Explorer plus lentement, mais plus longuement

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Par Pénélope Clermont
Explorer plus lentement, mais plus longuement
Jason Rodi, créateur et codirecteur de NOMAD, qui a récemment lancé Slow TV, un service de diffusion en continu sur le Web. (Photo : courtoisie)

Le slow living, vous connaissez? Il s’agit d’une approche plus lente des aspects de la vie quotidienne. Elle est au cœur de NOMADslow.tv, un service de diffusion en continu créé par NOMAD Life et qui propose un flux de vidéos et d’animations méditatives favorisant la relaxation et le divertissement, et ce, 24 h sur 24.

C’est le Mascouchois Jason Rodi qui est derrière ce concept lancé en juin. « Avec la pandémie et les protestations antiracisme, confiait-il alors que les initiatives découlant de la mort de George Floyd se multipliaient, notre flux continu résonne particulièrement dans une époque où les gens du monde entier se sentent oppressés, anxieux et stressés. Il existe une autre façon de traverser cette crise et il s’agit de ralentir et d’apprécier. »

Le créateur et codirecteur de NOMAD souhaite ainsi ramener les téléspectateurs dans le moment présent. « Il y a deux ans, j’ai commencé à explorer différentes formes de méditation et ce qui m’allait le mieux était la méditation transcendantale. Ça me faisait tellement de bien que, sans vouloir prêcher pour ça, je cherchais une façon de la partager. Étant cinéaste, j’ai développé du live streaming sur le Web », fait savoir l’homme que l’on connaît aussi pour avoir lancé Moment Factory, en 2001.

Par l’entremise de son flux continu en direct, NOMADslow.tv rapproche instantanément les gens du moment présent et de la beauté du monde, à travers des images tournées aux quatre coins du monde, aux dires de Jason Rodi. Mais pour admirer le monde, ne faut-il pas justement quitter toute forme d’écran? « Notre chaîne ne demande pas l’attention qu’exigent les autres médias. On crée une atmosphère et une ambiance, l’écran ne doit pas être regardé sans arrêt, nuance-t-il. On invite les gens à le laisser jouer en plein écran tout en effectuant leurs tâches quotidiennes. Certains moments attireront leur attention et éveilleront leurs sens. Plutôt que de les inviter à s’évader, on ramène les gens dans le here and now. La musique et le rythme des images sont relaxants. »

Les voix de la liberté

Qui plus est, nul besoin de chercher longuement du contenu à regarder. La plateforme ne requiert aucune navigation ni recherche sans fin. Tout est accessible aisément, dont le plus récent film du créateur, Voices of Freedom, un des nombreux contenus originaux de la chaîne.

Le documentaire se veut « une prière pour l’Amérique », ou les États-Unis, pourrait-on préciser. Le cinéaste a entamé le tournage de son œuvre en 2016 dans ce pays qu’il connaît bien pour y avoir habité longtemps. « On dit des États-Unis que c’est un pays divisé, mais ça ne ressemble pas aux gens que je connais, évoque-t-il. À travers l’idée de la liberté, je suis donc allé chercher les passions individuelles, les espoirs et les craintes des gens que j’ai interviewés. Ce qui en ressort est magnifique et je pense qu’on a besoin plus que jamais de leur montrer les points qui les unissent plutôt que ce qui les divise. »

Marcher au lieu de courir

Ayant voyagé partout dans le monde et escaladé les plus hauts sommets, Jason Rodi aborde la vie et son exploration d’une tout autre façon depuis le début de la pandémie et du confinement qui s’en est suivi. Il y a un an, il courait 20 km par jour pour s’entraîner vers « une sorte d’exploit du genre », dit le sportif qui s’est plutôt tourné vers la marche dans les derniers mois.

« Avec le projet de Slow TV, je me retrouvais à marcher plus qu’avant. Plutôt que de prendre la voiture, je marchais avec ma caméra. Ça me permettait de capter des choses que je n’aurais pas eu la chance de capter autrement, expose-t-il. Pour la première fois de ma vie, j’arrivais à destination en me disant : « Déjà? » Pourtant, ça m’avait pris plus de temps pour m’y rendre. Une sorte d’équation s’est créée : on peut aller plus loin en avançant plus lentement. »

Habité de l’envie de tester cette théorie, il aimerait entreprendre un périple à la marche afin de voir jusqu’où il peut se rendre sans s’arrêter. « Tu peux voir la genèse reliée à la slow tv et à l’exploration humaine », illustre celui qui croit que tous les humains sont nomades.

« On voyage et on explore aussi loin qu’on peut aller. Il n’y a pas si longtemps, on est arrivé un peu au bout de l’exploration humaine en allant le plus loin possible de la planète. Une fois qu’on a tout exploré, on fait quoi de notre conquête? On a la responsabilité de prendre notre instinct nomade et d’en faire quelque chose de plus noble », croit le nomade invétéré qui encourage les gens à devenir touristes dans leur propre ville, comme ce que le contexte demande.

« Peut-être qu’il faut juste se calmer et ne même pas aller en Gaspésie, et savoir apprécier ce qu’on a, suggère-t-il. Ce principe soulage et enlève la pression de devoir sans cesse aller plus loin. On peut voir de nouvelles choses, même en prenant toujours le même chemin. »

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Jason Rodi
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Jason Rodi

Très belle article Pénélope. Merci!