Libre opinion

Par Gilles Bordonado
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Gilles Bordonado

Incompréhensible, inconséquent et inapproprié

Quand une terre jugée agricole ne le devient-elle plus? De prime abord, jamais. C’est pourtant ce que vient de permettre la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) dans la MRC de Montcalm en dézonant 21 millions de pieds carrés de terres agricoles. S’y ajoute, selon La Presse, un lotissement de basse densité de 215 hectares en zone blanche, ce qu’interdisent les orientations gouvernementales et les règles de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Cette décision est incompréhensible, inconséquente, inappropriée, dans le contexte où les coûts de l’étalement urbain sont toujours mis de l’avant pour réduire les projets de développement en banlieue. Ce qui est encore plus frustrant, c’est que les municipalités de Montcalm ne vivent pas les contraintes des villes membres de la CMM. Pourquoi serre-t-on la vis de Terrebonne, de Mascouche, de Repentigny, de Blainville et des autres villes de la deuxième couronne et qu’on dézone l’équivalent de 222 terrains de soccer dans Montcalm?

Les maires Marc-André Plante et Guillaume Tremblay ont raison de crier au loup.

Québec fait dans les deux poids, deux mesures en faveur de la troisième couronne, dont les citoyens ne contribuent même pas au financement de la CMM et du transport en commun par le biais de la surtaxe sur l’essence et de la surprime sur l’immatriculation automobile. Z-É-R-O!

Le développement de ces terres ajoutera des banlieusards sur un réseau routier déjà saturé, puisque ces régions ne disposent pas d’un transport collectif et d’infrastructures routières aussi élaborés que les nôtres. Et on ne parle pas ici du nombre d’écoles à construire et des services de santé à ajouter.

Pourquoi cette levée de boucliers? Quelques chiffres vous éclaireront. La plus importante municipalité de la MRC de Montcalm est Saint-Lin–Laurentides. La croissance de sa population a été de 23 % de 2006 à 2011, de 19 % de 2011 à 2016 et sera de 24 % entre 2016 et 2026, selon les estimations bien conservatrices de Québec. J’évoque ces données, car Terrebonne et Mascouche ont montré des chiffres similaires dans les années 1970, 1980 et 1990 et que toutes les mesures prises par Québec ont eu un objectif : endiguer l’étalement urbain chez nous et dans la deuxième couronne.

Pourquoi aujourd’hui autoriser la chose dans Montcalm? Pourquoi créer ce précédent qui pourrait faire tache d’huile ailleurs dans le grand Montréal?

Cette brèche pourrait permettre à d’autres MRC hors de la CMM de réclamer de tels dézonages, ce qui va complètement à l’encontre de toute logique.

J’étais présent à la dernière grande consultation portant sur le dézonage agricole dans la MRC Les Moulins en 1991. Le gouvernement libéral a alors permis le dézonage de terres agricoles qui se trouvent au sud de l’autoroute 640. On y trouve aujourd’hui Urbanova. Avec le recul, je ne trouve pas que c’était l’idée du siècle. Ces belles terres agricoles ne reviendront plus. Vingt-huit ans plus tard, la CPTAQ répète la même erreur. Incompréhensible, inconséquent et inapproprié.

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Nicole Euston Auteurs de commentaires récents
Nicole Euston
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Nicole Euston

A quoi bon faire des études pour être au temps ignorent toujours l argent l être humain le respect de la nature RIEN il faut faire quelque chose sans quoi il n y restera rien