Jean Roberge en fait voir de toutes les couleurs

Il est artificier depuis 17 ans. Membre de l’équipe qui réalise les feux du Canada au concours Benson & Hedges, Jean Roberge est celui qui, avec son équipe de Pyro Vision, a préparé le dernier feu d’artifice de la fête nationale à Mascouche.

Philippe Pilette

Préparer un feu d’artifice n’est pas une mince affaire. Lorsque j’ai rencontré Jean Roberge à sept heures du soir le 24 juin, lui et ses deux équipiers étaient sur place depuis une heure de l’après-midi pour installer l’équipement et les 230 pièces nécessaires au feu prévu pour 10h05. Par chance, les conditions de température étaient idéales: pas de vent ni de pluie, et une chaleur écrasante toute la journée.

Le feu d’artifice présenté à Mascouche n’a pas duré très longtemps: sept minutes! Mais comme il s’agissait d’un feu pyro-musical, dans lequel la musique fait partie intégrante du spectacle, l’artificier avait fait le choix d’offrir un spectacle moins long mais plus intense, où les explosions, les formes et les couleurs s’enchaînaient au rythme d’une bande sonore composée de chansons québécoises et de musiques de film.

Avant l’installation sur le terrain, Jean Roberge et son équipe ont travaillé environ une semaine pour préparer le feu du 24 juin. Mettre au point un feu pyro-musical demande une certaine recherche. Il faut d’abord choisir la musique puis décider des moments forts où seront lancées les pièces. L’artificier compose ensuite sa “chorégraphie” puis décide, en fonction du budget alloué, quelles seront les pièces à acheter.

Naturellement, il faut bien connaître chacune des pièces, leur effet et leur couleur. Un feu pyro-musical est comme une oeuvre musicale : il y a une introduction, des moments plus intenses et d’autres plus calmes et une finale où tout se conjugue dans une apothéose de musique, de bruit et de couleurs. Une fois le montage de la musique enregistré sur ordinateur, Jean Roberge enregistre aussi les “cue”, c’est-à-dire les signaux d’allumage des différents pièces qui devront être calculés en fonction du temps que prend telle ou telle pièce pour monter et éclater. De plus, le soir du feu d’artifice, il faut tenir compte du décalage entre l’endroit d’où sont lancées les pièces et le lieu où se trouve le public et où on entend la musique. Au parc Gilles Forest, le soir du 24, l’artificier devait rester en contact téléphonique pour entendre la musique et ajuster ses tirs en conséquence!

Le feu sacré

Jean Roberge s’intéresse aux feux d’artifice depuis longtemps. Le métier d’artificier est un “à côté” mais c’est aussi devenu avec le temps une véritable passion. Originaires de Thetford Mines, lui et ses frères se sont fait la main à force de préparer des feux avec des pièces vendues dans les dépanneurs. Vu la grande quantité de pétards qu’ils utilisaient, ils ont fini par s’approvisionner directement chez le fournisseur pour ensuite suivre un cours d’artificier. Ils ont obtenu leur premier contrat important à Thetford Mines, la même année où commençait l’international Benson & Hedges. Sans trop savoir dans quoi ils s’embarquaient, ils avaient alors décidé de faire un feu pyro-musical.

Par la suite, ils forment une entreprise et continuent à offrir leurs services. Après quelques années, Jean vend ses parts mais continue de travailler pour d’autres firmes. Cette année, il participe ainsi pour la 9e fois aux compétitions de Montréal pour l’équipe représentant le Canada. Il y a quelques mois, il a décidé de former sa propre entreprise, Pyro Vision, qui offre ses services aux municipalités et organismes. Avec son équipe, Jean Roberge, peut réaliser environ une dizaine de feux d’artifice par saison, parfois dans des conditions particulières comme celui qu’ils s’apprêtent à présenter sur l’eau cet été, pour un terrain de camping. L’équipe peut organiser des feux d’artifice intérieurs et propose également des effets de serpentins et confettis pour toutes sortes d’événements et de spectacles.

D’après la réaction enthousiaste du public le soir du 24 juin, il est certain que Pyro Vision a réussi à relever son défi et n’a surtout pas manqué sa finale, le moment le plus important d’un feu d’artifice, selon l’artificier.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar