Des implants synonymes de tourments

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Par Jean-Marc Gilbert
Des implants synonymes de tourments
Isabelle Grenier, Annick Boulanger, Véronique Martin et Cinthia Davidson Audet ont conservé leurs implants comme preuve en vue d’un possible recours collectif. (Photo : Jean-Marc Gilbert)

Douleurs parfois insoutenables, sentiment d’avoir été renversées par un camion, problèmes de santé répétitifs : quatre Moulinoises qui ont vécu des années d’enfer après une pose d’implants mammaires sont convaincues que ces sacs de solution saline ou de gel de silicone étaient la source de leurs malheurs. Depuis leurs récentes explantations, elles ressentent déjà des changements bénéfiques sur leur santé physique et psychologique.

Isabelle Grenier est passée sous le bistouri en 2003. Seulement quelques semaines après la pose de ses implants, elle a commencé à ressentir des sensations de brûlure au sein droit. «Le médecin m’avait dit que c’était normal et que ça allait passer», se souvient-elle. Toutefois, d’autres douleurs et problèmes de santé ont fait leur apparition et se sont installés de façon très graduelle, au fil des ans. «On ne croit pas que ce sont nos implants. On associe ça à autre chose. Quand j’avais mal aux bras, je me disais que c’était relié à l’entraînement.»

Rhumes, sinusites, otites à répétition, Mme Grenier était toujours malade et toussait pratiquement sans cesse, parfois jusqu’à en perdre la voix.

En regardant un reportage de l’émission Enquête au sujet de femmes ayant présenté différents symptômes semblables aux siens à la suite de la pose d’implants mammaires, elle a compris qu’elle n’était pas seule dans cette situation. Elle devait maintenant décider si elle allait faire retirer ses implants. «J’en ai parlé autour de moi et les gens me disaient : “Go! Tu n’as rien à perdre.” J’étais tellement malade, donc je me suis dit que ça ne pouvait pas être pire.»

La Terrebonnienne en a subi l’explantation en décembre dernier. «Je vois déjà des améliorations. Ma voix est redevenue claire, je n’ai plus de douleurs dans le dos et je ne tousse plus du tout», assure celle qui n’a aucun regret, quatre mois plus tard.

Vingt ans de problèmes

L’histoire d’Isabelle trouve écho chez plusieurs femmes de la région, dont trois autres qui ont accepté de se confier à La Revue.

Véronique Martin avait moins de 25 ans lorsqu’elle a décidé de se faire poser des implants, en novembre 2000. «Je me suis mise à être anxieuse, fatiguée, et j’ai eu des douleurs dans le bas du corps et des problèmes intestinaux. Parfois, je me levais le matin et c’est comme si un gros camion m’était rentré dedans.» Des douleurs aux bras l’empêchaient aussi de travailler à l’ordinateur.

Elle a également vu le reportage d’Enquête en novembre, après quoi elle a rapidement enclenché un processus pour faire retirer ses implants le 11 janvier, près de 20 ans plus tard. Elle n’a pas mis de temps avant d’en ressentir les effets positifs. En plus des douleurs qui disparaissent progressivement, elle affirme que «[ses] tâches n’apparaissent plus comme une montagne».

«Descente aux enfers»

L’augmentation mammaire d’Annick Boulanger en 2009 s’est également transformée en cauchemar. «Quatre mois après l’implantation, j’ai fait un burnout. Je me suis mise à avoir beaucoup de variations de poids. Puis il y a cinq ans, après une compétition de fitness, mon corps a fait un shutdown total et ça a été une descente aux enfers», raconte-t-elle.

Comme les trois autres Moulinoises, elle a dû consulter des spécialistes de la santé. Dans son cas, l’intervention d’un gastroentérologue a même été nécessaire, puisqu’elle n’était plus en mesure de digérer quoi que ce soit. «Quand j’ai vu le reportage d’Enquête et que j’ai entendu les mots “problèmes intestinaux”, j’ai tout de suite compris», dit celle qui vient tout juste de subir une explantation à la fin du mois de mars. Elle remarque peu de bienfaits immédiats, mais était confiante en entendant les autres femmes témoigner.

Effets immédiats

Pour la Mascouchoise Cinthia Davidson Audet, certains symptômes ont débuté dès son retour à la maison après la pose de ses implants. «J’ai pleuré chez moi pendant deux jours sans raison. Quatre jours plus tard, je suis retournée au travail et j’étais devenue hypersensible aux bruits. Je devais travailler avec des bouchons», raconte-t-elle.

Fatigue extrême, douleurs musculaires et articulaires ainsi que sensation de brûlure aux seins sont aussi des symptômes qu’elle a ressentis et qui sont tous disparus après le retrait de ses implants, en février.

Symptômes différents, même conclusion

Même si les symptômes sont différents pour chacune, ces quatre femmes sont persuadées de souffrir d’une «maladie des implants mammaires» qui n’est toutefois pas reconnue comme une véritable pathologie par les autorités médicales (voir autre texte).

Si elles avaient su que certains risques étaient associés à la pose d’implants, elles auraient peut-être choisi de ne pas en avoir. Mais les Moulinoises affirment avoir été tenues dans l’ignorance par leur chirurgien, ce qui est pourtant contraire aux exigences du Collège des médecins, dont vous pouvez lire les commentaires dans l’autre texte de ce dossier.

 

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