Hôpital Pierre-Le Gardeur : les infirmières se disent épuisées

Alertée par une infirmière qui disait vivre de plus en plus de frustrations à son travail au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur (CHPLG), La Revue a rencontré Julienne Gagnon, président du syndicat des infirmières de l’hôpital.

Éric Ladouceur

Première raison évoquée pour expliquer la situation : le débordement permanent à l’urgence. «L’urgence contient presque toujours le double de sa capacité de patients et plus. L’hôpital a aménagé des unités de débordement dans les services de psychiatrie, de suppléance rénale, de médecine, de gériatrie et de chirurgie d’un jour. Même les médecins ont de la difficulté à retrouver leur patient parmi toutes ces unités», explique celle qui ajoute devoir rendre visite régulièrement aux unités de débordement pour s’assurer que tout est sécuritaire.

Mme Gagnon signale notamment le cas d’une dame qui a dû rester plus d’une semaine sur une civière. «Une chance que les gens se sentent bien traités par le personnel, parce que le climat serait encore pire», souligne-t-elle.

Rôle de l’hôpital

Toujours selon la présidente, c’est une mauvaise définition du rôle de l’hôpital qui serait à l’origine de ce débordement perpétuel. «Quand ils ont conçu l’hôpital, ils nous ont demandé notre avis sur certains points. Et le principal aspect que nous avions indiqué était que l’urgence, avec ses 36 places, était trop petite. On nous a répondu alors que c’était pour être un hôpital ambulatoire avec un réseau de cliniques qui seraient là pour accueillir les cas moins urgents. Le problème, c’est que ce réseau n’a été créé que sur papier et que concrètement, les gens n’ont pas plus de places où aller pour se faire soigner. Les cliniques privées et les CLSC ne sont pas ouverts plus longtemps et n’ont pas plus de ressources», souligne Mme Gagnon.

Victime de sa popularité

De plus, il semble que le CHPLG soit victime de sa popularité. «Bien des gens qui, autrefois, allaient à Joliette ou à Laval vont maintenant à Pierre-Le Gardeur pour des raisons de proximité et de curiosité. Il est considéré comme l’hôpital du millénaire, et bien des gens sont effectivement curieux et décident de venir le voir. Nous avons ouvert 5 000 dossiers depuis 9 mois, ce qui est largement au-dessus de ce que nous faisions à l’ancien hôpital. Notre charge de travail s’amplifie toujours, mais nous n’avons pas plus de ressources», dit Julienne Gagnon, qui précise que cela représente environ 30 % d’ouvertures de dossiers de plus qu’à l’ancien hôpital.

Conséquences et solutions

Les effets : une surcharge de travail pour tout le personnel de l’urgence. «Plusieurs m’ont mentionné qu’elles n’étaient pas satisfaites du travail qu’elles faisaient. Elles repartent toujours avec le sentiment qu’elles pouvaient en faire plus. Fatiguées, plusieurs veulent quitter le département et d’autres tombent malades. Le pire dans tout cela, c’est qu’on n’a pas d’espoir pour que ça aille mieux un jour», raconte Mme Gagnon, qui dénonce aussi le fait que le taux d’occupation de l’urgence affiché ne tient jamais compte des patients dans les unités de débordement. «En tenant compte de tous les patients qui sont à l’urgence, on atteint facilement un taux d’occupation de 200 %», précise-t-elle.

Les solutions proposées : qu’il y ait une véritable alternative à l’urgence de l’hôpital pour que les gens puissent se faire soigner pour les problèmes moins urgents. «Il faut que les gens utilisent Info-santé et se rendent dans les cliniques et les CLSC quand il s’agit de cas traitables facilement. Pour cela, il faut évidemment que les cliniques et les CLSC soient ouverts et disposent des ressources nécessaires pour accueillir tous ces patients», souligne la présidente, qui pointe également le manque de médecins comme cause du débordement.

Au moment de mettre sous presse, La Revue n’avait pas obtenu de réponse du docteur Gerry Bédard, directeur par intérim des services professionnels et hospitaliers du CHPLG.

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