Libre opinion

Par Gilles Bordonado
Libre opinion
Gilles Bordonado, éditeur de La Revue

Sans foi ni loi

Facebook est dans l’œil de l’ouragan et c’est bien de sa faute. Incapable de se réguler par lui-même, ce populaire réseau social en subit des conséquences qu’il mérite amplement.

Dans le contexte où nos données personnelles sont des sources inépuisables de revenus publicitaires pour Facebook, la décision de beaucoup d’entreprises et d’organisations de priver la multinationale américaine de quelques sous est totalement justifiée, bien que son président, Mark Zuckerberg, confortablement assis sur une fortune de 91 milliards de dollars, semble s’en contreficher totalement. « De toute façon, se dit-il, celles-ci reviendront bien au bercail la tempête passée. »

Sans foi ni loi, Facebook ne réglemente que très, très peu les contenus au nom du sacro-saint droit à la libre expression. Chacun peut y mentir impunément, insulter les gens ou sous-entendre les pires des ignominies sans que le réseau social n’ait à y redire. La seule chose qu’il comptabilise à merveille, ce sont ses juteux profits qui, comme dans le cas des autres GAFA de ce monde, sont adéquatement déplacés pour l’essentiel dans des états permissifs sur le plan fiscal. Bien à l’abri du fisc que vous et moi payons pourtant avec assiduité.

La seule façon de faire mal à Facebook est de mettre fin à l’impunité que lui confèrent les États. Déjà peu généreux de sa richesse, Facebook se rend de plus en plus indispensable auprès des gens qui sont avides de la fausse proximité qu’il offre. Aujourd’hui, le site Internet de La Revue tire plus de la moitié de son achalandage de ce réseau social. Facebook, qui fidélise ses habitués avec les créateurs de contenus, est anthropophage. Comme Google, il cannibalise ses victimes et les affame. Et que font les États pour réglementer ces GAFA? Rien. Certains, dont le gouvernement du Québec, soutiennent les journaux. À Ottawa, l’aide arrive au compte-gouttes.

Pour en être un utilisateur régulier, j’apprécie comme plusieurs les possibilités qu’offre Facebook, bien que je déchante de plus en plus sur les valeurs que ce réseau social met de l’avant, ce qui nous a forcés à resserrer les règles sur notre propre page. À l’instar de la société civile, qui rejette le harcèlement sous toutes ses formes, La Revue sera plus intransigeante en ce qui a trait aux commentaires dégradants et aux attaques personnelles envers quiconque et le journal. Nous travaillons avec passion, ardeur et professionnalisme, et nous jugeons que les commentaires gratuits et irrespectueux n’ont pas leur place.

Nous supprimerons donc ces messages quand nous en aurons connaissance et bloquerons les récidivistes. De plus, les gens qui commentent sans pouvoir être identifiés seront également bloqués.

Nous reconnaissons que vous avez droit à vos opinions et vous encourageons à les exprimer, mais le respect et la saine argumentation doivent demeurer au cœur des débats. Et d’ici à ce que Facebook se réglemente lui-même, nous n’avons d’autre choix que de nous en occuper. Dommage que nous n’ayons pas le même pouvoir pour imposer à Facebook de charger les taxes aux gens qui achètent de la publicité sur son réseau et de payer sa juste part d’impôts.

Nos hôpitaux, nos écoles et nos services publics s’en porteraient mieux et vos journaux aussi…

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