Daria Blaise, un exemple à suivre pour les filles

Par Stéphane Fortier
Daria Blaise, un exemple à suivre pour les filles
Daria Blaise avec l’un de ses professeurs, Michel-Alain Légaré.

JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES

Des filles passionnées de mécanique, cela s’est déjà vu, mais comme Daria Blaise, 20 ans, fraîchement diplômée en Mécanique industrielle de construction et d’entretien au Centre de formation professionnelle (CFP) des Moulins, cela va bien au-delà de la passion.

Pratiquer un métier non traditionnel pour une fille, c’est une chose, mais devenir une véritable experte en mécanique (dans son cas, on parle plus d’un génie), c’est autre chose. Même les autres élèves l’appelaient à l’aide lorsqu’ils rencontraient un problème lors de sa formation.

Daria, de son nom complet Frantz Daria Blaise, non contente d’avoir obtenu un diplôme qui lui a demandé beaucoup d’heures de travail (sa formation contenait 28 modules touchant différentes compétences), poursuit un cours de spécialisation de soir en soudure, également au CFP.

Job de gars?

Pourquoi avoir choisi un « métier de gars »? « Je suis une fille qui n’aime pas la paperasse, le travail de bureau. J’aime patenterdes choses, gosser toutes sortes d’affaires, réparer tout ce qui fonctionne pas. Un jour, mon entourage m’a fait remarquer qu’il existait des programmes, des champs d’études reliés à la mécanique. Je me suis inscrite ici. Il est m’est arrivé des moments de découragement, mais je n’ai jamais lâché », relate-t-elle.

Aurait-elle pu penser que ce métier ne convenait somme toute pas à une fille? « Pour entreprendre ce programme qui dure 16 mois, il faut être vraiment motivée, il faut que cela te tente et tu dois savoir où tu t’en vas. Et heureusement, j’ai pu compter sur des profs qui m’ont toujours poussée, encouragée. Ils ont vu que j’avais du potentiel », se réjouit-elle.

Mais Daria, aux dires de l’un de ses enseignants, Michel-Alain Légaré, est une fille déterminée. « Daria est une personne curieuse. Elle s’implique sur tous les plans, elle est constamment présente. Il est arrivé qu’elle soit découragée. Elle voyait cela trop gros, mais elle n’est pas une lâcheuse », décrit M. Légaré, qui avoue avoir une ou deux filles par année dans ses cours, mais ce nombre n’augmente guère au fil des ans. « Il est aussi possible que certaines aient changé de branche en cours de route », suppose-t-il. « Moi, je ne lâcherai pas, rétorque Daria. Je vais simplement aller chercher des spécialisations, me perfectionner, comme je le fais présentement avec la soudure. »

Daria en train de gosser, comme elle dit, sur l’une des machines du CFP des Moulins.

Pas facile

Daria ne l’a pas toujours eu facile dans la vie. D’abord, il y a 10 ans, elle était en Haïti lors du séisme dont on a souligné l’anniversaire il y a quelques semaines. « J’avais 11 ans et à un moment donné, il y a eu un avis de recherche à mon nom. Lors du tremblement de terre, j’étais à Delmas, située dans Port-au-Prince, et notre maison s’est littéralement effondrée. J’ai perdu des amis lors de cet événement. Le 10 janvier, le tremblement de terre a eu lieu, et le 17, j’étais au Québec. Ayant la nationalité canadienne à cause de mon père, les choses ont été plus rapides », de raconter Daria.

Au fil du temps, elle a dû faire face à d’autres épreuves. « Malgré tout, elle venait à l’école et était toujours souriante », nous dit Nathalie Gervais, technicienne en travail social au CFP des Moulins.

Et l’avenir?

Il n’a pas fallu beaucoup de temps après l’obtention de son diplôme pour qu’elle intéresse des employeurs. « Je viens d’être engagée chez AMNC, spécialisée en mécanique industrielle et qui fait l’installation, l’entretien et la réparation en sous-traitance », révèle Daria, précisant que plusieurs autres entreprises avaient sollicité ses services, dont Saputo et Bridgestone, où elle a fait son stage. Et elle sera payée au taux de 26 $ l’heure. En supposant qu’elle travaille 40 heures par semaine, elle ira se chercher un salaire de près de 55 000 $ par année. Pas mal pour une jeune diplômée de 20 ans.

« Aux filles, je veux leur dire ceci : si cela leur tente d’essayer un métier non traditionnellement dévolu aux femmes, elles n’ont qu’à foncer », déclare-t-elle.  Elle souhaite que son expérience ouvre la porte à d’autres filles, leur donne le goût d’essayer quelque chose de différent. En attendant, elle continuera à se spécialiser pour être encore meilleure et plus polyvalente.

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