Gabrielle Roy, entre détresse et enchantement

Photo de Pénélope Clermont
Par Pénélope Clermont
Gabrielle Roy, entre détresse et enchantement
Marie-Thérèse Fortin trace le portrait de Gabrielle Roy, de son enfance au Manitoba jusqu’à sa naissance en tant qu’auteure. (Photo : Yves Renaud)

Comme bien des gens, Marie-Thérèse Fortin connaissait Gabrielle Roy, mais c’est à la lecture de son autobiographie, La détresse et l’enchantement, que la comédienne a véritablement connecté avec la romancière franco-manitobaine. Trente années sont passées avant qu’elle accouche d’une pièce éponyme la mettant en scène, laquelle sera présentée au Théâtre du Vieux-Terrebonne, le 2 février.

Par cette œuvre théâtrale qu’elle a initiée et qui a été mise en scène par Olivier Kemeid, Marie-Thérèse Fortin espère qu’on n’oublie jamais l’immense auteure qu’était Gabrielle Roy. «Son écriture contient de la lumière, admire-t-elle. Même si on y retrouve beaucoup de détresse et un peu moins d’enchantement, il faut l’avouer, on n’est jamais dans l’accablement. On est plus dans une lucidité par rapport aux travers de la vie qui nous font avancer. Il n’y pas de cynisme ni d’apitoiement, juste un courage certain et un amour de la vie qui fait du bien à tout le monde. Un humanisme qui se libère de l’accablement du monde. Elle avait une volonté d’unir les humains.»

Une écriture qui rejoint la femme habitée d’un grand désir d’émancipation que Gabrielle Roy était, comme en témoigne la comédienne. «C’est un récit d’affranchissement pour les femmes», confirme-t-elle en rappelant la volonté que l’écrivaine avait d’échapper à sa condition. « »Pour aller loin, j’y étais bien décidée. Mais où était le loin? »», cite Marie-Thérèse Fortin.

On découvre ainsi, dans cette création des Trois Tristes Tigres en coproduction avec le Théâtre du Nouveau Monde et le Théâtre du Trident, l’essence même de Gabrielle Roy, née en 1909 à Saint-Boniface, au Manitoba.

Trouver sa voie en donnant une voix

De toutes les détresses qui pouvaient affliger l’auteure, la comédienne croit que le déchirement qu’elle pouvait ressentir en quittant sa famille et sa terre natale pour trouver sa voie demeure la plus grande d’entre toutes. Paradoxalement, le fait d’avoir donné une voix à ceux qu’elle a quittés à travers son talent d’auteure lorsqu’il a été reconnu constitue, selon Marie-Thérèse Fortin, son plus grand enchantement.

«Je pense qu’elle a racheté la culpabilité qu’elle ressentait d’être partie en présentant le récit de ces gens, à qui elle a voulu donner une voix. C’est un trait très fort de chez elle, de donner une voix aux gens», soulève-t-elle.

Les écrits de Gabrielle Roy ont habité la comédienne pendant trois décennies avant qu’elle accouche de la pièce pour la première fois présentée en 2018. (Photo : Julie Perreault)

Raconter sa vie

C’est ce personnage plus grand que nature que l’interprète incarne, seule sur scène, durant le spectacle. Avec les mots de la romancière, elle relate le récit de sa vie, de son enfance au Manitoba en passant par son travail d’enseignante dans des villages perdus et sa passion du théâtre qui la pousse à aller en Europe, où elle réalise obscurément que sa vocation n’est pas d’être comédienne. Puis, la naissance de l’écrivaine.

«On est sur les berges du fleuve, où Gabrielle Roy marchait beaucoup, explique Marie-Thérèse Fortin. C’est dans ses pérégrinations qu’elle réglait ses problèmes d’écriture, qu’elle trouvait l’inspiration. Elle nous raconte des choses, elle jouait les personnages qu’elle créait.»

En finale, un orage se lève. «Elle regarde la nature, consciente qu’elle pourrait être foudroyée, souffle la comédienne. Et cette petite voix en elle qui lui dit de s’asseoir enfin pour travailler.» De là naîtra Bonheur d’occasion.

***

Pour assister au spectacle La détresse et l’enchantement présenté au Théâtre du Vieux-Terrebonne, le 2 février à 19 h 30, procurez-vous des billets au 450 492-4777 ou en visitant le www.theatreduvieuxterrebonne.com.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar