Libre opinion

Par Gilles Bordonado
Libre opinion
Gilles Bordonado

Libre

La situation vécue par Toufik Benhamiche montre à quel point la justice n’est pas gérée de la même manière dans le monde. Même si notre système judiciaire n’est pas parfait, il y a une séparation claire entre le système judiciaire et le pouvoir politique au Québec et au Canada, ce qui ne semble pas être le cas à Cuba, comme dans bien des pays dans le monde.

Je voyage à l’étranger régulièrement et certaines destinations me refroidissent pour ces raisons. Je pense ici en particulier aux pays communistes et aux pays en voie de développement, où l’on peut douter d’une séparation entre les cours de justice et les autorités de l’État.

On n’a qu’à songer à ce qui se passe en Chine alors que les autorités emprisonnent sans vergogne tous les opposants à son régime politique. Il en est de même avec deux Canadiens qui ont été arrêtés et qui sont emprisonnés depuis des mois en représailles à la décision de la justice canadienne d’extrader une femme d’affaires chinoise vers les États-Unis, extradition qu’elle conteste d’ailleurs.

Il en va de même en Russie, alors que les arrestations des oppositions politiques se multiplient au gré des humeurs de Vladimir Poutine. L’appareil judiciaire est au service du pouvoir en place. Il est un bras que le politique n’hésite pas à tendre quand l’État en a besoin, ce qui n’a rien de réconfortant pour un visiteur, même s’il n’a rien à se reprocher.

Même situation en Arabie saoudite, où un journaliste qui possède la double nationalité, dont celle du Canada, est en prison depuis des années pour des délits d’opinion. Malgré les démarches du gouvernement canadien, rien ne vient ou ne viendra changer la donne. Je ne serais pas surpris que le malheureux blogueur Raif Badawi en vienne à perdre la vie en prison, comme cela a été le cas en Iran pour une Irano-Canadienne il y a quelques années.

Si je ne suis pas au courant de tous les tenants et aboutissants de la condamnation de M. Benhamiche, il est cependant limpide que les autorités locales avaient décidé de lui faire porter le chapeau.

Oui, il y a mort d’homme, une Canadienne en l’occurrence ici, mais ce bête accident était loin d’être volontaire. Il n’était sûrement pas de l’intention du Mascouchois d’enlever la vie de cette pauvre dame. Le condamner ainsi montrait le peu de considération que portait le système judiciaire cubain à la cause de ce Canadien sans réelles ressources sur place. Le gouvernement canadien, poussé par le Bloc Québécois et le député Luc Thériault, ainsi que par de nombreux supporteurs à sa cause, a réussi à débloquer l’affaire, mais il a fallu de multiples appels en cour pour aboutir finalement à ce non-lieu, ce qui nous apparaît plein de bon sens. Entre-temps, le malheureux a vécu en prison pendant deux ans et demi, loin des siens et des siennes, principalement sa femme et ses deux jeunes filles. Celles-ci ont dû faire preuve de beaucoup de résilience.

Je lui souhaite un retour du pays le plus harmonieux possible et je lui souhaite qu’il fasse, comme ses proches, la paix avec ce drame et ses terribles conséquences.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar