Grégory Slogar s’en sort indemne

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Par Gilles Fontaine
Grégory Slogar s’en sort indemne
«Ça a été une extraordinaire aventure avec un épisode non prévu qu’il nous a fallu gérer. [...] Nous en sommes ressortis avec plus d’expérience et de sagesse»,

L’homme d’affaires et alpiniste mascouchois Grégory Slogar souhaitait devenir le premier à franchir d’est en ouest le glacier Quelccaya au Pérou, pendant l’hiver altiplanique ou hiver bolivien. Au-delà de l’exploit, il voulait surtout attirer l’attention du monde sur ce glacier en réel danger de disparition.

«Ce glacier a perdu 40 % de sa masse au cours des 40 dernières années et fond 40 fois plus rapidement qu’il ne le devrait. Selon les prévisions, il sera disparu en 2050», nous a-t-il lancé en début d’entrevue.

Cécité subite

Pendant son périple, Grégory Slogar était accompagné du guide de haute montagne Emanuel Rocha. Malheureusement, un événement inattendu est survenu après que les deux hommes eurent franchi 80 % du parcours prévu : le Mascouchois a perdu la vue. À moins d’une journée et demie de la fin du périple, il a souffert d’ophtalmie des neiges (photokératite) causée par l’exposition des yeux aux rayons ultraviolets. Il a également subi des brûlures au deuxième degré autour des yeux.

Pour lui, il n’y avait qu’une issue, soit une évacuation d’urgence. «Le glacier est d’une altitude moyenne de 5 740 mètres et vu la période de l’année, les fortes chutes de neige et l’épais brouillard, une évacuation en hélicoptère était trop périlleuse. Alors, une équipe devait venir à notre rencontre. Dans l’après-midi, les secours sont arrivés, mais à notre surprise, ils n’avaient pas de téléphone cellulaire, ni brancard ou raquettes. Il aurait été dangereux de descendre ainsi, alors une autre équipe a été formée.»

Introuvables

Autre revirement, Grégory et son guide étaient ensuite introuvables et la deuxième équipe de secours a donc dû abandonner les recherches.

Une troisième équipe les a enfin rejoints au troisième jour. «Ils étaient quatre, en plus des porteurs. Après un examen médical sommaire, nous sommes redescendus et sommes arrivés à Cuzco, où j’ai reçu tous les soins appropriés.»

Outre sa conjointe, Marie-Josée Dubouilh, qui l’attendait à Cuzco, Grégory Slogar dit avoir reçu beaucoup de soutien, notamment du plus grand alpiniste du Québec, Gabriel Filippi. «Il a constamment été en communication avec ma conjointe, et son soutien a été très important.»

Un spectacle inoubliable

Dans son aventure, Grégory Slogar a été témoin d’une grande beauté, une beauté plus grande que ce que nous pouvons imaginer. «La nuit, j’enlevais le bandage que j’avais aux yeux. Ma situation allait de mieux en mieux. Un soir, je suis sorti de la tente et j’ai assisté à tout un spectacle.» Un ciel rempli de milliers de petits points blancs et de centaines d’étoiles filantes. «C’était un ciel que j’ai très rarement vu. C’est comme si nous étions en haut pour ce moment. Je regardais les lignes blanches voler au-dessus de ma tête. Je me sentais tellement bien. Nous nous sommes même demandé si nous allions annuler l’équipe d’urgence et poursuivre l’expédition.» Son guide et lui étaient dans un état de grâce, mais ils ont vite repris leurs esprits. «Il aurait été dangereux de continuer le lendemain.»

«Ça a été une extraordinaire aventure avec un épisode non prévu qu’il nous a fallu gérer. Pour nous deux, ça a été un enseignement incroyable. Nous en sommes ressortis avec plus d’expérience et de sagesse», a confié Grégory Slogar. (Photo : courtoisie)

Un enseignement

Ne parlez jamais à Grégory de mésaventure. Bien au contraire. «Ça a été une extraordinaire aventure avec un épisode non prévu qu’il nous a fallu gérer. Pour nous deux, ça a été un enseignement incroyable. Nous en sommes ressortis avec plus d’expérience et de sagesse.» Sans compter qu’au final, il a retrouvé la vue à 95 %.

Cette expérience et cette sagesse, Grégory Slogar pourra les mettre à l’épreuve dès janvier 2020 aux côtés de sa conjointe, alors qu’ils comptent faire l’ascension de l’Aconcagua en Argentine, point culminant de la cordillère des Andes et plus haute montagne à l’extérieur de l’Asie. Il souhaite également retourner sur le glacier Quelccaya. «Nous avons eu une autre idée pour ce glacier. Ça devrait se préciser plus tard en 2020», a-t-il conclu. On peut retirer un homme de son aventure, mais jamais l’aventure ne sortira de Grégory Slogar.

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