Joyeuses retrouvailles métissées

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Par Pénélope Clermont
Joyeuses retrouvailles métissées
Pascale LeBlanc pendant l’enregistrement d’« Entre l’érable et le cocotier ». La sortie d’un troisième extrait est prévue avant de découvrir ce premier album complet de l’artiste de Mascouche, à l'automne. (Photo : Dali photographe)

À l’approche du lancement de son album Entre l’érable et le cocotier, prévu à l’automne, Pascale LeBlanc dévoile ses couleurs en sortant des extraits de celui-ci. Après Les Joies de l’hiver, voici Sou Kè Mwen (sur mon cœur).

Ce 2e extrait devait initialement arriver aux oreilles des gens en juin, mais le contexte a incité l’auteure-compositrice-interprète à devancer le processus. « Avec l’initiative Musique Bleue, on incite le public à écouter de la musique locale, comme avec le Panier Bleu pour l’achat local. Il faut donc de la nouveauté dans les radios. C’est pour ça que j’ai décidé de lancer l’extrait plus rapidement », introduit-elle.

Et puis, l’histoire de la chanson offre une belle réponse aux mesures de distanciation. « Ce sont des retrouvailles entre deux personnes qui sont en amour et qui pensent à ce qu’ils ont vécu », soulève la Mascouchoise.

Le tout, dans une ambiance d’été teintée de percussions enthousiasmantes. À la fin de la pièce, les plus aguerris reconnaîtront des « espèces de trompettes » qu’on appelle des cornets. Ils proviennent du rara, un style de musique haïtienne. « Ça ne se trouve pas facilement, mais j’ai rencontré deux filles qui en jouaient. C’est festif, ça apporte de la joie! C’est aussi ce qui a justifié l’idée de sortir la chanson maintenant », ajoute-t-elle. Insuffler de la joie.

Notons que la pièce figurait déjà sur un mini-album de Pascale LeBlanc, mais elle a complètement été rééditée pour l’album à venir.

Chanson de métissage par excellence

Pour l’artiste métissée, autant Québécoise qu’Haïtienne, Sou Kè Mwen est très représentative de l’album à venir, quelque part entre l’érable et le cocotier, comme l’indique le titre. « Le texte est moitié français, moitié créole. C’est comme un exercice de style. Tout s’enchaîne, la deuxième phrase n’est pas la traduction de la première. C’est comme si j’étais atteinte d’une maladie grave et que je racontais l’histoire en entremêlant les deux langues », explique l’auteure en riant.

« Les joies de l’hiver » est un autre clin d’œil aux deux cultures qui habitent l’artiste de Mascouche. (Photo : Valérie Gassien)

Ce mélange des cultures, Pascale LeBlanc le connaît bien. Elle le vit depuis toujours et elle se plaît dans cet espace où tout lui semble possible. Née au Québec, elle a grandi en Haïti avant de revenir dans la province à l’âge de 11 ans. « Il y a quelque chose qui fait que je ne m’adapterai jamais complètement. C’est connu : Pascale n’est jamais habillée pour la bonne température! », illustre dans un éclat de rire la femme qui peut revêtir un gros North Face alors qu’il fait 5 degrés dehors. « Je me fie à ce que les gens portent au travail pour savoir comment je suis censée m’habiller », ajoute-t-elle en se moquant d’elle-même.

On sent bien cette autodérision dans le premier extrait de l’album Les Joies de l’hiver, autre pièce métissée lancée à la fin du mois de février. La chanteuse y parle de l’hiver sur une musique bossa-nova. « Au ukulele, on ne parle jamais d’hiver d’habitude, on est plus dans un thème tropical et hawaïen. L’idée était que la musique et le texte soient contrastants. J’avais envie qu’on voie que c’est possible de mettre ça ensemble », fait savoir la Québécoise-Haïtienne. À moins qu’elle se sente plus Haïtienne-Québécoise? Peu importe, il ne sert à rien de se restreindre à un seul cadre.

Des cultures qui s’additionnent

« Certains sentent qu’ils sont tombés entre l’érable et le cocotier et n’arrivent à s’accrocher ni à un, ni à l’autre. Pour beaucoup, ça crée une crise identitaire. Moi, j’appartiens aux deux également. Je ne me suis jamais sentie plus Haïtienne ou Québécoise », reconnaît celle qui voit le duo comme une addition.

Elle ne cache pas cependant que pour des inscriptions à des festivals, son identité peut être difficile à cerner. « Quelqu’un pourrait dire que je ne suis pas assez noire pour chanter dans un festival de musique afro urbaine quelque part, ou que je ne pourrais pas chanter du trad. Mais on a le droit d’être sur tous les tableaux. Et c’est correct, revendique Pascale LeBlanc. C’est spontané, naturel et authentique. C’est moi. »

Et peut-on, s’il vous plaît, arrêter de parler de ce mélange des cultures comme d’un débat? « J’aimerais que tout ça s’intègre naturellement à la culture. C’est une chanson à la radio, tout simplement. C’est à ce moment-là qu’on voit que les choses ont changé. On s’exprime comme ça et c’est correct », répète-t-elle en conclusion.

On pourrait ajouter que « ça va bien aller », mais ne mêlons pas les affaires. Allons plutôt entendre ces extraits sur la page Facebook « Pascale LeBlanc – Musique ».

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