Les Pionniers de l’école universitaire

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Par Jean-Marc Gilbert
Les Pionniers de l’école universitaire
Luc Prud’homme, de l’UQTR, Isabelle Jean, de l’école des Pionniers, et Stéphanie Brochu, de la CSDA, photographiés dans les locaux qui permettent l’observation, croient grandement à ce modèle d’école universitaire. (Photo : Jean-Marc Gilbert)

Combler l’écart entre les connaissances pédagogiques et la pratique de l’enseignement et ainsi trouver des façons plus efficaces d’enseigner pour améliorer la réussite aux élèves. C’était l’objectif du partenariat entre l’école des Pionniers à Lachenaie et l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Un projet d’«école universitaire» qui en est à sa troisième année d’existence et qui attire de plus en plus l’attention.

«C’est en quelque sorte calqué sur le modèle des hôpitaux universitaires, mais avec la réussite des élèves au centre des priorités», illustre Stéphanie Brochu, directrice adjointe du service des ressources éducatives de la Commission scolaire des Affluents (CSDA).

Construite en 2017, l’école primaire a été conçue de façon à ce que certains locaux soient munis de fenêtres miroirs et de haut-parleurs pour permettre aux chercheurs universitaires d’observer et d’entendre les enseignants donner leur cours, puis de voir la réceptivité et la compréhension des élèves.

La Lesson Study

Un des projets de recherche concerne les mathématiques, pour lesquelles la technique de la Lesson Study est utilisée. C’est-à-dire qu’un groupe d’enseignants et de chercheurs préparent ensemble une leçon et tentent de prévoir les différentes pistes de réflexion qui pourraient être suggérées par les élèves. La leçon est ensuite donnée par un enseignant, sous forme de discussion, pendant que les autres enseignants observent. Ceux qui ont participé à l’élaboration de la leçon se rencontrent de nouveau à la fin du cours pour revenir sur l’expérience.

La directrice de l’école, Isabelle Jean, a assisté à l’un des cours et se dit franchement impressionnée. «Il y avait une question de départ : ″Qu’est-ce qui rapporte le plus entre 20 $ de rabais et 20 % de rabais? » Et il y a eu une discussion autour de ça. Tous les élèves participent, s’entraident et essayent de compléter le raisonnement de chacun pour résoudre le problème. Et les professeurs doivent être prêts à les relancer», raconte-t-elle.

Formateur

Émilie, une des enseignantes de l’école qui participe à ce projet de recherche, apprécie l’expérience. «Nous sommes souvent surpris par des élèves qui arrivent avec une réponse que nous n’avions pas prévue. Lorsqu’on se réunit à la fin, on se dit : ″Oups! On ne l’a pas vu venir″», souligne l’enseignante, qui trouve l’expérience enrichissante tant pour les professeurs que pour les élèves.

La façon d’enseigner ne change toutefois pas le contenu transmis. Par exemple, les élèves apprennent toujours les tables de multiplication. «Il y a aussi le raisonnement mathématique derrière la réponse qui est important. Si on apprend les tables pour résoudre un problème, c’est encore plus pertinent», avance Stéphanie Brochu.

Et cette façon de faire peut être reproduite dans d’autres matières scolaires, parce qu’il n’y a pas qu’une seule bonne façon d’enseigner et d’apprendre.

«L’UQTR questionne l’équipe-école pour connaître ses besoins avant de mettre en place un projet de recherche. Par exemple, le fameux exposé oral! Il y a certainement différentes façons de le faire et d’arriver aux mêmes résultats», argue Luc Prud’homme, chercheur et professeur au Département des sciences de l’éducation à l’UQTR.

Intérêt du ministre

Le partenariat en est actuellement à sa troisième année. Sept projets de recherche sont en cours, dont au moins un à chaque niveau du primaire. Onze chercheurs de l’UQTR sont impliqués dans l’aventure avec une trentaine d’enseignants de l’école des Pionniers, qui forment quelque 470 élèves.

«Les deux premières années ont servi au démarrage, à la mise à niveau des connaissances et aux premiers contacts entre les chercheurs universitaires et les professeurs de l’école», explique M. Prud’homme.

Ce n’est donc qu’un peu plus tard qu’on pourra mesurer les résultats tangibles du partenariat. Et si ceux-ci sont indéniablement positifs, il se pourrait que cela influence la façon dont sera formée la prochaine génération d’enseignants.

Chose certaine, ce modèle attire de plus en plus l’attention. Il commence à y avoir de l’intérêt, autant dans d’autres universités que dans d’autres commissions scolaires, avancent M. Prud’homme et Mme Brochu.

Même le ministère de l’Éducation se penche sur l’école universitaire. «L’année dernière, nous avons eu une lettre du ministère qui saluait l’initiative. Et nous rencontrons le chef de cabinet du ministre [Jean-François] Roberge le 13 février», dévoile le chercheur et professeur de l’UQTR. Il serait donc possible de voir naître d’autres projets du genre dans un avenir pas trop lointain. Le cas échéant, on pourra dire que l’école des Pionniers aura été la pionnière de l’école primaire universitaire.

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Pour des raisons de confidentialité liées au partenariat, nous n’avons pu identifier plus amplement l’enseignante citée dans l’article et il a été impossible, malgré notre demande, d’assister à un cours pour en raconter le déroulement.

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