’est là qu’on se rend compte des différences, évoque l’expatrié. «On les sent beaucoup dans la communication et je ne parle pas de la barrière de la langue. C’est dur à expliquer. On a toujours l’impression que personne ne répond à nos questions et ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas, ils sont toujours prêts à offrir leur aide», affirme l’homme qui ne se sent plus totalement Québécois sans être totalement Coréen non plus.

Est-il en Corée pour de bon? M. Caron est peut-être plus Coréen qu’il ne le pense, car il semble, sur ce plan, adopter l’improvisation coréenne. «J’étais parti pour deux ou trois ans et je suis encore ici, lance-t-il avec le sourire. Ça fait partie de la découverte, je me suis fait prendre au jeu. Je pourrais revenir au Québec comme aller m’installer dans un autre pays. Je suis devenu bien en dehors de ma zone de confort et j’ai envie de poursuivre ça. Ça me permet d’apprendre et de modeler ma personnalité. Je n’aurais jamais pensé enseigner à l’université et c’est ce que je fais!»

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