Des résidences privées devront réajuster le tir

Karine Limoges
Des résidences privées devront réajuster le tir
Le gouvernement exige dorénavant aux résidences privées pour aînés de se conformer à l’obligation d’installer un système de gicleurs afin d’assurer la sécurité de leurs résidents.

SYSTÈME DE GICLEURS OBLIGATOIRE

Des résidences privées devront réajuster le tir

Bien que les propriétaires de résidences privées ignorent encore la part de subventions exactes que Québec leur accordera pour soutenir la récente mesure obligatoire d’installation de gicleurs, ils s’inquiètent déjà des fonds qu’ils devront débourser de leur poche. «Nous ne mettrons pas la clé dans la porte, mais nous devrons réévaluer notre budget», note Kendall Negro, propriétaire de la résidence Le jour et la nuit à Mascouche.

Une autre propriétaire d’une résidence à Terrebonne qui requiert l’anonymat croit pour sa part qu’une minime subvention pourrait effectivement mettre en péril la viabilité de certaines de ces entreprises. «La gestion d’une résidence pour personnes âgées n’est pas très lucrative», indique-t-elle. Si celle-ci affirme ne pas avoir obtenu une estimation des coûts d’installation, elle raconte cependant avoir demandé une soumission auprès d’une entreprise. «On m’a répondu qu’on attendrait de connaître la subvention gouvernementale accordée avant d’établir le prix d’une soumission, exprime-t-elle. Je trouve désolant de nous faire facturer en fonction du montant qui sera payé par le gouvernement.» Malgré tout, elle se dit en accord avec cette nouvelle mesure obligatoire.

M. Negro, en contrepartie, s’est dit plutôt mécontent de cette initiative qui, selon lui, «n’est pas nécessaire». «On oublie les circonstances particulières de la tragédie de L’Isle-Verte [où 32 personnes de la Résidence du Havre ont perdu la vie en janvier 2014]. C’est le délai incroyable dans la réponse des services d’urgence qui a causé la catastrophe que l’on a connue, nuance Kendall Negro. Pour notre part, nous sommes très bien desservis par le service des urgences, étant situés à moins d’un kilomètre de la caserne d’incendies.»

Il craint en outre que l’installation d’un système de gicleurs perturbe le quotidien des résidents. «Nos aînés viennent s’installer chez nous en fin de vie, ils veulent se reposer», plaide-t-il. Un élément reste certain,la résidence Lejour et la nuit exclut de refiler la facture à sa clientèle. Les fonds nécessaires – 100 000 $ avait estimé sa copropriétaire, Michelle Jaurgoyhen, dans un précédent article publié en septembre – seront pigés à l’intérieur des bénéfices. «Cependant, nous ne couperons jamais dans les services aux résidents», tient toutefois à assurer M. Negro.

Par ailleurs, celui-ci déplore que l’aménagement à la vue du système, non intégré à la structure du bâtiment, nuise sur le plan de l’esthétique intérieure de la résidence construite à une autre époque. 

D’ici cinq ans

Le gouvernement a justement annoncé, la semaine passée, lors du dévoilement de son budget, des crédits de4,5 M$ en 2015 qui se verront bonifiés jusqu’à 70,6 M$ d’ici 2019-2020. Ces sommes seront versées aux propriétaires de résidences privées pour aînés sous forme de remboursement d’emprunts contractés auprès d’institutions financières. Le gouvernement octroie cependant un délai de cinq ans pour procéder aux travaux nécessaires. Seuls les résidences de moins de 10 personnes et les bâtiments d’un unique étage avec moins de neuf logements ont été exemptés de la mesure obligatoire. 

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«On ne peut pas être contre la vertu»

Appelé à commenter la décision gouvernementale, le directeur du Service de prévention des incendies de Mascouche, Jean-Pierre Boudreau, croit qu’il s’agit d’une bonne option. «On ne peut pas être contre la vertu, affirme-t-il sans ambages. Depuis 2007, le règlement exige que les nouvelles constructions soient munies de gicleurs.» Pour lui cependant, les pertes de vies à la Résidence du Havre auraient pu être évitées. «Ce n’est pas normal que ça ait pris autant de temps, les résidents auraient déjà dû être évacués. Où était le personnel de surveillance?» En CHSLD, explique M. Boudreau, une infirmière postée sur chaque étage tient un cartable avec un registre de couleurs (vert, jaune et rouge) indiquant le niveau de mobilité de tous les résidents, identifiés par leur numéro d’appartement. La structure étant en béton, on recommande aux aînés avec un code rouge de rester dans leur unité et d’attendre les secours plutôt que de les obliger à emprunter les escaliers et qu’ils risquent leur vie.

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